Richard II: Le masque, l’ombre et la déposition


Mise en scène: Claus Peymann

Traduction allemande Thomas Brasch.
La version française du surtitrage est signée Michel Bataillon.

Avec Maria Happel, Dorothee Hartinger, Gerrit Jansen, Daniel Jesch, Manfred Karge Hans Dieter Knebel, Johannes Krisch, Michael Maertens, Markus Meyer, Klaus Pohl Veit Schubert, Martin Schwab
Décor Achim Freyer
Costumes Maria-Elena Amos
Conseil dramaturgique Jutta Ferbers
Lumières Ulrich Eh, Achim Freyer

Dossier de presse

Présentation du TNP

« La tragédie nous entraîne dans les péripéties d’un roi dit faible. Deux âmes habitent sa poitrine : l’individu et l’homme politique. Après avoir prêté allégeance aux propos de son cousin Bolingbroke, qui lui demandait d’abdiquer, Richard retourne la situation et, à la surprise générale, bannit ce dernier. Au nom d’un honneur bafoué, Bolingbroke fomente une révolution qui le conduira à la guerre civile et finalement au crime. Richard destitué, approchant de la mort, laisse découvrir un homme vers lequel notre empathie grandit. »

Pas sommeil. Que les doigts qui se collent au clavier. Le vent souffle fort. Les volets claquent. Quelques grincements ici ou là. Peut-être les érynnies. Peut-être William, ses démons, ses fantômes. La langue anglaise se mêle à l’allemand… Le théâtre, le politique et la subversion dévorent les planches, enclenchent la révolution théâtrale. Machine. Mécanique. Mise en scène fabuleuse, celle des grands soirs. Mise en scène de  Claus Peymann. Directeur du mythique  Berliner Ensemble. Ce spectacle a été créé en 2000 (au Berliner) et est joué depuis 2010, dans une nouvelle mise en scène de Peymann, au Burgtheater. La pièce a reçu le Prix du meilleur spectacle étranger du Syndicat de la critique. Claus Peymann imagine un théâtre de la rupture, il renouvelle l’expression de la réflexion. Faire en sorte que le spectateur soit acteur, qu’il réfléchisse. Son théâtre, dit-il dans un entretien accordé à Laure Adler pour son émission (sur France Inter) Studio Théâtre:  » a toujours été mené jusqu’à la limite entre la réalité et un avis éclairé. Dans le même sens que Brecht ou de Lessing, je pense que le théâtre est une arme, un moyen pour changer la société, (…) il est toujours subversif, il n’est jamais pour. Il est toujours contre. » Les forces se conjuguent et emportent – au loin – toutes résistances. La lecture difficile des surtitres / blanc sur blanc/ oubliée / tant le choc des images, de l’esthétique fut grand et intense. Un parfum de la belle Allemagne me rappelle à ce voyage citadin. Au cœur de la cité.

Le corps inerte. La posture- croix. Le macchabée. L’annonce d’une tragédie. La ligne blanche. La ligne noire. Le jeu des contrastes. En apparence, le décor fermé. Pas de portes. Pas d’ouvertures. Que cette immensité légèrement inclinée, ce noir bâché. Les lumières s’éteignent, quelques fauteuils restent vides. Le silence se glisse entre les rangées. L’obscurité. Le / son. Le / bruit. Les mouches. La putréfaction sonore, peut-être visuelle. L’entrée en scène, de l’homme, de la femme, du fauteuil, de la vieillesse. Jean de Gand et la Duchesse de Gloucester. La chape de plomb est posée, le destin scellé. La chute de Richard II est annoncée. La cour entre. Le mur s’ouvre sur une salle de billard. Le trône apparaît au centre. Les personnages sont vêtus de noir ou de blanc. Le visage peint. Une seconde peau. Comme des figures fantomatiques. Au-delà de cet immense échiquier humain se joue peut-être la tradition – celle de l’esthétique expressionniste. L’exagération, la distorsion des formes, de la lumière, l’exploration de l’âme humaine, de ses dilemmes les plus profonds. Fils du Prince Noir, Richard II apparaît tantôt cruel, tantôt désinvolte. Le caprice est son royaume, jeux d’enfant. La mise en scène ne cède pas au manichéisme. Chaque camp plonge le spectateur dans la cruauté et l’horreur. Richard II / Souverain Lumineux / L’ironie sur la langue / Désarme / La pièce sombre peu à peu dans une atmosphère pesante. Peymann se dirige d’un extrême à l’autre, de la tension dramatique, au rire. Le dispositif est précis. La seconde partie s’achève sur une scène où la comédie l’emporte. La Reine évanouie. La multiplication. Le Ridicule. La Fragilité. Puis. Nouvelles entrées. Un jardinier, un tuyau. [Le bonheur de se trouver en S8] L’eau. Sur le plateau.  L’eau dans la salle, de l’autre côté du mur, de l’invisible. Arroser par le texte. Le sens propre. Le sens figuré. La fin d’une première partie. L’entracte. Là. Quelques commentaires.

