Le Vivant et le Temps (café philo-poétique)


Avec: Patrick Dubost et Le Professeur Pierre Krolak-Salmon

La question de la finitude est souvent pensée à partir de la notion du temps et la mort apparaît comme la limite commune infranchissable d’un temps indomptable. Mais nous savons que dès l’embryon la mort cellulaire sculpte, donne forme à la vie et tout au long de notre vie notre corps ne cesse de se détruire et de se reconstruire. A quel moment et pourquoi ce processus vital va déclencher l’autodestruction de l’organisme, comment la médecine va accompagner ces processus inéluctables ? Quel rôle va prendre l’hôpital et le personnel soignant lorsque nous savons que la mort est proche ? Quelle place à la démarche artistique ?

La finitude. Le vivant et le temps. Vivre. Vivre. Sentir dans ses cellules, le souffle puissant. J’entends la phrase de Cadiot: « remettre les morts et les vivants à la bonne vitesse »… J’ai retenu ma respiration – en apnée – je n’aime pas parler de la mort, et les conversations qui touchent à cela me plongent dans une profonde tristesse. La mort. C’est cette chose glaciale qui vous étouffe, qui plonge l’autre dans l’oubli. Je croyais cela. Et puis, on a parlé. je me suis souvenu de certaines phrases. La mort comme berceau de la vie… La vie puis la mort. La mort puis la vie. Les trajectoires étaient multiples. Une soirée bouleversante et extrêmement enrichissante. Apprendre. S’ouvrir. Regarder. Avoir moins peur. [Face à la disparition, le gouffre est béant… faire son deuil, ne pas faire son deuil… une pensée s’échappe…] Cela paraît lourd comme ça… pesant… Mais cette soirée ne l’a pas été. Profonde. Toute en finesse et en pudeur… La finitude. Le vivant…

Je ne connaissais pas le CCO. Sur un coup de tête se décider. Un café philopoétique. Un concept intéressant. Quelques tables rondes dispersées au fil de l’inspiration. Des bougies. Une scène. Un écran. Un court préambule pour présenter la soirée. Trois voix. Se répondent. Se frôlent. S’ajoutent. Trois voix. Un poète. Un professeur. Un réalisateur. Déambule.

Patrick Dubost / Extraits du livre Jonas Orphée/ sur scène « Je choisis des textes, des extraits qui ont à voir avec la finitude, avec la mort et parfois avec la mémoire (…) Ce livre est un livre pensé pour le théâtre, il est écrit sous forme de fragments, il y a 147 fragments que l’on peut composer comme on le veut. C’était une commande d’un metteur en scène qui voulait que j’imagine ce qu’il se passait dans le ventre de la baleine. »

  • Fragment 28 [Attention, l’article ne respecte pas la typographie de l’auteur, nous vous invitons donc à lire et à découvrir le livre de Patrick Dubost ] « Les mains parfois l’emportent sur les visages, tu croiseras des morts parfois qui ont perdu leurs mains… »
  • Fragment 49 « Le chat comptable… »
  • Fragment 64 « La vie dans la mort. Les morts que tu croiseras ici, car tu croiseras des morts, ne sont pas les vrais… la vie n’est pas le contraire de la mort, la vie est une parcelle de la mort… »
  • Fragment 70/ DIALOGUE / Gestuelle précise/ « Les Pingouins… »
  • Fragment 71 « J’ai appris… « 
  • Fragment 89 « La langue et le monde… « 
  • Fragment 95 TROIS VOIX « Le sommeil des morts. Tu m’entends? Il est mort… Peut-être que toi aussi tu es mort? Je ne sais pas. Je me promène avec toi au milieu des morts… Nous marchons éveillés chez les morts qui nous rêvent… « 
  • Fragment 98 « La fin du monde. On dirait un jeu. Ce n’est pas un jeu… Ils disent que c’est la fin du monde… »
  • Fragment 113 PAROLES D’UNE CHANSON « Le corps étiqueté. J’avais un corps. Je me souviens, j’avais un corps…J’avais un corps et je le promenais partout… »
  • Fragment 121 « La porte au fond du couloir. Depuis que je t’ai rencontré… Une porte au fond du couloir. Si je l’ouvre, je suis mort »
  • Fragment 130 « Livre des morts en transit. »
  • Fragment 136 « Le décompte des os »
  • Fragment 137 « Si tu meurs, je meurs aussi. Dans ma tombe, je creuse un tunnel. Un mulot me voit passer. Que font les mulots dans la mort? »

Des Témoignages de nos voisins, court métrage. Réalisation: Arnaud Deparis: (j’ai noté quelques phrases du film…) « D’un moment à l’autre… je suis quand même en sursis, comme nous tous »; « Il me tarde d’arriver le soir pour me coucher, là, je rêve à ma vie depuis ma jeunesse… ce que je faisais, où j’allais… »

Patrick Dubost / Lampe frontale/ Lumière rouge/ Assis à une table / Texte court « je l’ai écrit en imaginant que j’étais dans la tombe et que soudain j’avais une conscience des éléments autour de moi » / « Je suis mort, des enfants jouent là-haut sans faire de bruit…. Je marche avec un mot dans chaque main. Pluie. Soleil. Nous parlons tous d’une seule bouche… Le soleil danse avec les fantômes. Je suis nombreux… Est-ce que le monde existe encore? » « Les morts, autour de moi, prononcent des formules magiques dans le but d’apprivoiser le réel. Tu ne dois pas t’inquiéter pour mon corps, le vent s’en occupe. L’ombre de la mort, est une ombre parmi d’autres… L’ombre de lumière et l’ombre de mort… »

Pierre Krolak-Salmon: une intervention précise autour de trois points. Un discours très humain permettant de comprendre la réalité des soignants et des patients. Le Vivant. « C’est notre objectif, traiter le vivant, l’aborder avec les personnes vieillissantes… On vieillit à partir de l’âge de 20 ans… On aborde ces patients avec des projets de vie ». La Mort. La Mémoire. (…) « Pour bien se souvenir, il faut oublier… »

Patrick Dubost / Avec quelques personnages… /

  • Fragment 83 « J’ai inventé ma tombe. C’est une boîte de sardines mais sans les sardines ».
  • Fragment 89 « J’ai réinventé ma tombe car j’avais oublié une deuxième place pour ma copine. On est pas mort… « 
  • Fragment 63 « Ce qui déclenche les migraines chez moi… »
  • Fragment 94 « La mémoire coule comme de l’eau… »
  • Fragment 118 « Une marionnette, c’est toujours un peu mort… « 

Prolonger ensuite la discussion autour d’un verre. Passionnant. Se rencontrer. Une soirée très enrichissante. Je ne sais pas si je vais pouvoir dormir…. Mais il faudra renouveler cette expérience. Quelle jolie idée: un café philopoétique… Le cadre est sympathique. L’écoute est excellente. Un endroit parfait pour lire et écouter.

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