Laboratoire Annette… Des éclats de miroir


Remerciements à Nicolas Ramond,à la Compagnie Les Transformateurs,à Fabienne Swiatly et au Théâtre de Vénissieux.

« Je suis tombée de la main des dieux et j’ai brisé le miroir. Comment vous le raconter? »

Direction artistique et mise en scène: Nicolas Ramond -Texte: Fabienne Swiatly – Jeu: Anne de Boissy et Charlotte Ramond -Composition musicale et interprétation: Sylvain Ferlay -Création lumières: Yoann Tivoli -Création sonore: Christophe Allègre -Régie plateau et construction des décors: Patrick Laurino – Costumes : Cissou Winling

Coproductions et résidences: Théâtre National Populaire de Villeurbanne, Théâtre de Vénissieux, Nouveau Théâtre du Huitième – Lyon, la Chartreuse, CNES de Villeneuve-Lez-Avignon, Espace Malraux – Scène Nationale de Chambéry.Le projet bénéficie de l’Aide au compagnonnage auteur du Ministère de la Culture.La compagnie est conventionnée par la DRAC Rhône-Alpes et par la Région Rhône-Alpes. Elle est subventionnée par la Ville de Lyon.

« Au départ de ce spectacle il y a Annette, une enfant pas comme les autres. Comme dans un miroir brisé, son reflet n’est jamais complet. Dans chaque éclat nous voyons une parcelle du monde d’Annette.Des fragments d’où s’échappent des voix. De ceux qui l’ont portée, nourrie, lavée, de ceux qui ont su voir et sentir son mystère. Des fragments d’où jaillissent ces crises, moments de désordre électrique où le corps se distord. Un voyage dans la voiture qui devient son carrosse, le seul espace où tout s’apaise. Des images souvenirs qui surgissent du passé comme des photos que l’on n’a pas faites. Et soudain les voix d’Annette nous parviennent : « Regardez moi. N’ayez pas peur. Regardez moi ou je n’existe pas… ». Pour cette nouvelle création, Nicolas Ramond et les Transformateurs abordent avec décalage et poésie la question de l’altérité. Sur scène, les formes artistiques se croisent et esquissent un monde un peu bancal. Un univers terriblement vivant, un monde du jour le jour où les personnages font figure de héros. » (Cie les Transformateurs)

J’ai tardé à écrire cet article… La peur de passer par l’écrit, que les mots manquent de relief, qu’ils trahissent la pensée et la trajectoire d’une compagnie hors du commun.. Il est temps – aujourd’hui – d’ouvrir le carnet sur lequel j’ai écrit frénétiquement durant la séance de travail et de poursuivre la réflexion. Celle-ci est partielle, morcelée et demanderait davantage de temps pour prendre de la hauteur. J’avais prévu d’écrire une série d’articles, mais ils perdaient – dans la dispersion – de leur intérêt. Voici donc une variation… des éclats de mots, de miroir… De l’autre côté de l’étain…

(Un) Rendez-vous au Théâtre de Vénissieux avec les Transformateurs et Nicolas Ramond. Au cœur du laboratoire et de l’expérimentation. Réduire le corps à ce qu’il a de plus petit. Tenter l’écriture fragmentaire. Pour ne rien trahir. [Il faudra trouver la bonne articulation, disperser des éléments, les cacher parfois puisque l’on ne sait – à cette heure – si le metteur en scène conservera ces éléments] Sur le plateau, les objets s’accumulent. Présence d’un écran, de chaises, de masques et d’instruments de musique. Laboratoire Annette repose sur la pluralité des arts: le texte d’abord de Fabienne Swiatly, le jeu scénique, la musique, le théâtre d’ombres (peut-être).

LA TRACE D’UNE EXPÉRIENCE…

Une approche, un spectacle auquel je ne pourrai malheureusement pas assister – faute de temps… faute de voyage – Mais je ne sors pas indemne. Une séance intense où l’envie de dire, de monter sur le plateau ne m’a pas quittée. C’est rare. Alors bien sûr ce n’était pas ma place, mais on ne contrôle pas ses envies, ses élans. Une chance inouïe. Le propos ne sombre pas dans le pathos, bien au contraire. Les mots de Fabienne Swiatly semblent s’accorder à l’espace scénique, aux enjeux, aux contraintes. On ne sait ce qu’il y a véritablement d’Annette… un prénom, un parcours, une maladie, un handicap… Annette est plus grande que tout cela.

