Voix Vives / « Et maintenant, la nuit s’ouvre »


Les scènes se vident,  les chaises sont ramassées, rangées, mangées par la camionnette blanche. Lecture et croissants. Terminée. Musique dans l’air. Terminée. Voix en solo. Terminée. Perf. Et fracas. Terminé… Les derniers mots, les au revoirs…  La voix chargée parfois – mais vive… Être accroché aux lèvres, à ces instants – intensément -parce qu’ils sont les derniers – ça serre le cœur. Le  festival s’achève – donc – après neuf jours… et le programme est tout trouvé ce soir, la soirée de clôture se déroulera au Jardin du Château d’eau. Et pendant que les poètes se reposent, qu’ils font leur dernière scène, qu’ils échangent leurs coordonnées, qu’ils rient… qu’ils marchent, qu’ils s’installent aux terrasses…  Les festivaliers cherchent le calme, le courant d’air.  Prolonger la longue et belle conversation sur un banc. Puis. Il faut. Il faut se quitter – là aussi – partir, ne pas se retourner, sauter le mur, monter jusqu’à l’Auberge et préparer le sac. Faire le court inventaire d’une semaine. Faire le point, faire le vide. Le cœur est à la fois léger et brumeux. De l’eau sur le visage, la pensée fraîche. Descendre dans la nuit – à vide. Pas de sacoche. Réduire le matériel à ce qu’il a de plus simple, de plus léger : le carnet, le stylo, l’appareil photo… quelques sous se promènent dans la poche droite.  Pousser la porte du portail. Jardin du château d’eau (la boucle est bouclée)… Le fer travaille /grincement. Acheter un chili con carne. Trouver un coin de pelouse et s’écraser dans le sol. Il fait doux. Installations visuelles… arrosoirs, jerricane… araignées en plastique – au- dessus des têtes. Sur des fils. Sur des arbres. La voix de Claudio Pozzani sort des enceintes… « Le festival a accueilli les lectures, les performances, les concerts… restent empli de la poésie, de la musique des poètes et des artistes du festival. Le village du festival s’arrête après huit jours, riches de rêves, de contes, de mots, de rencontres, de découvertes. Huit jours magiques qui ont été possibles grâce aux poètes, aux artistes et à vous tous. Et maintenant, la nuit s’ouvre… »
Les poètes se succèdent… Partout… Sur scène, dans les arbres, sous les arbres, sur la pelouse… Se mêlent à la foule… Partout… Sur scène. Dans les arbres. Sous les arbres. Sur la pelouse. Dans l’ombre. Dans la lumière. Lecteur ou spectateur… Les poètes partout…  Se disent. Se traduisent.

