Silence!


Par la compagnie du Pata’Dôme Théâtre et Amphigouri Théâtre

Avec: Jean-Philippe Amy, Michel Le Gouis, Nathacha Picard, Julien Picard

Silence   On joue ! (Théâtre visuel – dès 10 ans –  durée :1h15)

Ici c’est la foire ! La jeune Nulla, vilain petit canard, et Bonto, l’enfant chef, tous deux rescapés d’Eminostu: contrée idyllique de l’enfance, ont bien du mal à s’adapter aux usages de leur terre d’accueil. Leur cocasse famille de forains s’efforce maladroitement de définir la frontière entre l’enfance et le monde des adultes. Un capharnaüm insolite à l’exotisme festif.

/Journée pluvieuse. Cela n’a échappé à personne. Lorsque l’on se met à parler de la pluie, c’est que l’on a vraiment rien à dire. Pourtant. Des tonnes  d’articles qu’il faudrait écrire, des morceaux de conversation à mettre bout à bout… Changement de temps. Changement de pluie. Plus froide. Plus dure. Plus insaisissable. Je n’ai pas de parapluie. Je ne passe pas entre les gouttes. Pourtant. Je ne suis pas trempée. Parce que l’oeil est malin. Il a repéré un abri. Un abri bus.  Ou. Un porche. Là. Les gouttes ne viennent pas, elles s’effondrent sur les marches du bas. Regarder la ville. Une après-midi – en apparence – pluvieuse – Se recentrer sur le silence. Une feuille glisse dans un torrent improvisé. Un silence presque enfantin. Attendre une voiture. Prolonger son regard sur la circulation qui s’enraille, s’accélère, ça contraste avec le rythme du ciel. Et ne pas se perdre. Excepter dans ses pensées. Des lignes éparses qui se mélangent aux flaques [ce soir, c’est poésie!!!]/

Le silence. Une mise en scène à quatre voix. Un texte.  A partir de 10 ans. Au coeur. Les droits de l’enfant.  Après des mois de recherche, des semaines de répétitions, un accident… bouleverse le quotidien de la compagnie. Impulsion modifiée. Se forger une carapace et passer outre… Alors se lancer … le pata-dôme ouvre ses portes et présente, pour la seconde fois: Silence. Découverte d’un lieu. A la fois douillet et chaleureux…  Certaines envies naissent, ce serait chouette de lire ici.  Discuter. Attendre. Il y a une table avec des petits trucs à grignoter, une pierre qui porte bonheur, des bonbons, des petits mots…

SilenceUn individu étrange fait son apparition. Du noir sur le visage. Il parle une langue étrangère. Quel pays? D’où vient-il? Passe et repasse… se prend les pieds dans le tapis… Allers-retours… Echanger avec le public, les gens… Une femme, son épouse, arrive et donne des tickets pour entrer (des morceaux de puzzle, j’aurais bien gardé le mien, le coller sur mon carnet ou en faire une broche). Après quelques instants, le public entre par petits groupes. La porte se referme. Et on entend du bruit, des bruits… Comme des cris. Comme des percussions. Enfin!!! C’est à notre tour. On peut y aller. Nous montrons pattes blanches et nous nous installons sur la deuxième rangée. Chapiteau immense. Une sorte de chantier étrange où les accessoires sont par terre. Peut-être le chaos? Un chaos après une tempête. Je n’ai pas lu le descriptif. Ne pas avoir d’idées pré-conçues. Découvrir. Se laisser immerger par un univers poétique.  Se libérer des carcans. J’aime cette esthétique… ça me parle… Il y a des correspondances entre la poésie et ce théâtre d’objets. Des zones de non-dits. Se laisser aller sur les ailes de l’imagination. Ne pas analyser. Se libérer des frontières. Ne pas sombrer dans la facilité: l’analyse dramaturgique. Ici, ce n’est pas le propos. L’oeil est happé par le décor, par les personnages, par les sons… ça fourmille… A chaque spectateur, sa lecture… Silence, c’est la richesse qui s’empare des espaces… Tentons de rendre notre propos cohérent et structuré. Des tapis sont sur le sol. Un manège (sur lequel j’aimerais bien monter), des draps sont pendus sur un fil… Un personnage (incarné par Michel Le Gouis) tape et tape. Percussions s’installent et entraînent le « spectacteur » dans un sillage infernal. L’homme (le père) installe le décor, monte le chapiteau… On applaudit. Je me laisse envahir par ce sentiment magique. J’empile les pensées et mes sens sont en éveil… Moi aussi je voudrais donner mon morceau de puzzle, pour jouer, pour faire tomber les adultes, les uns après les autres… Juché sur de hautes échasses, l’enfant roi, trop grand… montre sa « puissance »… entre la tendresse et la violence… Il cherche le contact et semble doux… Mais lorsqu’un personnage fait son apparition… les traits changent et l’on comprend la douleur de cette famille… Une petite fille à roulettes, une marionnette… Sourires de façade… Enfermée… Mélange des genres, c’est ce qui fait la force de cette pièce…. Tellement vrai… Les apparences sont parfois trompeuses et les difficultés s’installent insidieusement sous le chapiteau. Le spectacle doit continuer. Un continent à la dérive. Après une tempête. Dans des gouffres béants, les personnages sont à la dérive… Images magnifiques… Le temps comme arrêté… Coeur de spectateur… bouleversé… Un joli moment…

Un seul bémol, j’ai trouvé l’installation – dans la salle – un peu longue. Mais … tellement conquise par la proposition, que ce bémol n’est qu’un détail. Travail précis et minutieux. D’une poésie extrême. Dommage, j’ai manqué la seconde pièce: Motus Minus!!! Mention spéciale à Michel Le Gouis. En un mot: magistral!!!  Le Jardin poétique vous conseille vivement les spectacles de la Cie Amphigouri Théâtre… Chaque fois la découverte. Le plaisir des yeux et des oreilles…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s