Comme ta chemise sur un cintre mon amour


Comme ta chemise sur un cintre mon amour - Meyzieu

Photo de Philippe Schuller

Texte et Mise en scène: Lionel Armand – Jeu: Nathachä Picard – Création lumière et régie: Jonathan Brunat – Création sonore: Nicolas Combasson

« Une chambre à coucher une nuit d’hiver. Face à un camescope, une femme. Dans sa tête, des inquiétudes, des soupçons, un secret. Elle s’adresse à son mari. Au moment d’aborder l’amour qu’elle porte à son fils, la parole devient confession. Il neige »

« Comme ta chemise sur un cintre mon amour est une histoire simple, une histoire d’aujourd’hui. Il n’y a pas de fragments, ni de scènes, ni de tableaux. C’est une parole transgressive, je pourrais même la qualifier parfois de confessions, dans ce qu’il y a de plus spirituel, puisqu’il s’agit, dans ce cas, de laisser un témoignage/une parole dans le vaste monde, et pour ce faire, entreprendre la quête de l’absolution devient un voyage propice à s’interroger sur la nature humaine dans ce qu’elle a de plus contradictoire (…) » Lionel Armand

Trop de temps pour écrire/ Alors/ Les images sont floues, elles s’estompent/ Pourtant/ Dans le creux de l’oreille: la voix de Nathachä Picard/ Je ne me suis pas perdue. J’ai suivi les indications à la lettre. Tout le long du parcours – se répéter – ne pas descendre à Décines – ne pas descendre à Décines. J’ai des antécédents. Alors se concentrer. Sur la route. Sur le nom des arrêts. / Il fait extrêmement froid ce soir. Chercher le numéro. Le 27. Il y a un cinéma. Mais cela ne peut pas être là. Un bruit. Une vitre. Une silhouette que je connais. Mon sauveur. Attendre.

Entrer dans la salle, se mettre au fond derrière la régie. Sur scène. Un écran. Des lampes. Un matelas. Une caméra. Les lumières s’éteignent. Silence. Silence…Une silhouette. Une forme. Une femme plongée dans une chemise de nuit. Assise. Une balle dans la main: ça frappe le sol. Le son s’anime et se diffuse. Travail magnifique: la lumière et le son. Et puis. Il y a la parole, cette parole qui se déverse, parce qu’elle ne peut faire autrement. Un flot continu à la fois acide et tendre. Dire. Dire l’amour pour le fils. Le Fils. Son fils. Confidence. Recevoir chaque parole, chaque silence. Nathachä Picard interprète magistralement ce texte difficile. Fort, juste, puissant. La découpe est poétique. Zones de silence parfois entre deux urgences de dire, de cracher le mot. Se tisse. Une nuit.Se tisse. Un hiver. Une pulsion. ça va se finir. Apnée et Suspension. Le théâtre c’est parfois ça, se confronter au fragile, à l’insoutenable. J’ai retenu mon souffle. Je l’ai retenu mais le noir était ancré. Alors… Le muscle se contracte, la bouche se crispe. Comme ta chemise sur un cintre mon amour… Comme ta chemise… la parole est sans détours, on plonge, on plonge… et jusqu’au bout on espère un peu… Derrière la console, les mains s’agitent, Lionel Armand scrute, prend des notes… Il faudra lire ce texte, entendre ce texte – encore – parce qu’il faut parfois plus d’une fois pour s’imprégner de chaque rouage. Lionel Armand signe ici un texte magnifique. J’espère. J’espère que cette pièce trouvera l’écho qu’elle mérite. Je l’imagine tout à fait au théâtre des Ateliers (mais il y a certainement d’autres lieux, d’autres espaces). Il faudrait dire davantage mais l’écriture lorsqu’elle n’est pas expulsée de suite, est imprécise … alors se taire… pour garder la survivance. Et lorsque la pièce s’achève, il faut un temps pour récupérer, pour faire vivre l’applaudissement. Le spectateur est sonné. Après. L’applaudissement. Fort et Mérité. Ensuite, partir, s’expulser hors du siège et réfléchir. Réfléchir avec un goût particulier sur le palet. Dehors. Il neige. Une nuit. Un hiver: ça se tisse.

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