« J’ai mis une vraie distance. Elle s’appelle Annette. Je travaille plus l’intensité de mes petits fragments, de mes petits flashs. Je n’ai jamais de photos d’Annette qui me traversent. Elle permet quelque chose de plus grand. » (Extrait de l’entretien de Fabienne Swiatly)

Elle emporte, elle m’a emportée sur d’autres rives où j’ai croisé un autre miroir. Pas brisé. Pas joli. Un miroir tout ce qu’il y a de plus simple, comme ceux que l’on trouve dans les greniers et qui vous relient à des morceaux de passé. C’est fou comme la vie, les rencontres vous ramènent à vos souvenirs. J’ai eu l’impression, lors de ce laboratoire, d’un mouvement constant, le propos sans cesse tiré vers le devenir. Dans le miroir, le spectateur est libre de choisir le reflet: le sien, celui d’une époque, celui de la narration. [Un spectacle qui fait écho à deux J. (RCH)  (AVC)  Aux regards qui changent. Aux chemins qui se bouleversent.] La peur. Chaque fois du monde, de sa cruauté, de ses ambivalences. Chaque fois, la tête relevée, le courage de l’une et de l’autre face à ces lettres qui vous traversent et vous changent. On n’a pas la pleine maîtrise de son parcours. Nicolas Ramond propose une réflexion sur la normalité, sur la maladie, sur la différence. Sur les traces que ça laisse. Pour la personne. Pour son entourage, pour les combats quotidiens. Pour ces petits riens qui font toute la différence. Le rire. La larme. Ce magma hors norme. Écorche parfois. Transforme. Nourrit.

« L’anormalité a son propre vocabulaire. Un vocabulaire complexe, violent qui assène plus qu’il n’explique. Ainsi le mot « hypsarythmie » ou « syndrome de West » qui désignent les conflits entre la partie gauche et la partie droite du cerveau. Un mot à l’origine d’une maladie. Orpheline. Un mot à l’origine de la prochaine création des Transformateurs. » (Compagnie les Transformateurs)

Et le théâtre devient alors cet espace de réconciliation, peut-être de rencontre avec la forme – avec l’informe – avec le difforme. CATHARSIS ou la simple évacuation ou la simple prise de conscience. L’électrochoc. La normalité n’est peut-être pas là où on l’attend. La normalité paraît parfois bien monstrueuse lorsqu’il s’agit pour les uns ou pour les autres d’obéir, de se soumettre à des dictats esthétiques ou bien-pensants. L’interrogation profonde. Je me souviens d’une année de stage passée au sein d’une compagnie où la mixité entre les personnes « valides » et les personnes handicapées était de mise. J’ai beaucoup appris de ces acteurs qui voulaient être des escargots, qui craignaient le battement des montres et qui pensaient, en regardant le soleil: « Dieu, il est con ». On oublie trop souvent que la richesse vient des marges, que la norme se réduit à une poudre de perlimpinpin. Une illusion. Un prétexte pour entrer dans un moule et ne plus en sortir. West. Le syndrome se glisse doucement sous le lit, la langue comme arrachée. [les pieds gelés, j’écoute un album de Gonzales… You are never alone]

La pièce sera jouée l’année prochaine. Le rendez-vous est pris. Hâte de voir et de découvrir l’ensemble de ce laboratoire, de découvrir le visage d’Annette, ses ombres, ses prolongements, d’entendre sa voix, ses pas. Je pense que ce chemin de vie sera empreint de force et d’énergie. J’imagine quelque chose qui serait de l’ordre du contraste. Je remercie profondément l’équipe pour son accueil et sa bienveillance, pour sa bonne humeur contagieuse.

