Arthur H… Over the rainbow


Rencontrer Arthur H à l’heure H dans un endroit T

Après le concert. Patienter. Passer la sécurité. Dire le mot de passe. Bafouiller. Les pensées sont encore sur le bord de scène. Dansantes. Scintillantes. Transbordantes. Faudrait peut-être les ramasser. Patienter encore dans la salle à manger – Accueil très chaleureux – En confiance. Boire un verre d’eau. Manquer de s’étouffer. Retrouver la respiration. Frigos dévorés par les autocollants. Regarder par la fenêtre. Le bitume. Puis la Lune. S’asseoir [Vous ne le savez peut-être pas encore, mais vous aimez ces détails… ou pas] Des voix dans le couloir. H. Un chapeau. Des voix. H. H. ça s’ouvre à la force du poignet, ça s’ouvre… Après l’après de l’après de l’attente… l’attente et encore un peu après… L’attente. La fatigue me dévore peu à peu. Subir le temps. Levée depuis six heures le matin, les questions commencent à disparaître de mon cerveau. L’angoisse se profile. Les paupières se ferment. Lutter. Et si… Et si… Et si… Minuit largement passé. Errer dans les couloirs. Attendre encore. Compter. Relire les notes. Écrire un peu. Bailler parfois. Songer à s’enfuir. Se dire que demain il faudra se lever tôt… cinq heures, six heures… Le temps de reposer un peu la tête. Il faudrait dormir – là – maintenant – tout de suite – Dormir quelques instants. Hment bien. Pendant ce temps. Mr H signe des autographes, parle aux gens… disponible, à l’écoute. Le lien entre le spectateur et l’artiste est important. La silhouette descend. Un regard. Un signe. Il suffirait… Et j’hyperbolise, j’exagère, il s’est passé 25 minutes. C’est fou comme le cerveau peut réinventer la temporalité. Vous avez eu le temps de vous inventer un château, de marcher sur la lune, de calculer le nombre de chaussures qu’il faudrait pour aller d’un mur à l’autre, pour imaginer un scénario entre les deux amoureux de la table d’en face, pour vous dire que vous pourriez aller voir le guitariste. Une seconde. Un regard. Un geste. Vous sortez de votre torpeur. Réalité H me revoilà. On s’installe rapidement au bar et je sens qu’il faut faire vite… Je m’emmêle les pinceaux et les questions que j’avais imaginé s’envolent… En un battement de cils… Il est resté ça, ça et la maladresse, la timidité, la fatigue, les yeux rouges (oh….). Vivre la nuit, c’est tout un apprentissage!!! Il faudrait envoyer d’autres questions et puis – qui sait? peut-être le miracle. La gentillesse encore. Parce que Mister H fut patient, gentil et très à l’écoute. Bien plus en forme que moi. Alors merci de votre compréhension. Cette interview bat des records. L’interview la plus courte de l’histoire. Sept minutes et quelques secondes. Place aux questions…

Pauline Catherinot: Votre album est composé de douze chansons. Il y a une chanson cachée où l’on entend la voix de votre fils. S’agirait-il d’un clin d’oeil à l’album Jacques Crabouif Higelin?

Arthur H: Oui, c’est machiavélique. Cela me fait très plaisir que mon fils apparaisse comme ça sur mon disque. Ce n’était pas prémédité. En fait, il se trouve qu’il vient d’avoir quatre ans et il sait déjà lire. Il avait les paroles de Basquiat devant lui, il a commencé à les lire et il a mis une vraie intonation dedans. Donc, on était tous très surpris par cette façon qu’il avait de dire le texte. On avait l’impression qu’il comprenait ce qu’il disait, alors que c’est quand même le début… Non seulement c’est abstrait, ce sont des images poétiques, violentes. Il l’a fait avec beaucoup de convictions.J’aime bien l’idée que dans vingt-cinq ans, il va l’écouter et puis ce sera la mémoire d’une époque où on a été créatif.

Pauline Catherinot:  Peut-on dire qu’il y a un mélange de spleen et idéal sur votre album Baba Love?Il y a quelque chose d’assez acidulé, de coloré au niveau de la musique… ce qui contraste parfois avec le texte où certaines images sont plus sombres… Par moment, la vision du monde est assez sombre…

Arthur H: Je ne vois pas ce qui est sombre… Qu’est-ce qui est sombre?

