Anne-Lise Blanchard


Vendredi matin. Pousser la porte d’un café. Le Petit grain. Une silhouette assise à une table. Anne-Lise Blanchard. Poète. Echanger quelques mots – comme un préambule – se lancer ensuite dans une conversation passionnante et poétique…  Anne-Lise Blanchard est née en 1956 à Alger. Son parcours est marqué par la singularité: danse, chorégraphie, poésie, sophrologie. Personnalité complexe et sensible, Anne-Lise Blanchard enveloppe le mot pour lui rendre son essence. Son écriture est semblable à un chant subtil où la nature prend possession des corps, des âmes. Une rencontre importante dans ce petit café, un joli grain de sable… Une plongée dans son univers. Entre musique et corporéité, il y a le monde selon Anne-Lise Blanchard. Elle a écrit de nombreux ouvrages dont Eclats; Un silence de lait et de terre; Le Jour se tait; Sous les paupières du vent

Plus d’informations ici et là:

http://www.anne-lise-blanchard.new.fr/

http://www.autour-des-auteurs.net/fiches/blanchard.html

Jardin poétique: Tu as écrit de nombreux ouvrages. Que retiens-tu de ce parcours?

Anne-Lise Blanchard: J’écris depuis 97 – 1997 – c’était un autre siècle. J’ai commencé à être publiée en revue assez vite et la première publication remonte à 2000. Et pourquoi dans ces années 2000, y-a-t-il tant d’ouvrages, de fascicules, de plaquettes… j’avais commencé à écrire et j’ai pensé: « que faire de tout cela? »… je me rendais à des lectures publiques. Je découvre ça, c’est comme assister à un concert. Je suis très sensible à la musique. C’est l’occasion de rencontrer des poètes dont André Rochedy, Gabriel Le Gall (que j’ai choisi pour parrain et qui m’a accompagnée). Je me plonge dans les concours qu’ils m’indiquent, ils sont tous limités à 30 pages. Voila., pendant deux ans, j’ai fait ceci, j’ai divisé mes recueils (…) Il y a nombre d’ouvrages qui ne pouvaient en former qu’un seul. C’est pourquoi dans ces années 2000, il y a six ou sept recueils ou plaquettes qui paraissent….

Jardin poétique: Il y a souvent – dans tes textes – un rapport à la nature

Anne-Lise Blanchard: Pourquoi la nature? Il y a une certaine pudeur à parler de soi quand on commence à écrire …  Quand j’ai commencé à écrire c’était un chant qui venait en moi, c’était comme une renaissance, il fallait rendre grâce, dire merci à la beauté qui m’entourait… j’étais traversée. La nature humaine est également présente dans mes recueils: les regards, les sourires, les échanges.

Jardin poétique: Le corps est également présent. Cela s’explique certainement par ton parcours. Tu as été danseuse.

Anne-Lise Blanchard: J’ai été danseuse, chorégraphe, thérapeute corporel. Je sais lire les corps.

Anne-Lise BlanchardJardin poétique: J’ai l’impression que le sensoriel est au coeur de l’écriture

Anne-Lise Blanchard: L’écriture poétique me permet de revenir à ce que nous oublions: nos sens, notre enveloppe charnelle. Je crois que nous sommes coupés de la beauté parce que nous n’utilisons plus nos organes sensoriels, les informations qu’ils nous donnent. Nous vivons à l’ère de l’ « Homo Prothesis ».

[A ce moment, un petit problème technique: mon stylo ne fonctionne plus]

Anne-Lise Blanchard: Tu veux un stylo?

Jardin poétique: Incroyable. C’est le comble. J’ai pris le stylo qui ne marche pas.

Anne-Lise Blanchard: On croit être bien équipé

Jardin poétique: et finalement non… Merci… Quelles seraient les parallèles et les différences entre la création chorégraphique et l’écriture?

Anne-Lise Blanchard: L’écriture poétique est venue lorsque j’ai cessé de chorégraphier. Tout ce travail du danseur, est un travail en salle. Après, je me suis propulsée à l’extérieur. J’ai découvert la lumière naturelle, le relief, les peaux, les corps dans la lumière naturelle. C’est une extrême liberté, les choses ne relèvent que de toi. Tu es seul responsable. Alors que lorsque tu chorégraphies, tu dépends des autres. L’écriture est une sensation d’extrême liberté, de pouvoir mettre en mot – le mot est à la fois le matériau et l’outil – la langue, c’est l’outil – avec ça, on peut se promener, on peut marcher longtemps, on les a toujours avec soi. Pouvoir me balader avec mes petits outils en montagne, sous terre, partout… Ce qui n’était pas possible dans mon métier antérieur, c’était ces allers et retours vers l’extérieur, vers les autres et cette possibilité de se retirer en soi.