Je me suis essayée à un petit exercice durant l’après-midi… se lancer ou se perdre dans une écriture automatique – transportée par le son, par les images ou par la voix…

Écriture automatique / Trois espaces et une ombre

Trois espaces / La scène / La table de travail / La salle / Un mètre – Un sac (poubelle) – Un sac (ikéa) [BLEU] – Une bouteille d’eau – Masques – Deux (à l’identique) – Une Table – Dans le carton – Une chaise (dessinée) – Dans le carton – Une chaise (découpée) – Un micro [Un pied] – Un mannequin – Feuilles – Un texte – Le TEXTE (de) / Fabienne Swiatly – Un metteur en scène – Nicolas Ramond / Transformateur d’idées, d’images / Bruits de pas – Bruits de voix – Coups – Traversée de l’espace – Une ombre – Une image – Il est 13h45 – La / pro / por / tion – La Ten / ta / ti / ve – De l’autre côté du mur (le quatrième, le cinquième) Écriture sur un clavier – Un sac (à main) – Chorégraphies – Un Tabouret – Un Caddie – Roulettes – Le câble / La rallonge / Caméra – Pochette – Doigts-sur-clavier / le profil / les chaussettes rouges

Écriture automatique / Les Ombres

Derrière le panneau – Trouver des trucs – Un maximum – Les chaises devant puis derrière – L’objet se transforme, les silhouettes deviennent des personnages – Une main tendue – Un père / Une mère s’approchent doucement du petit être / Enfance. « L’avantage de ce côté, c’est que l’on ne se brûle pas la rétine » / La petite fabrique des idées. Comme dans un atelier / Expériences – les objets, les voix, le corps / Leurs OMBRES.

Écriture automatique /Chat

Les paumes des mains s’ouvrent, les doigts s’allongent puis se recroquevillent / On chuchote. Approche / Avance vers elle – doucement – Comme un CHAT / La bête est là. Camisole chimique. Le pouvoir des médicaments. Diminuer les crises. Mélange: l’illusion et la réalité. Autour de la table, les mots remuent, s’agitent, grignotent, démangent…

Écriture automatique / Bouche

Ne plus avaler. Bouche fermée, lèvres serrées. Bouche résistante. Bouche caoutchouc. Faut que ça reste ouvert, faut que ça s’ouvre pour que ça avale, pour que ça mange. Bouche de fille. Bouche de femme. La crispation. La révolte.

Écriture automatique / Le Corps

Attachée / Le point fixe, l’effort physique. L’empêchement. Jusqu’à l’aliénation peut-être… Corps malade. Corps non malade. Guinde. Corps debout. Corps en marche. Corps en lutte. Corps contre. Corps pour. Le poids. La fragilité.

Écriture automatique / La Corde

La corde, le corps en lutte, lutte, lutte, le barrage corporel. Le souffle [la main ne s’interrompt plus – des crampes, des crampes, dans le cœur , ça claque, médicaments / lutte/ Image s’incruste, me désintègre ] / Dans les os / Cale / S’assoit / Glisse / Dans les os, ça rentre, on sent la corde dans les paumes / Les os / Diagonale, la marche improvisée. Les bras dans l’air, dans l’espace vide. Chercher l’instabilité puis la verticale. Corps s’écrase au sol, pas de résistance / CHUTE / BRUITS/ Boucle sonore/ Avaler / Respiration. Voix / Le temps / La bouche / Les doigts

« On perd l’idée du médicament, c’est violent… »

Écriture automatique / Corps II

Corde. Corps. Corps en lutte. Tombe. Tombe. Se relève. Lèvres serrées/ Tituber. Avancer. Accepter doucement. Rouler. respirer. Relever la tête. Un coude, un avant-bras / PUIS / Le grand sommeil / Abandonner / « Abandonne-toi » / S’écraser. Se laisser aller et ouvrir la bouche. Les mains devant. Les mains s’ouvrent. L’apaisement…

Dates:

  • Du 05/11/2012 au 24/11/2012  :Répétitions / la Chartreuse, CNES de Villeneuve-lez-Avignon (30)
  • 22/11/2012 à 18h00 : Restitution publique / la Chartreuse, CNES de Villeneuve-lez-Avignon (30)
  • Du 02/01/2013 au 16/01/2013 :Répétitions / Théâtre de Vénissieux (69)
  • 17/01/2013 à 20h00  :Création du spectacle / Théâtre de Vénissieux (69) Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue des représentations
  • 18/01/2013 à 20h00 :Création du spectacle / Théâtre de Vénissieux (69) Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue des représentations RDV dès 19h dans le hall du théâtre pour une rencontre autour de l’œuvre de Fabienne Swiatly organisée par l’Espace Pandora
  • Du 12/02/2013 au 22/02/2013 – horaire à définir Théâtre National Populaire, Villeurbanne (69)
    Relâches les 17 et 18 février 2013

Décalages contrôlés

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