Falaises


Texte de Jean-Yves Picq – Editions Color Gang – 1985

Mise en scène et scénographie : Lionel Armand
Création lumière : Jonathan Brunet
Création sonore : Alice Calm
Décors : Jonathan Brunet et Jérémie Quintin
Avec : Anthony Liébault, François Tantot et Lionel Armand

CRÉATION 2010 / Les Désaxés Théâtre

Le Dossier de presse

Un jeune homme atteint du sida, décide de quitter le monde hospitalier et de vivre pleinement les dernières semaines qu’il lui reste à vivre. Il choisit comme point de chute la maison familiale inoccupée à proximité de l’océan dans laquelle il ne reste que très peu de temps. Son besoin d’espace le mène non loin de là, dans un bunker désaffecté proche des falaises sur lesquelles il a passé son enfance.

« Vous nous dîtes, quand vous nous approchez, que nous vous regardons de biais, mais ce n’est pas de biais, ni de travers, que nous vous regardons, depuis cette annonce qui nous a été faite, bien au contraire, nous commençons seulement à tout regarder de face, et c’est curieux que vous ayez cette impression de biais, quand nous vous regardons, Vous avez l’impression, même quand nous sommes bien campés devant vous, que quelqu’un d’autre vous regarde dans la nuque, vous ne faîtes pas le lien avec notre regard, vous ne pouvez pas le faire et comprendre qu’en fait, c’est vrai, nous nous sommes mis à voir à travers vous maintenant (…) »

Carnet de spectateur: Mardi 24 Janvier / Répétition

Quitter le travail n°1 (ou 2 ou 3 ou 4… cela varie…). Prendre le bus. Pendant ce court voyage, l’imagination emporte. Jean-Yves Picq. Le texte. A travers leurs yeux. Pas de recherches. Se dire seulement que ce rôle-là est important, qu’il compte. Se dire seulement que ce spectacle-là est important, qu’il compte. Je sais. J’ai la conviction que c’est très bien. Je le sais. Je le sens.Ce spectacle là sera important dans ma démarche de spectateur. Construire le regard – ça se travaille – Besoin que ça me parle, que ça me touche. On se rapproche de la catharsis. ça doit provoquer, ne pas laisser indemne. Un avant et un après. Vous appartenez à une temporalité, celle du spectacle vivant, celle du plateau.

Pourtant. Une légère appréhension. Intimidée peut-être. Pas la première fois. Entrer dans l’intime de la représentation. Passer de l’autre côté du miroir. C’est parfois plus simple lorsque le lien n’existe pas encore.

Monter trois étages. Ouvrir la porte. de l’autre côté. Découvrir le dispositif scénique. Des gradins. Trois. Rupture – une fois encore – avec le quatrième mur. Comment se positionner? Est-ce qu’il existe une place idéale?

Échauffements. Voix. Corps. Installation des lumières. [scotch – escabeau – tests]

« ça sent le pétrole » [comme dans certains appartements]

Milieu du texte. Le pêcheur. Fixer les déplacements. Et puis. Lui. Silhouette longiligne et lumineuse.

Des mots criés. Des mots hurlés. Des mots dansés [Frissons – je pleure – les pupilles disparaissent sous le liquide – Je ne retenais rien – je ne contrôlais plus rien – Se jeter dans l’écume, dans les vagues. Mon corps sous la brume attrapait chaque mot – jusqu’à la virgule]. Des mots criés. Des mots hurlés.

Le regard porté sur les deux premiers rangs. L’intensité.

(Résoudre le problème des bouteilles)

L’orgue des goulots. Légère résonance.

FUMÉE. Au-dessus des nuages. Couche épaisse se dépose sur les bancs / odeurs réchauffent les narines/ Comme de la brume – Voile – L’autre rangée. L’autre gradin. Comme un continent lointain. Imaginer les silhouettes, les visages éteints ou éclairés des spectateurs.

PAUSE / Après changer de point de vue / Il faudrait voir cette pièce plusieurs fois /

3ème rang: Lien. Visions plurielles. La perspective s’allonge. Offre de l’amplitude au regard.

2ème rang: Surplomb. Le spectateur en contre-bas. L’espace devient imposant, immense.

Glissements. La voix. Chuchote.

Changer de gradin. Au centre. Perspective. Profondeur. Les corps dans des courbes variées.

FILAGE TECHNIQUE

Noir. Éclairage sur les Bouteilles. Entrée à cour. Lanterne. Les vagues. Les mouettes. La mer. Se fracasse sur les rochers. La lenteur des pas. La fumée s’arrache des néants, monte, se dirige vers les fissures, enlace les silhouettes. Remous hypnotiques. Doucement, la lumière se réchauffe.

[Dans le gouffre. Dans l’œil. Me disloquer. Me pencher. Légère détente de la nuque]

Les phrases comme des falaises, comme des vertiges. Le regard tombe. Tordre la mer. Le texte est poignant mais ne sombre pas dans le pathos. Il y a une lutte, une urgence de lutter. Le personnage principal donne. Généreux. Dans la vie. Dans la mort. Mordre l’existence. se délivrer des carcans. Le texte de Jean-Yves Picq raconte le parcours de cet homme qui apprend qu’il est atteint du SIDA. Il a soif de liberté, ne cède pas à la peur. Il s’agit d’un personnage entier et solaire.

Les lumières se sont rallumées. Les yeux rouges. La gorge serrée. Reprendre son souffle, sa respiration. Touchée. Bousculée par le texte, par la mise en scène, par le jeu.

Jeudi 27 Janvier / Représentation

Nous sommes arrivés en avance. Reconnaître certains visages… Les portes s’ouvrent. Tenter de choisir une place. La place. Se souvenir de la répétition et s’installer là où l’émotion fut la plus forte. Gradin jardin / 3ème rang / Rambarde / Patienter.

Tout le long du sentier. L’intense.

Le gouffre. La falaise. Des fragments d’éternité. De l’au-delà, le corps parle, bouge, ressent. Face au passé. Face au présent. L’homme. Au bord. Lumineux. Impulsion d’énergie. Trempé. [Froid pour lui – Trembler pour lui] Mouvement(s). Souffle. Mouvements(s). Langue corporelle. Profusion de la matière. Minutie.

Se dissoudre. Se tenir prêt autant que possible. Relever la tête. Souligner le regard. Sécher les quelques larmes. L’œil noyé par ce texte vertical. Valse. Danse avec la mort. Des mots criés. Des mots hurlés. A l’intérieur du petit coeur, c’est une tempête.Splash. En cet endroit. Baisser les armes. Le lien entre deux frères. Deux temporalités pour une seule falaise.

Comédien, Immense bravo pour cette belle performance. Performance, c’est le mot. Sur le fil. La force. Un pas après l’autre. Le crescendo. Le talent, comme un diamant brut. Et plus c’est rare. Et plus c’est beau. Comédien, vos ailes se prolongent. Comédien!!! Hâte de vous retrouver sur les plateaux, sur un ponton, sur des planches. Entendre le son de votre voix. la précision du souffle, du verbe. J’admire. Vraiment.

Enfin quelques mots pour parler de ce théâtre. certains parleront d’un théâtre de situation. Je préfère le terme théâtre de sensations. Exigence du répertoire. Le spectateur doit être alerte, à l’écoute et ne pas subir. La réflexion prédomine sur ce répertoire singulier.

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