Une dame: Pourquoi n’ont-ils pas joué la pièce en anglais?

Une dame devant: Parce que le metteur en scène est allemand.

Une dame: Ah, mais ils auraient pu prévenir

Après un court instant et après avoir tenté de convaincre son mari de rester, les fauteuils se sont vidés.

Certaines bouches baillent. Une main sur une barbe lutte contre le sommeil. Le texte est prononcé à l’extrême. Jets de boue, de boîtes. L’homme – Richard II – est soumis. A ses propres lois. A ce déchirement interne. Le spectateur hésite. Entre la compassion et l’approbation. Le Roi, emporté par sa démesure, enchaîne les actions irraisonnées. Dépouille ses sujets. Part en guerre. Abandonne sa Terre. Seuls quelques irréductibles resteront fidèles à sa cause. Assassinés les uns après les autres. La violence et le déchirement mèneront le roi à sa perte. L’isolement d’abord, derrière le mur, le dernier rempart. La capitulation ensuite, la descente, puis la chute. « Je donnerai mon vaste royaume pour une petite tombe » Dans un dernier sursaut, le jeu. Une fois encore. L’ironie pour ne pas perdre la face devant ce nouveau souverain: Bolingbroke devenu Henri IV. La traduction de Thomas Brasch est un concentré d’action, le mot est resserré à ce qu’il a de plus simple, de plus fort et de plus précieux.

[Quelque part, dans la salle]

L’Homme:Tu dors?

Le deuxième homme (silence)

L’Homme: Tu dors?

Le deuxième homme: ça dépend des fois

Le roi – tyrannique – déchu, abandonné par les siens.Trahisons / le déchirement familial jusqu’à assassinat. La main de York transperce le corps de Richard – emprisonné. Le nom du roi écrit par les mains noircies. Un dernier acte. Une dernière folie. Jusqu’à l’épuisement. Les rapports se sont inversés, comme dans le miroir, le noir a disparu sous la bâche, sous les projectiles. La matière disparaîtra elle-aussi dans le sang et sous le plastique. L’abandon du verbe shakespearien, Richard II réduit au silence.  La brisure se tait. La boucle. Le cycle. Le corps abandonné. Là. Le son. Les mouches. Le fatum dévoré, putréfié.

« Pour Richard, la consolation ne peut plus venir des mots mais de la musique. Richard meurt de la mort du langage délié de sa substance. A Pomfret, les mots dont il avait tant abusé ne véhiculent plus que l’impuissance de pensées qui « meurent dans la fleur de leur orgueil ». Pour s’être combattus en des duels infinis et stériles, les mots vont se taire, mais pas avant d’avoir, comme le miroir brisé de l’acte IV, fragmenté l’image du roi en mille rôles d’acteur dont aucun n’est le sien » Margaret Jones-Davies (Préface, Folio Théâtre)

Un salut tout en sobriété. Le bonheur de voir apparaître sur le plateau, l’immense Claus Peymann. La pièce de Shakespeare interroge le politique, le quotidien et pose la question – entre autre – de l’identité de cet homme politique. La dualité / L’homme ordinaire / L’homme pouvoir / L’écorchement interne. On joue avec l’apparence. Shakespeare nous entraîne dans un sillage infernal où il ne faut pas céder à cette vision manichéenne. Le dépassement peut-être. Le changement de la pensée, sa métamorphose.

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