Voix Vives / Jusqu’au bout… la poésie et le gréement


© Pauline Catherinot

Avec: Poètes: Abdulrahman Touhmazi, Akram Alkatreb et Nicole Drano-Stamberg / Musicien : Adil Kaced / Comédien: Patrick Vendrin / Présentation: Marianne Catzaras

Dans l’après-midi, se déplacer d’un point à un autre. Un visage connu. Devant la maison des poètes – romancer peut-être, l’écriture rétro-active gomme certains détails – le sourire d’Akram, les nouvelles d’Akram, les lectures d’Akram. Les mots en anglais. Le silence en anglais puisque le langage – le mien – est désespérément pauvre. Tout est réduit à l’essentiel. Parler de poésie, des parcours.
Le soir, un peu avant 20 heures, chercher le vieux gréement. Suivre les points sur la carte, s’avancer sur le port non loin de la Criée – ça sent le poisson, le poisson mort, le poisson découpé, le poisson éventré, ça sent fort, ça pue, ça se propage dans les narines et ça ne veut plus partir – ça dégoûte un peu du poisson…  Chercher les voiles, les cordages. Il n’y a que des bateaux à moteurs, que la modernité… Demander le chemin à des autochtones, faire demi-tour… les odeurs (nauséabondes)  – encore – – ça sent le poisson, le poisson mort, le poisson découpé, le poisson éventré, ça sent fort, ça pue, ça se propage dans les narines et ça ne veut plus partir – ça dégoûte un peu du poisson… (pourtant, aimer le poisson… grillé, en papillote, à la vapeur, au wok… l’aimer sous toutes ses formes et même vivant). Trouver le point d’ancrage. Le vigile nous laisse passer. Les bancs sont sortis. Prendre le large et manger un peu avant le début. Il fait frais, le vent se lève. Le balancement du gréement… Entendre le ventre, les cordes, l’histoire… Jusqu’au bout… Dans le ciel, les drapeaux s’envolent et lèchent les ailes des goélands. Un capitaine. La barbe broussailleuse et grise scrute, attend, aide l’équipe du festival. Nous sommes à son bord (du moins dans l’imaginaire).

Adil Kaced arrive à vélo, installe les micros et les instruments. Les bénévoles sortent de la grande enveloppe marron, les petites pancartes, replacent les chaises, les bancs. Les poètes franchissent la passerelle et suivent – sur leurs chaises – le mouvement du vieux gréement.

« Bonsoir, excusez-nous pour ce petit retard. On est très en avance d’habitude. Bienvenue à Poésie dans les voiles. Sur le plus vieux bateau du port, un gréement qui s’appelle Jusqu’au bout. Nous sommes accueillis tous les soirs par le capitaine Yannick. Ce soir, il y a un petit changement, nous allons arrêter plus tôt. On va arrêter à neuf heures moins le quart, parce qu’il y a, vous devez peut-être le savoir, un hommage à Bernard Mazo. Poète et animateur qui nous a quitté il y a peu de temps. Les animateurs et les poètes vont lire ses textes. Vous êtes cordialement invités au Jardin du Château d’eau. Ce soir, on reçoit Akram Alkatreb de Syrie, Nicole Drano-Stamberg qui est là et Abdulrahman Touhmazi qui n’est pas là… d’Irak. ;. il est là? Ah très bien «  La démarche du poète s’avance, lentement, le polo, les lunettes, la sacoche…

  • Nicole Drano-Stamberg: « Voyage vers la liberté, une liberté illusoire dans chaque mouvement (…) une même surface horizontale de désert. Et au milieu du désert, si infini fut-il, je gardais, au fond de moi, comme un espoir de m’affranchir (…) les interrogations qui montaient de ma gorge mourraient sur mes lèvres (…) elle tenait son petit chat en laisse parce qu’il avait mangé un oiseau un matin d’hiver » (extrait de son livre Séquences)

[Un homme a une casquette noire, l’étiquette – blanche – ressort]

« Tout à l’heure, dans la précipitation, j’ai oublié de présenter le musicien mais il est là Adil… Alors Akram Alkatreb est né à l’ouest de la Syrie, à Salamiah, ville connue dans le monde arabe pour être celle des poètes, on dit que dans chaque foyer vit un poète. Diplômé de droit et juriste, il a écrit son premier poème à l’âge de 14 ans. Critique d’art, journaliste, il vit désormais aux Etats-Unis, il a publié quatre recueils de poèmes en langue arabe. Il est aujourd’hui considéré comme une référence dans le courant New Wave de la poésie syrienne »

  • Akram Alkatreb : Le Chemin de Damas  « Je pense par exemple prendre un taxi  Pour nous cacher dans la montagne près de la résidence D’ibn Arabi (…)

[une jeune femme s’installe sur un véhicule rouge]

