Sphère d’or… Expériences (3)


Pauline Catherinot, spectatrice relais pour le Théâtre de Vénissieux

« Micro Mondes, première édition ! Micro Mondes est un festival inédit de spectacle vivant et de multimédia, dédié aux arts immersifs. La programmation, imaginée avec la complicité du metteur en scène Joris Mathieu, est construite autour de l’immersion du spectateur. Elle rassemble des artistes qui inventent des  structures spectaculaires à l’échelle micro. Micro Mondes propose un parcours étonnant à la découverte de formes théâtrales, chorégraphiques, plastiques ou multimédia… qui convient le spectateur au coeur d’univers intimistes et sensoriels. De petits espaces qui tissent une véritable qualité de relation au spectateur, à l’individu. Images réelles ou virtuelles, sons, odeurs, sensations
tactiles… autant d’expériences poétiques, ouvertes à tous, dans des lieux revisités ou totalement insolites. Les 4 spectacles qui composent la programmation sont à l’image du projet artistique qui nous anime. Ils interrogent,
chacun à leur manière, le rapport à l’intime et au sensible : une boîte géante et 50 petits lits… la cuisine d’Alice où l’on mange du chocolat… une sphère futuriste et illusionniste… ou une ballade immersive guidée par un smartphone. » (cf plaquette)

Conception et Mise en scène: Joris Mathieu

Jeu: Philippe Chareyron et Maud Peyrache – Images: Siegfried Marque et Loïc Bontems – Musique: Nicolas Thévenat – Texte: Gildas Mathieu

Durée: 40 minutes

Dans le cadre du Festival Micro mondes

« Joris Mathieu, artiste associé du festival, imagine un micro monde autour d’un théâtre d’illusion optique. Les spectateurs sont les membres d’une mission scientifique. Ils font la découverte d’une sphère d’or conservée sous la glace depuis un million d’années. Un homme et une femme émergent de cette matrice archéologique pour livrer un récit fantastique sur l’origine du monde. Ici, la  science-fiction côtoie les grands mythes. Le spectacle prend vie, en chair et en images, au sein d’un savant dispositif multimédia dans lequel le public est invité  à évoluer. Un théâtre chimérique et fascinant qui sème le trouble sur notre  perception du réel. En parallèle de ses créations pour la scène, la compagnie  Haut et Court invente des formes déambulatoires autour de l’immersion du  spectateur. Des univers étranges, oniriques et sensoriels à traverser. »  (programme du Festival)

Revenir après plusieurs semaines sur l’expérience. Le spectateur au centre – ou presque d’une trajectoire…

21 heures / Claquée / Dormir debout / Emportée dans une spirale infernale/ Se concentrer / Sortir le petit carnet noir/ Écrire/ Additionner les lettres/ lever la tête parfois/ En immersion/ Les coulisses avant l’heure / Tendre l’oreille, les deux… L’attente. Spectateurs dans le hall – tapis rouge. L’expérience commence. Bruits de verres. Voix.

[Tout est froid. L’air. Le stylo. La bière]

Devant la machine à café. Une voix. Féminine. Elisabeth Postel-Vinay. Responsable de la communication. Présentation de la Compagnie Haut et Court. Le travail. Le lien.

[L’Artiste. Le Théâtre. La Ville.]

« Votre attention s’il vous plaît. Bonsoir à tous. Nous sommes très heureux de vous recevoir pour un spectacle un peu particulier. La Compagnie Haut et court est en résidence, au Théâtre de Vénissieux, depuis cinq ans. Cette compagnie est à l’origine de nombreux projets, à la fois au théâtre mais aussi dans la ville, dans les immeubles… On vous propose, ce soir, un spectacle étonnant qui se déroule dans le cadre d’un festival dédié aux arts immersifs. Il se déroule dans quatre lieux: au Théâtre de Vénissieux, au Toboggan, aux Célestins et dans le quartier de la Part-Dieu. La Sphère d’Or est une mise en scène de Joris Mathieu, le spectacle accueille une petite jauge: cinquante spectateurs. Nous accueillons trois groupes par soir pour favoriser l’intimité, l’immersion. Il s’agit d’une expérience inédite et sensorielle. Je vais vous inviter, parce que le spectacle commence comme ça, à rejoindre ma collègue et ensuite à patienter quelques minutes. » Le texte de Marcel Freydefont offre un éclairage intéressant sur la notion d’utopie, d’immersion du théâtre dans la ville, dans l’espace:

