Fabienne Swiatly… Quelque chose du dedans


Photo de Fabienne Swiatly

Théâtre de Vénissieux. Une table (noire et carrée / rouge et ronde /blanche et peut-être sans forme). Rencontre avec Fabienne Swiatly. Auteur. Sortir le dictaphone, le stylo, le papier.

Pauline Catherinot : Peut-on dire que ton écriture est celle du corps, du fragment ?

Fabienne Swiatly : C’est une manière d’écrire que je ne m’impose pas, mais qui s’impose à moi. J’écris beaucoup dans la brièveté. Il y a un rythme, une respiration. Je suis de plus en plus convaincue que cela vient de mon rapport à la photographie. On est dans un endroit, dans un espace et puis on crée un cadre, on installe quelque chose à l’intérieur…

Pauline Catherinot : Tu parles parfois du lien qui t’unit au cinéma, peux-tu nous en dire plus ?

Fabienne Swiatly : Le cinéma me fascine toujours autant. Je suis parfois déçue par certains films. On s’appuie trop sur l’histoire actuellement. La caméra ne filme pas assez. Il n’y a pas de choix suffisamment forts. J’aime beaucoup le travail de Cassavetes. J’ai souvent vu son cinéma. Il laisse des libertés à l’intérieur des cadrages. Avoir conscience du cadre est essentiel. Dans l’écriture c’est pareil… Je cadre, peut-être parce que – sinon – je me perdrai très vite…

Pauline Catherinot : Le projet Laboratoire Annette est né d’une demande, celle de Nicolas Ramond. « Il a eu une sœur, Annette. Une enfant sans paroles, sans autonomie. Elle est le battement de cœur du spectacle. » Comment s’empare-t-on alors d’une histoire qui n’est pas sienne ?

Fabienne Swiatly : Je connais bien le travail de Nicolas. A une époque, j’écrivais des articles. J’avais rédigé un texte qui lui avait beaucoup plu. Il avait senti que j’avais compris son travail.  On s’est beaucoup choisi. C’était important. Il y a Annette, elle est là. Mais j’ai le droit d’en faire mon personnage. Nicolas l’accepte tout à fait. Il y a une part de fiction.C’est un rapport de confiance.

Pauline Catherinot : Que s’est-il passé au moment de l’ouverture du premier carnet rouge, au moment où on pose les premiers mots sur le papier?

Fabienne Swiatly : On a tous eu nos petits cahiers au début du projet. C’était une thématique à la fois si intime et si immense, que c’était peut-être bien que l’on ait un endroit où l’on pouvait tout se permettre. C’est un travail de la mémoire. C’est un endroit où l’on peut tenter des choses. J’ai également fait de petits croquis. Et c’était bien ! Une fois, avec Nicolas, on s’est montré nos cahiers. Cela m’a permis de saisir des choses chez lui et lui, chez moi… Ensuite, je les referme, je les range. J’y reviens quelques années après – comme ça – par nostalgie. Mais c’est comme si le travail s’était fait dans ma tête.

Pauline Catherinot : L’écriture est généralement un acte solitaire, comment s’est passée l’écriture collective?

Fabienne Swiatly : C’est une expérience qui m’excitait.  J’aime bien l’écriture solitaire mais je n’aime pas être seule. Cela me permet de travailler avec une équipe. Je dirai que la phase la plus difficile a été le premier laboratoire. Je suis venue avec un texte en chantier. Tout à coup, il était lu par des gens, tout de suite, ce dont je n’ai pas l’habitude. Quand je donne un texte à un éditeur, il n’y a que lui qui le lit et après il y a une démarche vers le lecteur. Mais il y avait un tel rapport de confiance que ce cap là étant passé, j’ai trouvé passionnant de réécrire des textes en ayant des bouts d’images en tête qui ne sont pas les miennes, des bouts de voix…

Pauline Catherinot : Il me semble que deux de tes textes ont été mis en scène. Tu as également reçu un prix, tu as été lauréate 2010 de l’appel à écriture théâtrale (par Le groupe des 20) . Est-ce que cela a été différent de tes autres expériences théâtrales?

Fabienne Swiatly : c’est très différent, mes textes ont été joués, mais ce n’est pas moi qui l’ai décidé. Il y a également de petites compagnies qui m’ont demandé l’autorisation de jouer mes textes, notamment pour Gagner sa vie. Je me suis rendue compte qu’il y avait quelque chose qui fonctionnait avec la mise en voix. Pour le groupe des 20, on m’a dit que ce serait bien que je propose quelque chose, je ne m’attendais pas du tout à la demande. J’ai dit que j’allais essayer. C’est vrai que c’est une autre écriture. Il faut avoir en tête qu’il y a du corps.Ce n’est pas simple. Mais c’est un bel exercice.