  • Adil Kaced : CHANT
  • Akram Alkatreb  (accompagné par Adil Kaced):
    • Sais-tu combien nous t’aimons ?  « Sais-tu combien nous t’aimons ? Nous sommes tes fils quittant le monde. Sais-tu combien nous t’aimons alors que tu es sur le point de mourir ? (…) » [un très beau texte qui touche, bouleverse…le regard droit , la voix ne faiblit pas, l’intensité…]
    • Ô  dieux « (…) Je veux marcher dans les villes auxquelles j’ai oublié de faire mes adieux Dans les villes que j’ai délaissées comme on laisse une chemise sur une chaise (…) Et m’endormir »
    • Dans les lieux noyés de pluie

« Écoutez, je vais présenter Abdulrahman Touhmazi, je ne vois pas pourquoi ça finirait à 20h45, moi je peux partir puisque l’on a une réunion importante, je pense que les poètes et les musiciens peuvent rester jusqu’à neuf heures (…) Abdulrahman Touhmazi vient de l’université de Bagdad, il travaille d’abord comme journaliste, il publie divers articles dans des quotidiens arabes et il est rédacteur en chef de… Il travaille également comme professeur dans un lycée et participe à de nombreux forums arabes et européens autour de la poésie. Ses recueils sont traduits dans plusieurs langues : français, polonais, allemand, italien. On peut citer Memory… et il fut primé plusieurs fois. »

 [un jeune homme, pantalon blanc, cigarette dans la poche,
s’approche du véhicule et veut s’asseoir,
pose la main sur le capot, se frotte les mains, air dégoûté,
semble surpris, décide de s’asseoir plus loin.
Il regarde la jeune femme, la prévient.
Elle s’en moque.
Lui a les doigts noirs.
Se frotte. Puis cherche une cigarette, l’allume et écoute. ]

  • Abdulrahman Touhmazi: La lecture du comédien est accompagnée de musique. Le technicien monte le son puis le baisse pour que la voix du poète porte. Les va et vient entre le papier et le micro (simple accessoire). Derrière les lunettes, le petit monsieur – pour lequel j’ai beaucoup de tendresse, d’affection, de respect – n’a rien de petit. Il est grand, sa poésie est profonde. Comme un sage dont on tire les enseignements.  Ecouter.
    • Que veux-tu ? Je veux, je veux (…) Je veux un printemps qui ne se prête pas à l’été et un autre effondré sur moi  pour tempérer l’humeur. Je veux du sang (…) Je veux, je veux, je veux une obscurité qui se dévoile pour moi et une lumière qui me dissimule. Je veux un chemin d’exil, qui n’amène guère au retour (…) Je veux des poèmes par-delà la honte des merveilles, qui se consument dans leur sens et d’autres poèmes qui ne gisent sur l’ombre des monts. Je veux des paroles garantes de mon silence. Je veux un salut où s’assemblent clémence et excuse, je veux une question qui n’emprunte pas mes réponses, je veux un père qui ne m’oublie pas et un autre que j’oublierai. Je veux, je veux, je veux la liberté (…) »

Un texte magnifique, « ouri », « ouri »… la voix d’Abdulrahman s’est emparée de mes oreilles. Immense respect.

  • Musique (pendant ce temps, se mettre d’accord sur le choix des textes, vérifier)
  • Akram Alkatreb (accompagné par le musicien):
    • La Ville des aveugles
    • Visage : « Ce visage syrien, tout ce que tu peux en faire c’est le restituer Aux aquarelles de Cézanne (…) »
    • Arbre solitaire
    • Sous le soleil du Caucase : « Je n’ai pas voulu te manquer de respect alors que tu mourrais pour moi. Je t’attends comme un Tcherkesse rêve d’une  natte sous le soleil du Caucase, Comme un Arménien pense, nostalgique, au Mont Ararat derrière la fenêtre d’un train à la gare du Hedjaz, Comme un Palestinien de la diaspora se souvient bien du visage de sa mère (…)»
    • La ville du dieu soleil
    • Je veux rêver lentement de toi : « Ô Syrie qui me manque beaucoup Pose ta longue guerre même à l’ombre d’un arbre, Je veux rêver lentement de toi  Sans verser la moindre larme. »
  • Musique
  • Abdulrahman Touhmazi:
    • « (…) Torride est la larme du chagrin, froide est la larme de la joie, ceci a glissé de la plume d’un écrivain arabe qui n’a pas de larmes (…) »
    • « Et bien étroit sera le miroir, ceci mène à l’errance (…) »
    • « Soixante soldats je connais (…) »
    • Quête du vide
    • Cercueil de ( ?) « La nature m’a glissé des mains, la nature m’a glissé des mains avant même que je prenne mon souffle (…) »
  • Musique

Les gens quittent le port, d’autres attendent derrière le grillage. Les ailes battent au-dessus des têtes, les oiseaux viennent se poser et écouter le chant des poètes. Dansent, contemplent et visitent les bords de la Criée. La peau devient visqueuse, c’est dans l’air. Partir.

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