Ma Chambre froide


Avec Jacob Ahrend, Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Ruth Olaizola , Frédéric Laurent, Serge Larivière, Marie Piemontese, Dominique Tack
Scénographie Éric Soyer avec Thomas Ramon
Lumière Éric Soyer avec Jean-Gabriel Valot
Costumes Isabelle Deffin
Créations musicales Antonin Leymarie
Son François Leymarie et Grégoire Leymarie

Durée : 2h20

Une Chambre froide. Un Cercle. Un Texte. Cela faisait longtemps, très longtemps que je n’avais pas vu un spectacle de cette qualité, que je n’avais pas ressenti cela… Ce n’était plus arrivé depuis le Mage… L’exceptionnel!!! L’envie d’y retourner. Encore et encore. De lire le texte, de s’arrêter sur certains passages, d’entendre les murmures, le souffle, les pas qui se glissent dans le noir. L’envie de provoquer la sensation. De comprendre la mécanique, de se laisser submerger par la poétique.

Catharsis or not.

Il faut que je la lise cette pièce, que je me laisse emporter. Encore. Actes sud-papiers.

C’est dimanche. Il faudra attendre demain pour courir dans une librairie. Prendre sur l’étagère, le livre tant désiré. Quelle force!! Ce texte: quelle force!!! Je n’avais rien vu de Pommerat depuis Les Marchands. Alors. L’impression d’avoir manqué des rendez-vous précieux.

La pièce tourne…

Il y a des dates à Paris.

Je rêve de ce Paris et de cet atelier.

Hier soir. La découverte totale.  Ne rien savoir du spectacle. Ne rien lire – même pas le résumé… Le nom du metteur en scène me suffisait.

Hier soir. Donc. Descendre les marches. se diriger vers le Petit Théâtre du TNP (merveilleuse réhabilitation des volumes, un lieu fait, pensé, imaginé pour le Théâtre). Les ouvreuses protègent le cœur. La scène. Un cercle. Les gradins sont prévus pour cinq spectateurs. Le placement est libre. Faire connaissance avec ses voisins et observer. Observer les petits accrocs, les incidents de spectateurs.

[Il ne se déplacera pas. Accroché à sa banquette et à ses principes.]

« Mesdames. Messieurs. Bonsoir. (…) C’est un spectacle qui se déroule dans le noir. Les comédiens se déplacent grâce à des repères visuels… »

L’espace scénique est réduit. Il s’agit d’un cercle (comme nous l’avons dit à maintes reprises). Procédé exploité l’an passé pour la pièce Cercles/Fictions. Quatre entrées. La régie est située en haut des gradins. Seules deux mains sont visibles. Mains qui actionneront plus tard une machinerie impressionnante. L’apparition, la disparition du décor, des accessoires. Les comédiens se déplacent dans la pénombre. La discrétion. La presque magie…

VOIX DE CLAUDIE: « ça va pas être simple de retracer cette histoire et tous ces évènements mais je vais essayer quand même. Je vais faire tout ce que je peux. Ce que j’aurais envie de dire pour débuter, pour démarrer, c’est que dans la vie tout est fiction…Je sais pas mieux dire, oui. Tout est fiction. Avec le recul, c’est pas facile de s’y retrouver dans la masse de réalités. Pour m’aider à avancer je vais avoir recours à ma mémoire mais aussi à un carnet qu’une femme qui s’appelle Estelle a laissé derrière elle et que j’ai gardé avec moi, chez moi. Depuis dix ans, cette femme a disparu (…)

(…) « LA MERE SUPERIEURE. Qui êtes-vous?

