Yan Péchin… Guitares and Charbon


Yan Péchin est guitariste et compositeur, il a joué et joue encore avec des artistes majeurs: Alain Bashung, Brigitte Fontaine, H-F Thiéfaine, Jacques Higelin, Chloé Mons, Miossec etc etc. Yan Péchin. C’est un jeu. Une énergie. Une couleur. Paris. Un café. Le Charbon. Assise à une table. Attendre. Ecrire. La porte s’ouvre. Après un court préambule, commencer l’interview.

Pauline Catherinot : Comment as-tu commencé la musique?

Yan Péchin: J’ai eu un banjo à l’âge de 12 ans par hasard, c’est un membre de ma famille qui me l’a rapporté d’une vente aux enchères. J’ai commencé en autodidacte et j’ai plus ou moins appris le banjo tout seul avec les accordages spéciaux qui n’ont rien à voir avec ceux de la guitare. J’ai débuté mon apprentissage avec des open tunings, des accordages ouverts et je n’ai touché une guitare que deux ou trois ans après.

Pauline Catherinot : Est-ce que le banjo a influencé ton jeu?

Yan Péchin: Oui, en effet, cela a eu une incidence.  Avant de savoir jouer de la guitare, je jouais déjà avec des accordages alternatifs, ouverts. Les gens apprennent généralement cela bien plus tard. J’ai appris dans le sens inverse, j’ai développé une méthode autour des open tunings, avant d’apprendre les accords traditionnels, classiques. J’ai pu ainsi jouer rapidement de la slide, de la style avant même d’avoir un jeu de qualité. Après je n’ai plus touché de banjo pendant des années, cet instrument était considéré comme ringard, c’était comme l’accordéon dans la musette. Et puis, je m’y suis remis. Des gens cherchaient des banjoïstes, j’ai pu jouer sur des disques.

Pauline Catherinot : A quel moment t’es-tu dit que tu avais envie d’en faire ton métier?
Yan Péchin: Je crois que j’en rêvais depuis toujours. N’étant pas issu d’un milieu musical, ça me semblait être une mission difficile, presque impossible. Dès l’âge de mes quinze ans, de mes premiers groupes, j’avais déjà envie d’en faire mon métier. Mais à ce moment-là, je me voyais en tant que musicien de groupe. Je n’avais pas pensé que je pourrais être musicien derrière des artistes professionnels, parce que je ne connaissais pas. Et puis, j’ai commencé à y penser et après voilà… cela s’est fait assez naturellement.

Pauline Catherinot : Quel est ton premier souvenir lié à la musique?

Yan Péchin: J’avais une soeur plus âgée que moi, elle écoutait des 45 Tours. Mes premiers souvenirs sont liés au Glam Rock, et je crois que le tout premier disque que j’ai écouté et qui m’a marqué c’était Hot Love de T-Rex. Il y avait aussi les New york Dolls, SladeSuzi Quatro. Ils étaient maquillés, assez androgynes. C’était en 1973, j’étais tout petit. Et comme ces artistes parlaient du rock rivival et qu’il y avait un retour du rock des années 50, je me suis penché sur la vieille country et sur les pionniers du rock.

Pauline Catherinot : : Et ton premier choc artistique…

Yan Péchin: Je n’ai pas eu un choc. Il y en a eu plusieurs. Comme je te le disais, il y a eu T-Rex. J’ai été collectionneur de vinyles, j’ai eu dix chocs artistiques par jour. Dévorer. Dévorer. Dévorer. Après, il y a des choses qui m’ont marqué plus que d’autres. J’ai le besoin, encore aujourd’hui, de me nourrir. Je me suis nourri d’une multitude de choses, et généralement des musiques qui n’avaient rien à voir les unes avec les autres. Cela pouvait être des extrêmes. Je passais régulièrement de la musique country à de la musique contemporaine ou encore à des musiques bruitistes… J’aime les contrastes. J’aime autant la dissonance que la pureté mélodique. Je n’aime pas être entre les deux.

Pauline Catherinot :  Quelles sont tes influences musicales?

Yan Péchin: Je n’ai pas été influencé par Clapton, ou Jeff Beck, je ne cite pas des guitaristes en référence, je cite des musiques, des sons. J’ai écouté des guitaristes, certains m’ont inspiré. Mais j’ai autant été influencé par des sons, des bruits. Ce ne sont pas les instrumentistes qui m’intéressent au départ. C’est la musique elle-même.

Pauline Catherinot :  Cela se ressent sur scène. Tu es souvent entre la transe et la réalité. Il y a un savant mélange. Comment pourrais-tu définir cet état?

