Voix vives / Nuit atroce


NUIT ATROCE / Il faut BANNIR les auberges de jeunesse du vocabulaire, les bannir si l’on veut dormir, réfléchir, écrire. Nuit atroce. Nuit saccadée. Bruits de clefs dans la serrure, la nuit est déjà bien entamée. Bruits de clefs, les bras se heurtent à la porte, ça résonne. Mal à la tête, le cerveau doit se reposer. Partie gauche délabrée. Une robe rose passe la porte, allume la lumière. Une robe rose devient Zut, Mademoiselle Zut, qui cherche quelque chose, qui se lave les pieds, qui se brosse les dents. Il faudrait un rideau pour calfeutrer la lumière, pour que chacun puisse vivre à son rythme. De l’autre côté de la cloison, deux voix masculines parlent fort, hurlent, rient… en allemand ou dans une autre langue. Il faudrait insonoriser les cloisons, mais c’est une auberge de jeunesse, pas un cinq étoiles. Quelques minutes. Une heure peut-être. Sous les draps, la tête sous les draps pour chercher l’obscurité et le silence. Mais les draps ça ne protège pas. UN peu de calme. Mademoiselle serait-elle partie ? Bruits de clefs dans la serrure, on entre – encore – une silhouette aux cheveux carrés. Allume la lumière, prend le temps de sortir ses affaires, de se laver, de ranger encore, de se laver les dents. A une dentition extraordinaire. Une cinquantaine peut-être. De l’autre côté de la cloison, on continue à parler, à hurler. L’agacement devient primaire alors s’EXTRAIRE des draps, se lever, ouvrir la porte et les mots viennent en anglais, avec une aisance déconcertante. Ne disent rien. Revenir. Croiser la dame aux cheveux carrés qui me dit que tout va bien. NON, ne pas répondre. Tenter la reconstruction du sommeil. La dame aux cheveux carrés poursuit son nettoyage minutieux, plus d’une heure. Se couche enfin. Arrête enfin les allers retours entre l’intérieur et l’extérieur, arrête enfin les bruits de chaussures (puisque la dame aux cheveux carrés ne marche pas pieds nus), arrête enfin les bruits de sac plastique. La dame aux cheveux carrés doit avoir 78 dents, 78 dents de crocodile qu’elle prend soin de nettoyer pour éviter la contamination, la carie, les heures chez le dentiste, l’arrachement d’une partie de soi… La dame aux cheveux carrés me fait penser à une menthe religieuse. La dame aux cheveux carrés finit par s’endormir. Une seconde, j’ai pensé – que Mademoiselle Zut et la dame aux cheveux carrés étaient une seule et même personne. 2h36 minutes, bruits de clefs, bruits de bras, des choses tombent, les chaussures claquent sur le sol et ne s’enlèvent pas. Mademoiselle Zut est de retour. Lumière allumée, elle prend le temps de se préparer, se trompe de lit « zut, il y a quelqu’un », Mademoiselle Zut est presque sympathique, une maladresse qui se prolonge. Cherche dans des sacs, appuie sur les touches de son téléphone portable. « Si tu vas chez décathlon, achète toi une lampe frontale». Le calme enfin, alors dormir. Un peu. Parce que la dame aux cheveux carrés est matinale, très matinale. Alors se lever d’un même mouvement. Elle est chez elle. Nous sommes chez elle. Elle ouvre le volet sans se soucier de Mademoiselle Zut qui dort, qui tente de dormir. La partie gauche du cerveau tape encore, pas assez dormi. Être énervée, de mauvaise humeur. Avoir besoin de calme, de silence, d’une vraie nuit.

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