Comme un battement d’ailes…


« Poète… Philosophe des cimes dont la vie est musique… Salam, Salam, Salam »

Avec: Brigitte Fontaine; Areski Belkacem: percussions, guitare, chant, lecture; Yan Péchin: guitare, guitare, guitare…

Où:Bouffes du Nord

Légende: les textes en gris sont de B. Fontaine. La mise en page de l’auteur n’est pas respectée, la barre oblique (/) indique un retour à la ligne.

[Avant // J’avais tout prévu. Tout ou presque. Paris. L’heure de pointe (c’est toujours l’heure de pointe). Naïveté déconcertante. Je pensais. Je croyais penser. Avoir cette capacité. Des fils humains dispersés. S’emmêler. Ne pas savoir. Ne plus savoir. Perdue. Une constante. Toujours se perdre avant ces morceaux de temps – précieux. La peur. D’arriver en retard. De manquer ce rendez-vous. S’engouffrer dans un RER. Etouffant. Vite. Vite. A travers les couloirs, longer des tuyaux verts. Vite. La lumière. Trouver la lumière et le théâtre des Bouffes du Nord. A 18h. Une lecture musicale. Brigitte Fontaine. Au Festival Paris en toutes lettres]

Instant B // Majestueux. Théâtre. Celui de Peter Brook. Merveilleux Peter Brook. Des murs. Rouge-vétuste. Le pigment posé sur la surface. Comme un voile léger. De la pierre et du bois. La matière travaille, chargée d’histoire. Sublime. L’espace scénique coupé en deux. Autour. Une banquette blanche. Contraste(s). Le sol recouvert de sable fin. Une table en bois. Au centre. Un fauteuil. Côté jardin: les guitares de Yan Péchin. Côté cour: guitare et percussion d’Areski Belkacem.(j’ai mangé le mot de l’instrument… pardon… il n’est pas loin)

Brigitte Fontaine aux Bouffes du Nord... Comme un battement d'ailes...18h05. Lumières s’éteignent et se dispersent. Les bouches ne se taisent pas encore. Temps. Le silence s’empart peu à peu du lieu. Porte en bois s’ouvre… Mouvements. Areski et Yan Péchin entrent. La musique se propage. La porte en bois s’ouvre. Benoît Mouchart et Brigitte Fontaine. Alors que le premier s’asseoit, la seconde s’avance. Divine. Superbe. En blanc. Toujours gracieuse. Une reine. Celle du peuple zazous. (Pas simple d’écrire sur cette lecture… peur d’écire un quelque chose sans substance…) Au centre. Les pieds sur le sable. Elle chante. Un premier texte qui percute… Ragilia … Brigitte Fontaine, carnivore. ça bouleverse et ça tangue à l’intérieur.

Moi qui vous parle / La poupée éventrée / L’enfant perdue des gares / La carnivore / Qui dort au coin du feu /Avec les mouches, moi /La reine du mardi gras / Dansant en robe verte / Couverte de crachats /Moi qui vous parle / Sous un ciel étouffé / Moi qui vous parle / La bouche cousue / Moi qui vous parle / Dans l’odeur du gaz/ Avec les flippers / Les marteaux piqueurs / Moi qui vous parle / Les bras plus raides/ que des rails / Les cheveux brûlés / La tête pendant / Fleur cassée / Sur un sarrau noir / Moi qui vous parle / Voix de barbelés/ Avec des cris écrasés / Moi qui vous parle/ La bouche cousue/ La bouche cousue / Moi qui vous parle / Dans un dédale de lessive / Petit matin fumant / Petit matin gelé / Odeur d’absinthe / Odeur d’urine / Moi la vieille femme / Appelant sa mère / Moi l’enfant hurlant de rage / Moi la lionne giflée / Moi la lionne rampant / Moi comme tout le monde / Moi qui vous parle / Je suis un peu triste / Alors je vais prendre/ Mon médicament

L’ambiance s’installe. Osmose. Entre le public et les artistes. Madame s’installe, ouvre son cahier, parcourt les pages et lit. Lit. D’une voix profonde et grave: « je mesure 1m69 et je suis bourrée d’alexandrins »… Toujours. le texte entre la gravité et la légèreté. De l’humour, de la fantaisie. J’observe. Je scrute… Benoît Mouchart est absorbé: de la tendresse, beaucoup… « J’ai 20 000 ans mais seulement 4 d’utiles (…) j’ai peur des papillons… j’aime une rivière jaune » Entre les textes, un fil sonore, la guitare de Yan Péchin. Une lumière rouge se diffuse. J’aime. Comme envoûtée. Les textes se suivent, m’écorchent puis me bouleversent. Brigitte protégée: Yan et Areski veillent, veillent, veillent… Poète. Brigitte Fontaine poète. J’aimerais. Qu’on la considère. Tellement en avance. Tellement dans la marge. Un talent précieux, fragile. J’aime. On ne peut pas tout raconter, cette lecture… c’est parfois l’indicible… quelque chose dans la peau et dans le grain… ne pas tout dire, je veux garder des choses pour moi, rien que pour moi… ça bouleverse… Il faudra retenir le texte lu par Areski, le duo a cappella… magnifique… la guitare, la sublime… Une heure de lecture et puis la fin, il faut bien une fin. Un public conquis. Des applaudissements nourris. La porte qui s’ouvre et se referme sur les silhouettes de Brigitte et d’Areski… deux mains qui se rencontrent et qui ne se lâchent pas. Merci. Merci.