Yan Péchin: Je ne sais pas comment je pourrais le définir. Si je suis dans un élément extrêmement paisible, je vais essayer d’être en rupture, de créer un contraste, d’être en dissonance. C’est comme mettre une pierre dans l’eau pour que ça secoue. Et inversement, si je me trouve face à une atmosphère hyper complexe, naturellement, je vais essayer d’apporter quelque chose de très simple et de naïf. Tout cela sans prétention. Il faut garder une certaine naïveté sans jamais se prendre au sérieux. Même si ce sont des choses complexes, il faut garder une forme qui ne serait pas entièrement terminée. Sinon, on entre dans des schémas très sérieux. Je veux garder cette naïveté de quelqu’un qui apprend.

Pauline Catherinot : Tu as joué avec plusieurs artistes de renom: Alain Bashung, Jacques Higelin ou encore Chloé Mons. Comment abordes-tu chaque univers?

Yan Péchin: Je ne me pose pas de questions. Je n’aborde pas. J’écoute. J’apporte mes couleurs, mon univers. J’ai la chance de travailler avec des artistes qui aiment mon univers. Je réfléchis, j’essaie parfois de voir ce que je peux apporter, mais c’est d’abord et avant tout, une démarche instinctive. J’ai la chance, depuis pas mal d’années, d’être avec des artistes qui me demandent de jouer comme je veux.

Pauline Catherinot :  Lorsque l’on te voit, lorsqu’on t’écoute aux côtés de Brigitte Fontaine, la tendresse  et la complicité transparaissent…

Yan Péchin: Cela me paraît assez naturel avec les artistes. A partir du moment où tu es impliqué, il y a une vraie complicité. Mais cette complicité, je l’avais énormément avec Alain, Thiéfaine, Miossec et avec des artistes de la décennie précédente. Je crois que c’est un truc naturel. Je ne me pose pas la question de voir s’il y aura une complicité ou pas. Je pense même que c’est la moindre des choses. Il s’est passé beaucoup de choses entre mes débuts – j’ai commencé tout jeune en 1987 – et aujourd’hui. J’ai vécu des expériences incroyables. J’ai joué, par exemple, pendant trois ans avec des musiciens berbères.

Pauline Catherinot :  Est-ce que ton jeu évolue lorsque tu « accompagnes » une lecture (je pense à la lecture donnée aux Bouffes du Nord)?

Yan Péchin: C’est pratiquement toujours de l’improvisation. Il y a un thème d’un morceau qui part d’un accord ou deux. Et comme nous ne sommes que deux sur le plateau: guitare et percussions (Areski Belkacem). Je suis en improvisation.

Pauline Catherinot :  Lorsque tu es sur scène, tu changes souvent de guitare…

Yan Péchin: Pour moi, les guitares sont un peu comme des facettes, des couleurs. C’est un peu comme en peinture, j’aime beaucoup la peinture abstraite. Il y a beaucoup de choses qui me touchent. J’aime les performances avec des peintres. Je suis très sensible aux couleurs. Plutôt que de changer de son, j’aime bien changer de guitare pour trouver des couleurs. Et puis j’utilise des accordages différents, je pourrais faire un concert avec une seule guitare. Mais, je n’ai pas le temps de changer d’accordages entre les morceaux. Je joue une fois sur deux en accordage non standard. Et comme je travaille sur des tournées où il y a des moyens, je prends de nombreux instruments: banjo, mandoline, guitares.

Pauline Catherinot :  Pourrais-tu nous parler du lien entre musique et peinture?

Yan Péchin: En peinture, tu as souvent un thème et puis une ambiance autour. Je considère que j’apporte (en musique) tout ce qu’il y a autour: le fond. J’utilise de nombreux sons. Chaque couleur est comme un son.

Pauline Catherinot :  Quels sont les peintres qui te touchent, que tu aimes?

Yan Péchin: J’aurais pu te dire Kusama yayo ou encore David Hockney pour le film Bigger Splash. J’aime beaucoup certains photographes comme Hans Bellmer.

Pauline Catherinot :  Comment te prépares-tu avant d’entrer en scène?

Yan Péchin: J’ai toujours le trac. J’espère ne pas le perdre.

Pauline Catherinot :  Quelle est ta plus grande crainte lorsque tu es en concert?

Yan Péchin: A part les craintes techniques… Les rares moments où j’ai eu des craintes, c’est quand il m’est arrivé des pannes sur scène. Heureusement, je suis bien équipé et très bien entouré. J’ai eu une panne avec Thiéfaine au Zéntith le soir du live. Sur le moment, ça m’a sur-inquiété. On le voit d’ailleurs sur le dvd. Sur Le Scandale mélancolique, à un moment il se met à combler un trou et puis ça m’a donné une impulsion, je me suis envolé. Sinon, la crainte c’est parfois de ne pas être créatif. Quelque soit l’artiste, je me garde toujours une grande part d’improvisation. Je me donne toujours une liberté de changer. Je me donne pour obligation de ne jamais jouer la même chose le lendemain. L’une de mes craintes, c’est de ne plus avoir d’idées, qu’il y ait un blocage, que les choses ne sortent pas.

