Préambule


Ich mache mir eine kleine Erleichterung. Là, maintenant, tout de suite, s’autoriser un moment de détente… Plonger dans une rivière verte, celle d’Olivier Cadiot. Certains livres accrochent, bouleversent et interpellent le lecteur. Je n’imaginais pas à quel point cela pouvait être vrai. Un Mage en été est un roman écrit à la lisière des mondes. Il y a cette poésie dont l’auteur a le secret, cette écriture du son, de la déchirure et du fragment. Tout commence par une photo de Nan Goldin… Sharon in the river… Une image, un point vers lequel on ne cesse de revenir. L’instant R. On bouge dans une temporalité étrange. Tout se mélange : le présent, le passé, le futur. Les corps sont, en apparence, immobiles, presque figés. Le mage, le lecteur ou encore le spectateur. Tous ou presque sont soumis à des visions. Voyage dans les souterrains de la pensée et de l’âme. On plonge. On devient poisson et on s’enfonce dans les limbes. Le mage est un robinson – figure récurrente des livres de Cadiot – un personnage ultra-sensible, en constante évolution depuis sa première apparition dans Retour durable et définif de l’être aimé. Et ce livre, ce livre… Un Mage en été  arrache les larmes, il touche au cœur. Et certaines phrases reviennent sans cesse en mémoire : remettre les morts et les vivants à la bonne vitesse. Cadiot interroge la vie, la mort, le deuil. Il a – dit-il – distillé dans son ouvrage des phrases issues de son Journal de deuils. Cadiot nous perd ou nous emporte dans une autobiographie qu’il construit dans les à l’envers. Il exploite une branche obscure de son arbre généalogique : l’occultisme selon Eliphas Lévi. Tirer sur le fil. Ouvrir les armoires, les archives et se raconter un peu. Le personnage est au service de son auteur. En transparence. Le lecteur, quant à lui, est au plus près de la sensation. Il touche, sent, entend, voit.  Il est vivant. Il agit sur ce morceau de littérature. Il provoque la vision. Il devient ce mage. Et c’est peut-être ça, le pouvoir de ce livre. Provoquer chez le lecteur une réaction sensorielle. La mémoire est réactivée et c’est comme dans un rêve. Que des fragments. En tête. Coincés là dans le cerveau. Absorbés par un mouvement-vitesse.

La littérature d’Olivier Cadiot ne connaît pas de frontières. Elle s’invite régulièrement au Théâtre. Et cette expérience de spectateur commence ici. Sur scène, sur la scène de l’Opéra Théâtre[1]dans une mise en scène de Ludovic Lagarde. La partition est impressionnante, l’équipe a travaillé avec l’IRCAM et on sent le lien avec la poésie sonore, avec Bernard Heidsieck ou encore avec le Cut up de Burroughs. Le corps est envahi par le son dont on ne sait exactement la provenance… Cela participe à la magie. Le spectateur est en symbiose, connecté avec le mage. Peut-être hallucine-t-il ? Mais ce visionnaire moderne semble flotter dans les airs. Il apparaît puis disparaît.  Laurent Poitrenaux est incroyable. L’exercice est difficile. Une heure quarante de jeu. Monologue sublime. Un choc. Une onde de choc. On « mage » de visions en visions. Le piège se referme sur le spectateur. Il faut y retourner. Tenter de comprendre. Chercher. Comme un écho. Comme une terre commune. Il faut y retourner.

Cette expérience s’articule donc autour de cinq représentations : en Avignon d’abord, puis à Lyon. Elle repose sur une envie, celle de voir et de suivre un spectacle sur plusieurs soirs dans des conditions similaires. Scruter le gestus, observer la salle, analyser parfois, noter les évolutions : Quelles sensations ? Quelles réactions ? Les visions provoquées par le spectacle seront-elles les mêmes ? Les textes qui suivent sont donc tournés vers la sensation, vers une écriture automatique. Et je dois dire, que petit à petit, l’image est devenue de plus en plus précise. Le contour est plus épais, plus tendre. A chaque représentation. Un mot. Un texte. Un mouvement. Après, il y a la confrontation. Rencontrer les artistes et se demander où mène cette rivière verte…


[1] Edition 2010 du Festival d’Avignon

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s