Pauline Catherinot: « Je veux sentir le souffle de la mort, Je veux marcher au bord de la falaise et regarder les pétroliers couler… »

Arthur H: Ah oui, il y a des images comme ça

Pauline Catherinot: J’ai l’impression que vous avez joué avec les contrastes sur ce titre phare: Baba Love. Est-ce que votre album s’inscrit dans cette mouvance – comme à la frontière des mondes – entre spleen et idéal?

Arthur H: Oui… Euh… Quelqu’un m’a parlé dernièrement de « désespoir joyeux ». C’est vrai que… j’avoue que ça me parle un peu. (Il réfléchit…)

Pauline Catherinot: Vous faites de nombreuses références à la poésie. Vous avez d’ailleurs mis en musique un texte de Gherasim Lucas Prendre corps, pourquoi ce choix?

Arthur H: J’ai un ami qui m’a présenté ce texte. Je l’ai trouvé très très musical. Pour moi, c’était évident que c’était une chanson. C’est un texte rare je trouve. C’est vraiment très libre dans la forme. Il prend énormément de liberté avec la langue française. il dit ce qu’il veut. Il la transforme. Il casse les mots et il les change. Alors ça j’aime bien… d’avoir finalement aucun respect pour la langue, pour trouver un espèce de rythme pas très fluide.

Pauline Catherinot: (Bon, là, j’ai fait une référence à la poésie sonore… une idée à la noix qui est arrivée comme ça sans trop savoir pourquoi. Je reformule… ) Quel est le moteur de l’écriture?

Arthur H: J’aime bien être narratif. J’aime raconté des histoires et ne pas trop perdre les gens dans l’expérimental.

Pauline Catherinot: L’album a été enregistré dans une ambiance intimiste. L’équipe qui vous entourait a changé. Comment êtes-vous passé du studio à la scène et comment avez-vous choisi les musiciens qui vous accompagne?

Arthur H: Comme tout dans la vie, ça se fait au feeling. Les gens qui ont fait le disque ne pouvaient pas faire la tournée. Après j’ai fait des auditions et puis tout à coup, tu te sens proche de quelqu’un. Tu ne sais pas pourquoi. Tu ne sais pas comment. Il y a une espèce d’amitié, de regards et surtout la musique prend vie tout de suite. Il y a quelque chose qui passe. C’est vraiment immédiat. C’est comme les chaussures quand tu essayes une paire de chaussures. Elles te vont bien. Tu te sens bien. Si tu n’es pas bien dans la chaussure, le vendeur va t’expliquer que la chaussure va se faire mais en fait c’est faux!  Avec les musiciens, c’est pareil. C’est dans l’instant, ça se passe dans l’instant. Et après, ça ne peut qu’aller de mieux en mieux.

Pauline Catherinot: Vous avez créé votre boîte de production mystic Rumba, comment est née cette envie? Est-ce une manière d’être plus libre?

Arthur H: C’est une envie un peu irréaliste, un peu utopique de contrôler sa création. C’est vrai que dans le contexte actuel, ce n’est peut-être pas très habile. Mais en même temps, j’ai envie d’être un peu multi-productif. En ce moment, je fais un CD une collection de poésie musicale avec Nicolas Repac. Alors c’est sûr que si, par malheur, les gens ne suivent pas, c’est voué à l’échec. On est quand même dans une économie vraiment fragile. Alors… C’est un pari. Pour le moment, c’est un pari qui me fragilise… qui me fragilise beaucoup. Mais j’espère que dans un futur pas trop lointain, on aura vraiment des bases un peu plus solides. J’aimerais avoir un endroit où l’on pourrait être très créatif… un endroit-source… où il peut se passer beaucoup de choses… des rencontres. C’est un rêve que j’ai depuis longtemps. J’espère que je pourrai le réaliser.

Pauline Catherinot: Et pour terminer… Si vous étiez un endroit, ce serait où?

Arthur H: (Un temps) Je serais une plage déserte des Landes où on peut se mettre tout nu.

Après je suis rentrée dans la nuit froide sur un baba-vélov’ – claquée mais très heureuse d’avoir pu échanger quelques mots avec l’excellent Arthur H. Dans la tête, c’était un peu… the rainbow…

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