Pauline Catherinot :  Si tu étais un son, lequel serait-ce?

Yan Péchin: Je ne pourrais pas me limiter à un son. Cela pourrait être le bruit de la pluie et le bruit d’un marteau piqueur, autant la mélancolie que le côté brut, industriel et violent.

Pauline Catherinot : Comment les gens perçoivent, reçoivent ta musique (notamment sur les concerts de Thiéfaine en 2006 et de Jacques Higelin – avant dernière tournée)?

Yan Péchin: Avec Thiéfaine c’était magnifique. Il m’avait vu jouer avec Bashung et avait apprécié mon jeu. Dès les premiers titres, il m’a laissé carte blanche (guitare et arrangements). Je sais me mettre au service de l’artiste, c’était le cas avec Alain. Higelin, c’est différent. Il est plus dans la performance que dans l’arrangement. Avec Jacques, tu travailles des arrangements-répet’ et dès le premier concert, il change tout, il part en impro. J’ai peut-être amené une couleur, je ne sais pas, je ne me rends pas compte. Mon jeu était, je crois, moins à sa place qu’il ne peut l’être avec Brigitte, Bashung ou Thiéfaine.

Pauline Catherinot :  Quelle place a la composition?

Yan Péchin: Je compose beaucoup. J’ai écrit plusieurs titres pour Miossec, Marie France ou encore Chloé Mons. Je viens de composer un album, qui sortira en septembre, pour une artiste qui s’appelle Valérie Cochet.

Pauline Catherinot :  Comment écris-tu?

Yan Péchin:  Juste avec une guitare acoustique. Quand je suis compositeur, je ne suis plus du tout guitariste. Je pars souvent du texte et je compose. Généralement, j’amène les morceaux guitare-voix dans le plus simple appareil. Je ne mélange pas l’arrangeur et le compositeur.

Pauline Catherinot :  Et un album de Yan Péchin pour Yan Péchin…

Yan Péchin: J’y pense en ce moment, ça a failli se faire à plusieurs reprises. Mais je suis très pris. Il faut prendre le temps de digérer les chansons. Je préfère ne pas écrire plutôt que d’écrire des textes sans substance. Je n’ai pas encore trouvé le collaborateur jusqu’à maintenant. Mais pourquoi pas…

Pauline Catherinot :  De quoi rêves-tu?

Yan Péchin: J’ai toujours des rêves artistiques, des rêves d’artiste mais je ne veux pas trop en dire. Je les garde pour moi… J’en ai réalisé plusieurs. Je n’ai pas fini, je continue. J’ai eu la chance de travailler avec Marianne Faithfull avec des gens qui m’ont beaucoup marqué. Je suis mon instinct, je laisse les évènements se réaliser, je ne les provoque pas. Je me laisse bousculer par les évènements. Je crois en ça depuis toujours (malgré les hauts et les bas).

Pauline Catherinot :  Est-ce qu’il faut avoir peur du doute?

Yan Péchin: Les grands artistes sont ceux qui doutent. C’est ce qui permet de se remettre en question, de progresser. De nombreux artistes, lorsqu’ils ont une certaine carrière, s’ils ne se renouvellent pas, c’est qu’ils ne doutent pas assez. Ils utilisent des processus créatifs qu’ils connaissent par coeur. Les gens qui doutent prennent des risques, le risque de se tromper, de faire de mauvais albums. Ils essayent. C’est le propre de l’écriture, de la création. Il faut savoir utiliser le doute comme une arme créatrice. Il ne faut pas douter pour rien. Tu doutes parce que tu cherches. Par contre, il ne faut plus douter une fois que tu as quelque chose en main.

Pauline Catherinot :  Que pouvons-nous te souhaiter pour la suite?

Yan Péchin: de continuer mon chemin… plus haut encore, de vivre des aventures aussi intenses que celles que j’ai pu vivre avec Alain. Elles seront différentes mais aussi intenses. J’en suis sûr.

Un pur moment de bonheur. Il travaille actuellement sur l’album de Chloé Mons qui sortira en Mai chez Sony. Il sera ensuite sur les routes avec Brigitte Fontaine et Raphaël pour ne citer qu’eux. Merci à Yan Péchin pour sa disponibilité, sa gentillesse…

 

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