Pauline Catherinot : Quel est ton rapport à la voix?

Fabienne Swiatly : J’écris et je lis très souvent mes textes à voix haute. Je suis parfois dans le silence, une sorte de silence intérieur. Je suis sensible à ça. J’ai fait de la radio, je l’écoute régulièrement. Si le texte ne résiste pas à la lecture (à haute voix), j’ai le sentiment qu’il n’est pas bon.

Pauline Catherinot : On peut entendre sur ton blog des extraits, des textes lus ou mis en voix.Pourquoi ce choix?

Fabienne Swiatly : En général, les enregistrements correspondent à un moment où j’ai eu envie de tester un truc. C’est pour cela que je parle de tentatives sonores. Ce n’est pas abouti, ce n’est pas fini. De toute façon, sur mon blog, j’aime bien présenter des choses qui sont en l’état.

Pauline Catherinot : La lecture de Figures du handicap, livre de Simone Korff-Sausse a-t-elle eu un impact sur ton écriture? Quelle a été son importance?

Fabienne Swiatly : Ce livre était très intéressant, il est écrit par une psychanalyste. Elle a travaillé sur le rapport entre les mythes et le handicap. Elle nous emmène très loin dans la mythologie, dans l’imagerie autour du handicap et c’était intéressant parce que, du coup, on mettait de la distance avec Annette… Annette, c’est une vraie personne, c’est quelqu’un qui crée des émotions… J’ai croisé le papa d’Annette, la maman d’Annette.  Lorsque Nicolas en parle, il n’en parle pas comme d’un personnage, mais comme de sa sœur. Lire ce livre m’a fait du bien. Il fallait que je me décolle de la personne.

Pauline Catherinot : Et ton personnage d’Annette, justement, à quoi ressemble-t-il?

Fabienne Swiatly : Il est complètement flou. Pour moi,ce sont davantage des émotions que je mets en écriture. J’ai mis une vraie distance. Il s’appelle Annette. Je travaille plus l’intensité de mes petits fragments, de mes petits flashs. Je n’ai jamais de photos d’Annette qui me traversent. Elle permet quelque chose de plus grand.  Ce nom ne veut pas dire grand-chose pour les gens qui ne l’ont pas connue. Ce n’est pas connoté, cela ne renvoie pas à une temporalité, le prénom est assez ample…

Pauline Catherinot : « Je suis tombée de la main des dieux et j’ai brisé le miroir. Comment vous le raconter? » Pour quelle(s) raison(s) as-tu choisi l’image du miroir? Que renvoie-t-il?

Fabienne Swiatly : C’est un peu compliqué. Pourquoi les handicapés font-ils peur? C’est parce qu’ils renvoient une image de nous qui est insupportable. Notamment dans une époque où on peut, grâce au miroir et aux écrans, paraître jeune plus longtemps. Cela renvoie une image fausse aux autres. Il y a quelque chose de troublant. Je me disais qu’il y avait un rapport au miroir. On a eu envie d’en parler. Qu’est-ce qui est normal ? Certains visages, complètement rigidifiés par le botox, me font presque plus peur que le visage d’un handicapé qu’il suffit d’apprivoiser un peu. Mais en même temps, cela n’empêche pas de parler du dégoût que cela peut provoquer, que l’on ressent parfois. Il ne faut pas le cacher. J’ai côtoyé le handicap pour diverses raisons qui peuvent être personnelles ou professionnelles. Et parfois, oui, il y a quelque chose du dedans qui sort dehors et qui peut être dégoûtant. D’autant plus, que l’on vit dans une époque du lissé où tout doit être beau, où les dents sont bien alignées, les oreilles collées, tout est normé. Tout ce qui ne rentre pas dans la norme, nous fait peur.

Pauline Catherinot : As-tu intégré, dans ton écriture, les questionnaires qui ont été proposés aux gens ? ou es-tu restée à l’écart ?

Fabienne Swiatly : Nicolas m’en a parlé mais j’étais trop avancée dans l’écriture. A un moment, il faut fermer les portes, il y a certainement 10 000 choses à faire, à dire. A un moment, il faut dire voilà, c’est bon… je vais tenter à partir de ce que je ressens.

Pauline Catherinot : Le texte va-t-il être modifié au fil des répétitions et des laboratoires?

Fabienne Swiatly : Il sera fini fin Juin pour le spectacle, sauf si Nicolas m’appelle en me disant que telle scène résiste. Une réécriture sera alors nécessaire. Par contre, il y a des chances pour que je continue à le travailler d’une façon plus littéraire, en me détachant complètement du spectacle. J’aurais envie de faire ça cet été. Mais je ne sais pas si cela va marcher. Je verrai.

