4. Larmes


Théâtre des Ateliers (Lyon) – 16 Mars 2011

Même fauteuil

 Pluie.

« Je suis au bord des larmes, écailles vertes dans l’eau noire, larmes, je ne tuerai plus jamais de poisson… »

Les morts. Les vivants. La même vitesse.

Mes morts. Mes vivants. A la bonne vitesse.

Larmes.

Larmes.

Derrière les mots, il y a d’autres figures. Des proches. Des rides. Des voix qui manquent. Une grande descente vers…

« Et puis y a des moments où j’étais seul.
J’y pense.
La solution c’est ça.
La solution pour tous.
Une psalmodie sans regret, ça existe?
Une ancienne chanson moderne, c’est possible?
Mais à l’envers, l’ancien devant.
Comme une découverte.[1]»

Entendre le texte. Vraiment. Chaque respiration. Chaque virgule. Le prendre de plein fouet. Comprendre enfin. Quatre représentations. Il m’aura fallu quatre représentations pour être vraiment, pour ressentir vraiment. Je suis sur le rebord. Larmes. Larmes. Voir mes ils, mes elles. Et puis, le souffle. Gonfler le torse et fragmenter la douleur pour qu’elle s’échappe, pour qu’elle s’écoule et qu’elle suive enfin le courant.

Epurer les souvenirs.

Ce soir. Comprendre le pourquoi. Pourquoi ce livre. Pourquoi cette expérience. Ce besoin de voir encore et encore la même pièce. Pas vraiment la même d’ailleurs puisque chaque fois, la découverte. Pas d’attente. La simple transmission, la réception d’une voix, d’un mot, d’un corps. La gestuelle est intégrée à l’instant R, au mouvement R. La main sur la bague parfois. L’orientation légèrement différente. Tout se transforme.

En mouvement.

C’est peut-être ça le théâtre. Ressentir. Ressentir. On a perdu un peu de ça, on écrit sur des textes, on analyse. Mais on ne vit pas. On ne ressent pas. Le spectateur est mort parfois. Un morceau de peau sur un fauteuil. Il ne bouge plus. Il attend. Il croit savoir ce qui l’attend. Mais ça gâche.

Ce théâtre se construit à l’inverse. Il n’y a pas de politique, pas de catharsis. Mais le spectateur vit, reçoit, agit. Le spectateur, me semble-t-il, a le pouvoir d’agir sur ce spectacle. Avec son vécu. Son devenir. Son imagination. Sa rivière. Ses images.

Et lorsque l’on arrive enfin à ce stade, il faut y retourner. Pour être, pour y découvrir enfin le libre. Choisir les morceaux. Faire des choix. Oui, c’est ça. Revenir à un endroit. Revenir à cet endroit pour avancer sur le chemin, pour ponctuer l’expérience. Peut-être…


[1] P :135

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