« L’immersion n’est pas seulement spatiale, elle ne met pas seulement en cause le registre de la représentation. Elle participe d’une action en direction du corps social (…) A l’évidence, le temps du théâtre élitaire pour tous s’achève pour laisser la place à nouveau à la recherche d’un théâtre populaire, d’un théâtre qui dialogue avec la société, avec la population, un théâtre qui cherche son ancrage dans la cité, peut-être un micro-théâtre qui voudrait en finir avec la minoration du théâtre. Plus que le lien entre utopie et communauté, le théâtre immersif révèle la nécessité de la relation entre théâtre et société, l’importance de la relation au sein de l’art du théâtre, le rôle irremplaçable du public et des spectateurs : utopie et pensée collective. »

Suivre le groupe. Déchirer le billet. « Un artiste va venir vous chercher. Merci de patienter. Je vous laisse savourer cette expectative un peu mystérieuse… » Scruter l’assemblée et reconnaître certains visages.  Premiers changements. Mutation de la mise en scène. Itinéraire…

[Le dispositif ne semble pas correspondre au projet découvert la semaine précédente. Le parcours commençait dans les coulisses.]

Paroles. Flot. La porte bleue s’ouvre / Grincement(s)/ Attendre/ Silence/Noir/ Son/ Leitmotiv/ Avancer dans l’obscurité. Ambiance s’intensifie… Se laisser aller.

  • File humaine

Suivre les autres. Entendre une voix. Éblouissement. Une lampe torche. Marches. Sur scène. Cordes. Légère angoisse. Son. Toujours le même. Point dans la poitrine. File. Formes humaines dans la pénombre. Le rideau de fer est baissé.

[de l’autre côté, la sphère, je le sais… la sphère]

Les gens se mettent naturellement face à la salle. Le groupe se rassemble, se rapproche, se serre. Pas un bruit. Que les pas sur le plateau. Parfois, ça chuchote, ça se pose des questions. Le rideau de fer monte. Les corps se tournent et découvrent un autre espace.

  • La Sphère d’or

Sphère. De la neige (fondue). « Tu es là.  » S’avancer. Des animaux – dans la neige. Un homme – dans la neige. Des chaussures – dans la neige. « Tu reposes sur ton socle comme une offrande »

[Il fait froid. Le bout des doigts est gelé]

Ce n’est plus un théâtre. Un ailleurs. On oublie le cadre, la boîte théâtrale. Regarder la sphère. Deviner la silhouette. Corps de femme. Vêtue de noir. Cheveux détachés. Spot perfore / Trou de lumière.

Les regards fixent la neige, la sphère, le corps…  Percés par la lumière.

[Impossible d’écrire, il fait noir.

Perte du stylo. Les pages resteront blanches et froides]

Une foule. Des individus dans la neige. Une colonie. La narration se transforme et le spectacle est partout. En dedans et en dehors. L’expérience est intense – ça se prolonge – ça entrave – ça se glisse

La glace. La neige. Le blanc. Le froid.

Un autre monde.

Constellation. Projection. Un parcours à 360 °. Tout dépend de l’endroit où sont vos pieds. La perception diffère. Rester figé. Un Temps. Observer. Écouter la voix (la même que pour les répétions). Un Temps. Bouger, se déplacer. Un temps. Regarder les autres. Leurs visages. Leurs mains. La distance. La réaction. Devenir le double. « Je regarde ton corps… Tu ne bouges pas… Tu ne dis rien… Chacune de tes courbes, de tes phalanges racontent… Ton ventre gronde de rumeurs sociales… J’ai marché longtemps pour venir jusqu’à toi… Dans ce petit carnet, j’ai consigné ma quête. Je t’écrivais pour conjurer la faim, la soif. (Son accélère) Et tout a commencé »

[Il faudrait prendre des notes…]

Vibrations dans le sol / BRUITS / ça tremble. Le Théâtre tremble / Un Rêve blanc / Du texte à la réalité. Il y a le rêve blanc. Un FIL. Le lien –  toujours – entre l’image, le son, le corps et le spectateur – ça forme un tout et la réaction est épidermique.

