L’Effet papillon (cycle poésie et pédagogie)


La poésie n’a cessé d’investir les territoires littéraires. Classique, visuelle ou sonore,  elle revêt plusieurs formes et exploite les richesses de la langue afin de s’emparer du mot, de la syntaxe et du son. Il est souvent difficile d’aborder ce genre à l’école : la frilosité des élèves à son égard est chose commune. Ils ont parfois l’impression qu’elle se limite à une forme compliquée dont le sens serait opaque et réservé à une élite. Une impression. Ce genre est en lien constant avec le monde sensible. Le poète interroge son époque  et propose une vision métaphorique.  Comment retrouver la verticalité du poème[1] ? La poésie. En marche. En mouvement. Bernard Noël explique que « l’avenir de la poésie est d’être source d’avenir parce qu’elle est en perpétuel commencement[2] ».  Le commencement ? Une idée. Une perception. Une volonté d’accompagner et de se saisir de l’acte poétique. Aux enseignants alors de trouver la juste articulation entre le programme et l’activité créatrice : recueils de poésies, exposition, ateliers d’écriture, de lecture. Tout converge vers un même point: le développement de l’enfant et de ses connaissances.

Le Printemps des poètes dans un établissement scolaire

Durant dix jours: le rythme poétique. Les évènements culturels et littéraires, tels que la semaine de la presse, les Incorruptibles ou encore le Printemps des poètes, sont des atouts pour l’école et ses enseignants. Cette dernière « manifestation » (comme vous le savez certainement) a lieu tous les ans au mois de Mars. Jean-Pierre Siméon, directeur du Printemps des poètes, explique dans l’édito de l’édition 2012 ses enjeux :

« Un des objets fondamentaux du Printemps des Poètes est de favoriser l’ouverture du regard sur la poésie et encourager la lecture de poème comme pratique culturelle. Aussi, son action en direction du milieu scolaire est-elle naturelle et primordiale.

 Notre vœu est de contribuer au renouvellement de l’approche poétique dans les classes de la maternelle à l’université, en lien étroit avec les personnels enseignants et éducatifs, l’encadrement pédagogique et les diverses structures périscolaires(…) »

Jean Pierre Siméon

D’un battement d’ailes, le bouleversement, le changement. L’effet papillon. La volonté de montrer la poésie sous un angle nouveau, de permettre l’effervescence, le foisonnement. La poésie sous toutes ses formes et dans toutes les langues (ou presque…) : en allemand, en arabe, en anglais, en chinois et en français… La découverte. Pas de frontières. Pas de limites. Mettre l’élève au centre, lui permettre de devenir un « acteur ». L’élève : force de propositions. Tenter de créer une émulation parmi les professeurs. Le fil – parfois fragile – entre les matières, entre les différents corps de métiers. Déclencher une vague poétique. Comme un déferlement nécessaire. Accompagner les élèves et leur donner les outils pour créer cette dynamique. Multiplier les actions (pédagogiques et/ ou artistiques organisées par les enseignants, les documentalistes et les éducateurs.).

Les Actions poétiques :

  •   Une Exposition éphémère

Bossuet, Victor Hugo, Anna de Noailles, Elisa Mercœur, Marianne Cohn, Yves Bonnefoy, Louise Labé se sont invités sur les casiers. L’annexion d’un étage. Une centaine de poètes… Des hommes. Des femmes. Des figures connues ou plus confidentielles. Il s’agissait, pour les élèves, de retrouver, grâce à une liste, le nom des auteurs. Il y avait un intrus : Camille Claudel.  Cette exposition a interpellé : une prise de conscience peut-être, pour certains, du vaste terreau poétique… qui se distille encore aujourd’hui. La poésie est un art du vivant!

  •  Augusto de Campos et Yves Bonnefoy

Autre installation, celle consacrée au poème d’Augusto de Campos. Une structure géante pour tenter la lecture à plusieurs voix. Une plongée dans une contrée peu connue : celle de la poésie visuelle et sonore. Le choix de cet auteur a été déterminé par la visite de la Biennale d’Arts contemporains. Certaines des œuvres du poète étaient, en effet, exposées à la Sucrière.

Les élèves pouvaient lire, sur le même étage, des poèmes futuristes, bruitistes ou sonores et s’intéresser, par exemple, aux partitions d’Aperghis. Nous avions mis en lumière le travail d’Yves Bonnefoy, auteur récompensé quelques jours plus tôt, par le Prix Kowalski.

  • Les Brigades d’intervention poétique

La poésie repose, certes, sur le texte. Mais, le lecteur ne doit pas oublier la respiration, le souffle de la phrase, son rythme. La mise en voix est indispensable et elle ne peut reposer sur la simple récitation. On la réduit d’ailleurs trop souvent à la récitation. Il n’y a rien de plus ennuyeux qu’une lecture soporifique adossé au tableau, les mains dans les poches. Il faut y mettre le ton, le souffle. Un peu de vie. Il faut souligner aujourd’hui l’importance des scènes poétiques (nous avions d’ailleurs imaginé l’ouverture d’une scène associant musique et poésie.  Malheureusement, le manque de temps, a eu raison de ce projet). Le dire. Donc. Le faire. Le verbe parlé, passionné, vibrant… Les mots de l’auteur avalés puis donnés. Le printemps des poètes a mis en place « les passeurs de poèmes ». Le principe est simple : il s’agit de livrer, d’échanger, ou de mettre en voix un texte (libre de droit). Nous avons détourné ce support et exploité certaines formules théâtrales pour constituer une petite brigade d’intervention poétique. Les figures de papier pouvaient alors prendre forme dans les couloirs, les artères, les recoins de l’établissement. La poésie partout, par tous et pour tout le monde.

  • Rencontre avec Béatrice Brérot

Béatrice Brérot, poète, éditrice et responsable des Jeux dits de la poésie (bibliothèque du 2èmearrondissement) est venue à la rencontre des élèves. Elle a publié plusieurs ouvrages et est une figure importante de la poésie sonore lyonnaise. Un moment intimiste où la discussion a été le révélateur d’un dispositif, d’un mode de vie, d’une recherche artistique. Comment le poète peut vivre de son art, le peut-il seulement ? Comment écrire, sur quels sujets, pour quel public ? Béatrice Brérot multiplie les supports, puisqu’elle propose une écriture de la marge, sur le fil. Entre le son et le visuel. Le lien entre le texte : la colonne vertébrale, et le papier. Comment mettre en scène le mot sur la page ? Quelle typographie pour quel sens ? La « typoésie » est au cœur du travail de l’auteur. Nous avons terminé cette rencontre par la lecture de quelques textes dont Avanti !

Je remercie chaleureusement Béatrice Brérot qui a accepté de venir gracieusement et généreusement. Ces rendez-vous sont précieux et essentiels !

Pour le reste, je vous passe les détails. Mais globalement, il y a eu une action par jour: ateliers d’écriture, de lecture, rencontre, création d’affiches, concours, réalisations originales et plus traditionnelles…

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