Pauline Catherinot : Nicolas Ramond me disait qu’il y aurait peut-être un projet de livre…

FS : J’aimerais bien et il me semble que ce n’est pas tout à fait la même écriture : un texte que l’on donne pour qu’il soit joué et un texte où là, je me dis ce sera plus pour des lecteurs.

Pauline Catherinot : Tu as écrit au fur et à mesure un carnet de scène, comment écrit-on sur ce que l’on fait ? L’écriture est double: l’écriture de la scène et celle qui se dessine à partir de ces expériences…

Fabienne Swiatly : Elle est difficile parce que souvent je dis des trucs que je ne trouve pas très drôles. Chaque fois, j’envoie un petit mail aux acteurs, au metteur en scène, à la compagnie, en disant je me plains encore. Mais au fond c’est ce qui est intéressant: retranscrire la difficulté. On n’a pas besoin de savoir que l’on a mangé ensemble le midi ou que tout s’est bien passé. Ce journal de bord a été tenu pour raconter ce qui est compliqué dans l’écriture… les moments de doute. J’ai très peur des gens qui ne doutent pas

Pauline Catherinot : Pourquoi publier sur remue.net et non sur ton blog?

Fabienne Swiatly : Il y a plusieurs entrées sur mon blog, je ne voulais pas tout mélanger. Le projet intéressait remue. Mon blog fonctionne bien. Mais je voulais être dans un espace peut-être moins intime.

Pauline Catherinot : As-tu écrit un texte par laboratoire ? Reviens-tu sur ce que tu as écrit?

Fabienne Swiatly : Je regarde simplement les photos, pour voir celles j’ai mises parce que ça je ne les ai pas en tête… pour vérifier que je ne me suis pas trompée. Mais je ne relis pas ce que j’ai écrit. Je serais presque même incapable de te dire ce que j’ai écrit sauf pour les deux derniers textes peut-être.

Pauline Catherinot : Peux-tu nous parler de ton rapport à la photographie ? Chaque article a une photo. Tu dis dans l’un des textes que tu as supprimé le mode automatique, qu’en est-il de l’écriture, est-ce qu’il s’agit de se laisser aller à la rencontre d’autres territoires?

Fabienne Swiatly : La photographie me plaît, c’est d’abord parce qu’elle m’occupe. Les répétitions sont parfois des moments laborieux, ce n’est pas toujours intéressant. Donc ça me permet d’être là, tout en faisant autre chose ; pour avoir la grande chance de prendre en photo le travail en cours. Tout le monde a une grande confiance… que ce soit Anne, Charlotte… J’aime la photo. Je ne suis pas photographe professionnelle. Il se trouve que les photos que j’ai faites commencent à être utilisées comme support. J’en suis ravie. Peut-être que cela m’aide à travailler l’écriture…

Pauline Catherinot : Quelle est la place d’un auteur lors d’une répétition ? et quelle différence fais-tu avec le métier de dramaturge ?

Fabienne Swiatly :  Pendant les répétitions, je ne dis rien. Parfois, je suis étonnée des choix de Nicolas. Forcément, je projette des choses, je me dis: ‘tiens je n’aurais pas fait ça’. Mais je ne suis pas metteur en scène. Je suis simplement là pour suivre le projet, pour rebondir parfois lorsque je vois qu’il y a des difficultés sur le texte. J’essaye de voir si c’est juste un problème de jeu ou en lien avec l’écriture.

Pauline Catherinot : Si tu devais parler de ton premier choc artistique, quel serait-il ?

« I was shooting as myself, society with its injustices, I was shooting at my own violence, and the violences of the time. »

Fabienne Swiatly : Il y en a plein. Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai eu une période très difficile, je vivais à Paris. C’est le rêve de nombreuses personnes à 20 ans, mais je n’avais pas de boulot. Je suis allée voir une expo de Niki de Saint Phalle, c’était une rétrospective. Il faut savoir qu’elle a frôlé la folie. Elle a démarré dans les années 70 avec des installations où elle tirait à coup de carabine sur des poches de peinture. C’était très violent. J’avais donc 20 ans et c’était la première fois que j’allais voir une exposition de peinture. Pendant longtemps je n’ai pas eu accès à la culture. J’avais peur de ça. J’ai vu le cheminement, le passage de la folie à la création. C’était une période où je me demandais si j’allais devenir folle – J’ai une mère qui était assez proche de la folie. J’ai vraiment compris, encore une fois que l’art allait m’aider. Je savais que je me débrouillais du côté de l’écriture, mais ça m’a donné confiance. Pour moi ça reste important, j’ai encore le livre de l’expo. Ça reste une artiste que j’aime. Mon image, c’était que l’artistique, c’était le beau, mais ça n’a rien à voir avec le beau, ça a avoir avec la vie.