Jardin poétique: « Nous guettons un ciel de Magritte quand le jour est encore bleu pas tout-à-fait noir »

Anne-Lise Blanchard: C’est mon heure préférée. Tout est mouvement. Tout n’est pas noir ou blanc. C’est également ce que notre société a tendance à oublier en se soumettant aux modes binaires. Nous perdons peu à peu notre richesse. Ces palettes de nuances qui ont été affinées au cours des millénaires aussi bien dans la pensée que dans la langue que dans les sentiments. Je guette et j’y veille. Il y a la part de l’imaginaire, de l’inconscient dans ce ciel de Magritte. La liberté est toujours de trouver une autre voix/voie.

[Le Petit Grain bonjour… oui…]

Jardin poétique: Comment appréhendes tu la lecture? Quelle est la place du travail vocal?

[Combien de personnes? … Madame Comment… d’accord… 12h30]

Anne-Lise Blanchard: J’aimerais le travailler, je l’ai un peu perdu. J’ai travaillé le chant autrefois, cela m’avait permis d’aborder la lecture, de voir, de sentir, que la voix était un organe essentiel qui nous permettait de moduler tout ce que nous avions à dire. La syntaxe donne le sens. Il n’y a rien à dire de plus. Par contre on s’adresse aux oreilles, la voix est comme un fluide.

Jardin poétique: Lors du cabaret poétique, tu parlais de l’importance des lieux pour écrire. Peux-tu nous en dire davantage?

Anne-Lise Blanchard: Pour moi, les lieux sont essentiels. J’ai besoin de la lumière pour écrire, une enveloppe, c’est comme avoir un toit, une large vue. Je ne sais pas écrire dans les cafés. L’écriture est pour moi de l’ordre intime. Je ne peux écrire que chez moi, j’ai besoin d’avoir mes références, mon Littré

Anne-Lise Blanchard

Jardin poétique: Quelle place ont les poètes aujourd’hui?

Anne-Lise Blanchard: Je ne sais pas quelle place a le poète.

Jardin poétique: Est-ce que l’on pourrait parler d’une absence de place…

Anne-Lise Blanchard: C’est en creux. Le poète existe en creux. C’est un négatif.

Jardin poétique: Quels conseils pourrais-tu donner à un jeune qui souhaiterait devenir poète, auteur?

Anne-Lise Blanchard: On est auteur mais on ne devient pas forcément écrivain. Il faut se confronter aux autres, laisser de côté son ego – totalement – s’en dépouiller. Il faut faire preuve de beaucoup d’humilité. Ne pas se faire d’illusions sur ce milieu de l’écriture qui est un milieu comme un autre. Un microcosme avec ses poussées d’acné, de pouvoirs, d’envies. Ne pas prendre pour argent comptant tout ce qui lui est dit, garder ses distances. Il faut s’en tenir à la beauté: autour de soi, celle qui nous traverse, même dans les moments les plus difficiles.  Il y a toujours quelque chose qui nous relève. Il faut lire – pas seulement ses contemporains – mais revenir à ceux qui nous ont précédés, notamment ceux qui ont traversé ce long vingtième siècle où il y a eu matière, des matières qui se sont écoulées, des matières en fusion.

Jardin poétique: Comment le texte se construit-il? Quel rapport entretiens-tu avec le rythme, la musique?

Anne-Lise Blanchard: Nommer . Dire juste pour arriver à un condensé de matière. C’est pour cela que je suis brève. Ma relation à la musique s’est construite dans ma petite enfance, tout contre le violoncelle que travaillait mon oncle, tu as la voix, cette voix du violoncelle qui te traverse. Il y a donc ce rapport au rythme que j’ai pu retrouver en danse. Je n’aime pas me diluer, me répéter, je n’aime pas la redondance. Ce qui peut être dit en une phrase ne mérite pas plus de développement. Et puis il y a le rythme, celui de la vie. J’aime bien structurer sur un mode impair. Je vais chercher l’apaisement. Mon écriture poétique se positionne selon le corps. Quand je marche, quand je cours, j’écris bref, j’écris l’instant, l’expérience immédiate. Quand le corps est statique, je vais plutôt écrire. Ce sera de l’ordre de la mémoire ou de la remémoration ou de l’incantation. Je retrouve le chant. On retrouve un certain rythme. On est dans une autre relation au temps. Lorsque je m’exprime en public, que l’on me questionne à ce sujet, je réponds spontanément: « je rends leurs voix aux morts ». C’est ma manière de faire le lien entre toutes les générations qui m’ont précédée et aujourd’hui. C’est le flux continu de la vie. C’est la vie même.

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