Brigitte Fontaine aux Bouffes du Nord... Comme un battement d'ailes...Textes: 

  1. RagiliaL’Incendie « Moi qui vous parle (…) La carnivore Qui dort au coin du feu Avec les mouches, moi La reine du mardi gras (…) »
  2. Inédit:  « Je mesure 1 mètre 69, je suis bourrée d’alexandrins (…) Suis-je l’Arthur Rimbaud du top 50″
  3. J’ai 20 000 ans (à l’origine, chanson intitulée J’ai 26 ans) Comme à la radio « J’ai 20 000 ans mais seulement 4 d’utiles (…) »
  4. Le Bon peuple du sang (p:173) « Crevards, miteux, pauvres errants… »
  5. Inédit: « Le destin rôde autour des maisons (…) On a un sens du luxe qui s’installe (…) on dévie les avions mais c’est très rare »
  6. Inédit « Nous sommes des malappris. On ne nous a rien appris »
  7. Nouvelles de l’exil Lecture par Areski – « Je suis plus vieux que Tintin mais plus jeune que le roi Lear »
  8. L’Inconciliabule (p:11) Brigitte Fontaine et Areski Belkacem chantent a cappella « Le grand-père on peut dire qu’il a été heureux (…) »
  9. Le Bon peuple du sang  (p:43) « une vieille dame toute moulée de velours braque un supermarché (…) elle veut du champagne et c’est tout (…) »
  10. Paso doble « pourquoi tout ça, pourquoi ce jeu »
  11. Le Bon peuple du sang (p:61) « la comtesse entra avec fracas »
  12. Mélange de La Bête curieuse (p:78) et de Chroniques du bonheur « Je veux vivre. Vivre. J’ai trois ans, j’ai quatre-vingts ans, je vais mourir comme un chien crevé dans le fleuve. »
  13. Soufi Prohibition

[Après // Laisser cette lecture musicale en suspend. Pour qu’elle repose. Pour qu’elle m’emporte encore. Pour qu’elle surgisse / Prendre le métro rapidement – juste après/ quelques secondes devant le théâtre comme un espoir/ Il s’est passé quelque chose/ Il ne se passera rien/ L’activité de la rue/ Le soleil/ Je resterai bien ici/ Se promener, rêver. Mais il faut partir. Un autre train. Une autre traversée. Salam – Salam – Salam – Ces mots qui résonnent inlassablement/ Une bulle/ Loin du monde. Loin des autres. Une réalité à ciel ouvert. Légère. Sans gravité. Métro. Foule pressée. Silhouette fine et légère s’articule entre sacs et formes humaines/ Se retourner. Le visage collé à la vitre. Sens inverse et voir ce que personne ne voit: un tunnel sombre, des lettres gravées… Passer, dépasser, d’autres formes, d’autres lignes. Dans une bulle. Toujours. Salam – Salam – Salam / Aimer Paris- libre dans les rues, libre/ Lire des poèmes dans les rames du métro/ Imaginer/ Croiser des courbes légères/ Chuchoter le nom de certains passeurs de rêves… Brigitte,  Areski, Jacques, Domnique, Antonin, Léo, Jean, Alain, Juliette, Barbara, Serge… et tant d’autres… Rêver…de ces démarches, de ces pattes légères. De petits cailloux sur le chemin, éviter la déroute et s’attacher à leurs mots, à leurs sons, à leurs lèvres… goûter le nectar précieux… des initiales collées à la peau comme une ombre, comme un soleil… Protéger. Des fils brodés à la trajectoire. Tout à construire ici/ Loin du cerbère. Loin du cadre. Rêver de ce temps plein: poète. Loin de la précarité Déchéance je t’écorche. Si seulement. Dans la vitre… le reflet se perd sur le béton, sur le rail, sur le mur, sur l’arbre…tellement… être soi… à la folie, passionnément, toujours… ici… dans la transparence, dans la fuite, dans le prolongement. L’idée est limpide. Ce soir (puisqu’il est 20h10) les mots viennent, sortent… l’envie profonde de mâcher le verbe, de dévorer les pages… Chaque fois… après le concert… après la lecture… se confronter à la réalité, songer aux formes belles et colorées. Merci Reine Fontaine, dans le coeur, dans la peau, vos mots, votre gorge, votre poésie… une force qui parfois me fait défaut. Merci. Grâce à vous je n’oublie pas. La trajectoire. Le fil. Le parfum des initiales. Salam Salam Salam]

Salam Salam Salam…

Brigitte Fontaine aux Bouffes du Nord... Comme un battement d'ailes...

Les photos sont signées Benjamin Rouquette… N’hésitez pas à aller sur sa page pour en découvrir d’autres. Merci à lui. Ses photos sont magnifiques!!! http://www.flickr.com/photos/benjicoq1/sets/72157624254892476/

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