  • Mohammed Bennis (MAROC) / La joie du danseur « Un hymne se répand sur la toile, la main touche à sa mémoire, de loin ou de près, elle conduit la calligraphie vers nous (…) point de soumission » [sur scène]
  • Franco Buffoni (ITALIE) / « Protéger aussi notre met (…) dans la grande serviette repliée, je n’arrive plus à m’attacher aux endroits, je n’ai plus d’endroit (…) la danseuse devient la danse (…) Ce soir, ici, pour moi, rien ne presse. »
  • Branko Cegec (CROATIE) / « (…) je plonge imprudemment dans leurs odeurs, dans leurs formes, dans le bruit de leurs mouvements. Je prononce, je vois. Je prononce, j’entends. Je prononce, je sens. Je prononce ces mots si facilement, sans résistance (…) Ici, il ne peut pas y avoir de fin. »
  • James Sacré (FRANCE) « Une fête de mariage au Maroc. Tout à l’heure, on va chanter et danser. Ce sera tard et jusqu’à la dernière étoile visible. En attendant, on marche dans la nuit venue (…) pas loin des haies de cactus (…) un autre cousin (…) raconte des fragments d’histoire (…) le travail consiste à répartir les terres selon d’anciennes façons de vivre (…) tel l’aïeul qui ne se laissait pas bousculer par l’administration des français (…) Est-ce qu’on est seulement dans une fête pour se faire plaisir ou dans quelque chose de beaucoup plus ample. Les grands voiles doux de la nuit, les déchirures de l’amour et de la colère, l’histoire pas facile avec ses gestes défaits (…) Tout à l’heure, on va danser ni pour oublier, ni pour vraiment comprendre(…) »
  • Nina Kibuanda (REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DUCONGO) /  « Pieds nus, pieds à vue. Je suis un artiste… » [dans l’arbre – les gens cherchent, regardent sur scène, derrière eux… les yeux finissent enfin dans les branches]
  • Roula Safar / MUSIQUE et CHANT [sur scène]
  • Frédérique Soumagne (FRANCE) / « La pays à moi, c’est France que ça s’appelle. La mère à moi, aussi, c’est France (…) » [au milieu des spectateurs – juste derrière]
  • Gastao Cruz (PORTUGAL)  / Jeune homme nu assis au bord de la mer  [sur scène]
  • Haydar Ergülen (TURQUIE) / Que m’importe « Que m’importe les trains. Je ne suis pas triste moi. Que m’importe les maisons. Je ne suis pas la pluie moi. (…) Que m’importe la mort. Je ne suis pas poète moi. Que m’importe ma personne. Moi, je ne suis pas moi. Parfois plus sombre que son chagrin. Parfois plus clair que son ombre. A son chagrin et à son ombre. Moi, je suis une chose empruntée. » [sur scène]
  • Sébastien Lespinasse (FRANCE) / « Un petit poème d’amour pour ce festival qui nous a permis de vivre de belles rencontres, de beaux moments de vie, on en a besoin » Toute proportion gardée « Je t’univers. Tu me mondes. Ils se continent (…) Elle m’Italie longuement. » [sur scène]
  • Amjad Nasser (JORDANIE) / Aux litières des chameaux. « Aux litières des chameaux, aux clochettes du désert, par ici les jordaniens, pieds nus avec leur glaive sont passés, dans leurs âmes, le silex lançait des étincelles, dans leurs barbes poussiéreuses, les loups hurlaient. O litières. Ô litières. Par ici, mon peuple est passé, nu et maigre, trainant derrière lui un fleuve sec (…) » [sur scène]
  • David Kpossou (FRANCE) / [dans un arbre – harmonica]
  • Rachid Akbal (FRANCE – ALGERIE) / CONTE  « On dit le cadavre a beau être magnifique. On dit qu’il faut bien se résoudre à l’enterrer. On dit aussi que si l’éléphant avale des noix de coco, c’est qu’il a confiance en son derrière. C’est l’histoire de… »
  • Lili Frikh (FRANCE) / « ça y est, je suis prête. Prête à passer du carambar à la cocaïne, de la mousse au chocolat à la morphine, de l’école à l’alcool, de la poupée à la putain, de l’enfance à l’amphétamine (…) J’ai l’impression que ça se voit, l’espace entre les yeux, la fêlure descendue au milieu de mes cuisses, à force de faire l’équarrissage entre caniveau et clair de lune. Les passants passent plus à cette heure-là. Heureusement, un chien s’arrête, la chaleur de sa langue, efficace, m’apaise un instant. Comment oublier la froideur de la langue qui écrit ? » [Au milieu des gens – derrière – une jupe bleue assortie à un bonnet bleu / Magnifique Lili Frikh. J’aime sa voix. J’aime ses mots. Comme une distorsion, une autre dimension]
  • Michalis Papadopoulos (CHYPRE) / Poème requin « J’aurais aimé vivre dans une chambre donnant sur le quartier latin ou devant une fenêtre avec au loin la Seine. Mais je vis dans une cave au 19 rue Saint-Martin, où le soleil est un visiteur pressé comme le concierge qui quand il descend jusque-là, tu vois sur sa gueule, dessiné l’arrogance qu’ont les vivants pour les morts, comme une détresse affichée avec la distance de la supériorité pressée de prendre le loyer du mois (…) et les crevasses de la solitude. Alors que moi, je pêche dans le lac de la cuisine, dans des tuyaux troués, le grand prince requin (…) »
  • Djenebou Bathily (FRANCE – MALI) /  [Applaudissements. Les mains se lèvent derrière la balustrade. Les mains se tournent. Le presque silence. La parole dans les mains, dans les yeux. La parole poétique et énergique. A travers le geste, le sens, la transmission, l’émotion]
  • Abdulrahman Touhmazi (IRAK) / Pour elle « J’entends disparaître son léger gémissement, je ne sais où elle le cache. Dans sa voix, je trouve une échelle en équilibre pour un printemps mystérieux. Elle ne fabriquait pas des mots conventionnels. Qu’est-ce qui m’a fait écouter aussi longtemps ? Quelque chose est certainement dit me concernant. Il me faut saisir cette mélodie et la lui apporter dans sa perfection pourchassée (…) » [sur scène]
  • Christophe Manon (FRANCE) / Ballade des poivrots  d’après François Villon [sous les arbres]
  • Hommage à un poète égyptien Elmi Selm ( ???)
  • Slah Ben Ayed (TUNISIE) Conversation marginale avec Georges Brassens à propos de ce banc public [dans un arbre, quelques problèmes techniques, les pages qui s’envolent, ne se tournent pas… la voix qui ne s’entend plus]
  • La voix de Claudio Pozzani annonce le nom des auteurs, des pays [on se croirait parfois aux jeux olympiques]
  • MUSIQUE avec : Marion Diaques, Maksoud Grèze, David Kpossou, Adil Kaced, Pepe Martinez, Marc Siffert, Hossein Rad, Roula Safar et … et…

Il faut se résoudre à s’avancer et à dire au revoir… au festival, à ces gens rencontrés sur le festival… De belles rencontres. Des moments forts. Larmes coulent dans les intérieurs. C’est comme quitter sa famille, comme quitter les aimés pour une durée dont on ne sait si elle sera longue ou courte. Je n’aime pas les au revoirs. Je n’avais pas imaginé être à ce point bouleversé, transformée par cette expérience. Au-delà des espérances, au-delà des simples objectifs. Écouter. Découvrir. Lire. Écrire et puis parler, parler, parler. Je suis plus forte aujourd’hui, je sais que le rêve-poésie a de larges voiles. Rassurée peut-être, l’impression de pouvoir dire un peu plus. Garder les mots de Michel Giroud : l’être unique. Alors bien sûr, il faudra encore relever les manches – plus que jamais.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. M. dit :

    Ces manches à retrousser sont aussi de belles voiles.

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