Petite chronique de spectateur


« Des chanteurs y’en a plein, Higelin y’en a qu’un »

Artiste aux multiples facettes, Jacques Higelin apparaît comme un électron libre dans le paysage francophone. Il ose, tente, tombe parfois. Dans la maison qui s’endort, il y a des pianos à queue dans la boîte aux lettres, une corde raide, des amours informulés, un berceau de la vie, des poires william à quarante degrés, un vague l’âme qui se perd et se noie dans un pays higelenesque et fantaisiste… deux pieds brûlent les planches, brûlent la vie. Il y a cette soif de vivre, d’aller plus haut, de donner. Frénésie du geste, pensée vagabonde qui s’enfuit vers l’improvisation du moment. Sur scène, Jacques Higelin compose avec l’unique, les concerts se suivent mais ne se ressemblent pas, ne se ressemblent pas… trois heures de concert, parfois plus, un moment où la magie nous envoûte: « une heure pour faire connaissance, une heure pour s’accorder, une heure pour décoller ». La raison nous abandonne et le ciel prend des teintes nouvelles qu’il est doux de contempler. Quelques louanges passagères pour vous donner un embryon de cette vague nommée Jacques Higelin.

Jacques Higelin. Déteste la guerre. Déteste les extrémistes. Déteste qu’on lui dise ce qu’il déteste.

Jacques Higelin. Aime se baigner la nuit lorsque les plages sont désertes. Aime ses trois enfants. Aime les gens qu’il aime. Aime la Corse. Aime la vie. Aime la scène et ses possibles.

Jacques Higelin, est « le grain de sable qui fait le désert. Un petit grain de sable contre le renoncement »

Jacques Higelin, enfant du peuple.

Jacques Higelin. Artiste incontournable.

 

Artiste ordinaire, la définition est erronée, d’ailleurs pourquoi définir ? Il est capable de tout : du meilleur comme du pire. Il embrasse ou dévore, caresse, et sort parfois ses griffes. Que dire de plus, le définir, l’enfermer dans des castes, non, assurément pas. Ne pas le corrompre dans des termes tout faits, il deviendrait ce lion dans un square, imaginez ce que cela pourrait donner : rugir et s’échapper… Parfois poète, parfois cabot, Higelin séduit, repousse les frontières, ouvre les portes. Dans les allées de ces lignes, il y a ce « il » dont les mots et les notes affectent et soulagent ceux qui, impatients, attendent le prochain concert, le prochain album comme le cadeau que l’on attend au pied du sapin. Il y a ce « il » fragile, fort, imparfait, spontané, émerveillé, charismatique, fantaisiste, humain, félin, peut-être féminin, révolté, tête en l’air, musicien, acteur, enchanteur, homme de scène, artisan, artiste, généreux, électron libre… mais ces mots ne sauraient le définir. Le plus intéressant demeure dans ces trois points de suspension…Ne soyez pas des gâches Noël, ne vous enfermez pas dans des prisons, écoutez le chant des oiseaux, le chant de ces poètes que l’on entend parfois trop peu. Un artiste existe au-delà de la lucarne médiatique, il existe sur scène, il existe à travers une communion parfois inconsciente avec d’autres voix. Jacques Higelin, c’est une voix, un cri, un sursaut. Une petite chronique du spectateur peut-être trop sage, mais les mots ne peuvent décrire ce que des milliers de cœurs battants ressentent de l’autre côté de la scène, ils attendent cette silhouette. Ils attendent le verbe qui dérape, puis le verbe qui touche et enlace. Il y a cette main dans les cheveux, cette démarche légère qui s’avance sous une pluie d’applaudissements, les yeux parfois humides, parce que l’âme est touchée. Une silhouette qui reprend souffle pour devenir un homme de scène : Jacques Higelin, à moins que ce ne soit juste un homme avec cette carapace parfois ébranlée, écorchée. Mais le noir se dissipe, et le grain de folie enraille la machine, se propage, la fantaisie nous gagne et lorsqu’il est temps de dire au revoir, lorsque la silhouette disparaît dans les coulisses, il y a certes un petit pincement au cœur, mais les âmes sont légères et à la sortie des concerts, les visages sont inondés par les sourires. Les soirs où Jacques n’est pas sage, on se surprend à penser que tout est possible, et que les ailes que l’on a dans le dos ne doivent pas être coupées ou cachées mais qu’elles sont essentielles pour s’ouvrir au monde et à ses merveilles. Un jour Jacques Higelin a dit « aimer l’autre c’est aimer sa liberté ». Nous aimons sa liberté.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s