Pauline Catherinot : Une question sur ton rapport à la poésie, quelle est la place du poète aujourd’hui ?

Fabienne Swiatly : La poésie accompagne mon écriture. Je ne comprends pas que les univers ne se rencontrent pas. Pour moi, lire Valérie Rouzeau, c’est la même chose que lire Annie Ernaux. En même temps, je me rends compte que chez moi, dans ma bibliothèque, elles ne sont pas au même endroit. Pourtant, je les lis de la même manière. Je milite avec les maisons de la poésie, j’ai participé à la création d’une nouvelle revue:  Dans la lune, qui a été créée par Valérie Rouzeau. La publication a pour le moment été arrêtée. On s’est dit qu’il fallait que ça continue. On est en train de créer avec Mateja Bizjakla chose la plus improbable (à la maison de la poésie de Tinqueux), une revue papier qui parle de poésie: Va!. C’est très excitant et je me demande pourquoi il n’y a que les initiés qui lisent de la poésie. C’est parce que la poésie fait peur, c’est une peur incroyable. Certainement, il faudrait creuser du côté de l’école, où l’on dit (en général) qu’elle parle de belles choses. Le dernier texte poétique que j’ai écrit parle de l’avortement, on ne parle pas des belles choses, on essaye de retraduire, d’écrire avec le peu de mots, la poésie tente de dépasser ce peu de mots, elle essaie d’aller un peu plus loin. Mais ça marche bien quand on arrive à organiser des lectures ou des rencontres, on arrive à convaincre des gens mais ça reste petit.

Pauline Catherinot : Est-ce qu’il y a eu des ateliers d’écriture en marge du projet Annette ?

Fabienne Swiatly : Non, j’ai simplement fait écrire les comédiens, j’ai fait réécrire Nicolas, ce n’était pas facile pour lui. Il y a notamment une scène qui est presque collective, la scène de la voiture par exemple, c’est un moment que l’on a vécu ensemble. Nous sommes allés dans une voiture, je leur ai mis de la musique et on a imaginé que l’on était Annette…il fallait écrire. J’ai trouvé ça très sympa à faire.

Pauline Catherinot : Quels sont tes prochains projets ? (Fabienne Swiatly sera à Paris pour le Marché de la poésie)

Fabienne Swiatly : Je ne préfère pas trop en parler, il y a un projet en cours. Je vais faire des lectures même si je ne suis pas dans cette écriture-là. Je vais partir en Slovénie avec Marc Lauras, un violoncelliste, on va pouvoir s’amuser.

Bibliographie:

  • Unité de vie, La Fosse aux ours, 2011.
  • Ligne de partage des eaux, La Passe du Vent, 2011.
  • Une femme allemande, La Fosse aux ours, 2008.
  • Stimmlos – Sans voix, Éditions en forêt, 2006.
  • Gagner sa vie, La Fosse aux ours, 2006.
  • Boire, Éditions Terre Noire, 2006. réédition aux éditions Ego comme X en 2008.
  • La Cendre des mots, L’Harmattan, 2004.
  • Fantasme de femmes, Éditions Blanche, 2001.
  • Écrire au collège : l’apport des ateliers d’écriture et de leurs pratiques, coécrit avec Philippe Lecarme, CRDP de Lyon, 2000.
  • Libres associations, Desclée de Brouwer, 1999.

La Compagnie Les Transformateurs est en résidence au Théâtre de Vénissieux.

 Télécharger le fichier : dossierdepresentation annette.pdf

Les dates:

  • Du 05/11/2012 au 24/11/2012 :Répétitions / la Chartreuse, CNES de Villeneuve-lez-Avignon (30)
  • 22/11/2012 à 18h00 :Restitution publique / la Chartreuse, CNES de Villeneuve-lez-Avignon (30)
  • Du 02/01/2013 au 16/01/2013 :Répétitions / Théâtre de Vénissieux (69)
  • 17/01/2013 à 20h00 :Création du spectacle / Théâtre de Vénissieux (69) Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue des représentations
  • 18/01/2013 à 20h00 :Création du spectacle / Théâtre de Vénissieux (69) Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue des représentations / RDV dès 19h dans le hall du théâtre pour une rencontre autour de l’oeuvre de Fabienne Swiatly organisée par l’Espace Pandora
  • Du 12/02/2013 au 22/02/2013 – horaire à définir :Théâtre National Populaire, Villeurbanne (69) / Relâches les 17 et 18 février 2013
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s