ESTELLE (très gênée, intimidée). Je suis comme vous! »

Dès le début, Pommerat pose la question de l’identité, du double, de la foi en l’homme, en l’autre… L’homme n’est peut-être pas si mauvais… « C’est les idées des hommes qui sont pas bonnes, c’est pas les gens eux-mêmes qui sont mauvais. »

A moins que cela ne soit l’inverse. Il n’est peut-être plus possible de croire en l’homme aujourd’hui. Il faut se tourner alors vers les hautes instances.  Jeux de masques, jeux de dupes. Tout est fiction. Tout est réalité. On s’enlise dans les conflits, dans les allées d’un supermarché. Vidéo. Surveillance. Chambre froide. Tout se ramène à cette chambre froide. L’intrigue. Les intrigues.

VOIX DE CLAUDIE: Travailler est fatigant mais Estelle  était souvent deux fois plus fatiguée que tout le monde. Et c’est bien normal. Le sommeil occupait une grande place dans sa vie. Même si elle dormait peu, faute de temps. (…) Elle rêvait beaucoup de son travail (…)

[Piqûre de rappel – ça se consume – ça interpelle – les heures de sommeil s’additionnent. Frénésie de la vie. Tout est fiction?]

Le propos est cruel, terrible…Le quotidien dans ce qu’il a de plus épais, de plus froid….un morceau de barbaque… les sentiments à l’extrême… la dépression, le suicide, l’angoisse, la peur du lendemain, les rapports employeurs/employés… et pourtant quelques rires s’échappent de l’auditoire. Des voix étouffées ou éclatantes. Entre les scènes, des interstices musicaux. Rock.Electro. Années/ 70. 80. La voix de Claudie. Le magasin. Blocq. Le gérant. Jolie surprise. Serge Larivière. L’excellent Serge Larivière. Acteur sublime. Chic. C’est lui. Blocq. Personnage cynique – parfois monstrueux – parfois humain… (Connaissez-vous la scène des cornflakes de Benchétrit???). Une tentative de rédemption du personnage. Individu lié à ses employés. Un pacte. Comme une descente dans les enfers. La perte de contrôle, de l’humanité. Figures de papier – comme un parfum supermarché. ça se brouille, ça se transforme. Ils subissent ou assassinent.

Plusieurs niveaux de compréhensions, des couches sociales, humaines se superposent. Les employés. Le monde onirique. Visions étranges et envoûtantes. Estelle se laisse envahir par ces images. « elle aimait avec passion le théâtre et ses déguisements ». Tortures théâtrales. Le costume et le grotesque. Acte violent. Drôle. Carnaval. Fresque animale. Un ours. Un pingouin. Un oiseau. Un homme. Entre la fiction et la réalité. Un monde. Alors ça se désagrège. La tentative malheureuse tourne au tragique. Comme un disque rayé.

Le ton est parfois décalé. Pommerat joue avec la langue, les langues. L’incompréhension entre les êtres, entre les individus. Un chinois. Les mots sont des expériences sonores. Forme parle, lutte, fait entendre sa voix. (Merveilleuse partition, acteurs géniaux). Seule Estelle semble être en empathie avec ce monde. Réduit à une pièce. Une chambre. Un point de départ. Le fatum se dessine en cet endroit. Rupture ou Renaissance. Entre photographie et théâtre, des morceaux de fictions s’additionnent pour sceller le destin de cette femme. Double. Et. Acculée. Elle sombre, révèle sa nature, ses sentiments.

VOIX DE CLAUDIE: La grande particularité d’Estelle c’était se faculté de se mettre à la place des autres. Quasiment sans limite. Estelle avait commencé comme caissière puis elle était devenue polyvalente, c’est-à-dire qu’elle pouvait tout faire. Au magasin, cette qualité était vraiment reconnue et appréciée de tous. »

Une plongée dans les méandres de l’existence. Le cercle. La scénographie. La dramaturgie. Une boucle. Le besoin de renouer avec l’individu, la foi. Se corrompre… S’enliser ou peut-être se révéler dans ce qu’il y a de plus obscur…Métamorphoses. Ruth Olaizola est incroyable. magnificence du jeu. Une fable violente, subtile et sublime.

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