« Le soleil me brûle jusqu’à l’os » (toujours le lien entre l’image et le son / le texte. Jaune. Le soleil. Les os. J’ai dormi trois nuits… J’ai fait le même cauchemar… Tu n’étais plus qu’une flaque… De la neige. Tout ce blanc. Toute cette immensité qui me sépare de toi »

En effet, le spectacle agit d’abord sur les sensations premières: l’ouïe, la vue / la peau… En éveil. La passivité du spectateur n’existe pas / ne peut pas / ne doit pas… « Tu attends qu’un troisième homme se manifeste, vienne te délivrer. » Ensuite, vient le temps de la sensation émotive. La réflexion est transpercée. Le spectateur est en interaction. Réagir. Vivre. Sentir. Résister parfois. Peut-être a-t-il « le pouvoir » d’agir sur la mise en scène…

Et si à cet instant, un spectateur décidait de s’avancer, de coller son visage sur la sphère… Et si, à cet instant, un spectateur, répondait au personnage… Et si à cet instant un spectateur était pris de panique… (les causes pourraient être multiples: claustrophobie, agoraphobie, chionophobie, kénophobie…) le dispositif serait modifié. On peut d’ailleurs imaginer que les trois représentations du jour ont été différentes. Sans changements, le dispositif se fragilise et perd de son intérêt. Il ne faut pas confondre le Théâtre optique de Joris Mathieu avec un Théâtre de trucs. Pas de successions d’effets, une scénographie poussée au service d’une trame. On se laisse embarquer. Je reviens quelques instants sur l’aspect participatif pour faire une petite parenthèse.

En 2001, un autre théâtre. Les Ateliers. Une pièce de Rodrigo Garcia: Aftersun. La provocation. Et. La réaction d’un spectateur. Moment à la fois violent et étrange. Interpeller. Les comédiens étaient décontenancés. La salle – comme paralysée. Il faut donc une préparation à la réaction. Sans elle, le propos s’enlise et sombre dans des zones de néant.

Revenons à la Sphère d’or… Les changements sont importants depuis ma dernière visite. Les placements. Le choix des images. Travail colossal en peu de temps.

« Dès le premier coup de pioche, j’ai su que tu étais là. J’ai passé dix-huit jours à creuser la surface. J’ai traversé des galeries magnifiques »

La Femme. Le Corps est vidé de tous désirs – SANS CONSCIENCE – 900 000 ans de nuits, d’obscurité. Culture éternelle. « Je me suis retrouvé dans le noir »

« Tu étais là, au centre de la sphère. »

(Variations sonores / Changement de rythme)

ça se calme. Ralentissement. Le calme. Comme des gouttes d’eau. Une autre voix. La femme. Immobilité / mobilité. Timbre doux. Galia EB17637. Comme un écho lointain. Une autre dimension. Une autre langue. Grincements. (Texte entendu lors des répétitions).

« Une Harmonie parfaite / la fureur du ciel / par delà nos frontières… des radiations… Produire à l’infini… des hommes / des animaux / des plantes… Dès notre plus jeune âge nous apprenions la formule… »

 » Soleil artificiel »

« Un rayon lumineux nous traversait le crâne… nos deux hémisphères… »

« Le front collé / les mains jointes… »

[Envoûtant. La découverte du texte – adaptation d’après Erle Cox et Barjavel]

  • La Passerelle

Bruits de pas. Métallique. ça vient d’au-dessus. Sur la passerelle. Un Homme. « Bonsoir. Je suis Raphaël Schülten, je dirige ce laboratoire. Je vous invite maintenant à emprunter les portes qui se trouvent derrière vous »

  • Les Salles

Descendre. Suivre. Salles numérotées. Numéro 1. Son retrouvé. Être enfermé avec huit spectateurs. Découvrir les murs. La lumière est allumée. Articles sur la sphère. Lunette. Schémas. Critiques sur le livre d’Erle Cox.

[C’est dommage, on est ramené à une réalité. On se regarde. La loge n’a pas disparu. Le lieu a repris ses droits / Un peu déçue. Se dire qu’il faudrait aller plus loin.]

Une voix. Interphone. Explications du scientifique. Ossements humains. Équipes de recherche. Sphère. Intérieur. Exploration. « Il portait avec lui un carnet ». Le récit est un peu décousu. Un peu trop ludique / peut-être… La voix est un peu moins travaillée. Dommage. Retrouver le réel et voir les artifices. Cette étape serait à renforcer. Mais je ne suis que spectatrice. Alors. En apprendre davantage et ne pas se contenter des critiques fragiles et faciles.

Mélange. Commentaires. Témoignages. 6 milliards de personnes. Installation militaire. Catastrophes naturelles. Radiations. Combinaisons de survie. Gouvernement norvégien. 2012. Nouvelle ère. Un nouveau jour.

  • Raphaël Schülten

Entre. S’adresse au groupe. Explique. Tend une carte. L’expérience sera à prolonger ultérieurement. Sortir. retrouver le froid, le hall…

Les Conseils de l’Encéphalogramme

Immersions nomades, texte signé Elise Ternat

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