Voix vives / Attendre le train sur le port


© Pauline Catherinot

Se lever tôt. Ne pas réveiller les voisines de chambre. Mademoiselle Zut dort profondément, elle est rentrée comme toutes les nuits à 2h36. Mademoiselle Zut a souvent parlé (la lumière allumée). Melle Zut est distraite : « oh zut il y a quelqu’un », « oh zut, ma serviette est dehors… » « oh zut, oh zut…  j’espère que je ne vous ai pas réveillé »… Et pendant que Mademoiselle Zut s’active, Madame Rrrr dort profondément, respire au plus profond de ses gorges (bien plus vastes que celles de l’Ardèche), le ronronnement, le grognement. Madame rrrr ronfle, ronfle et pousse de petits gémissements… Madame rrr parle parfois dans son sommeil… Sur la pointe des pieds, je m’extrais de sous le drap, j’avance, je plie, j’ouvre les portes, je me déplace rapidement, le geste est mécanique. Mademoiselle et Madame dorment, dorment, dorment et sont charmantes (à cette heure-là) Alors il y a quand même un point positif à ce départ… la plénitude recouvrée dans le sanctuaire du sommeil… Retrouver un bon lit et dormir longuement, intensément… Donc. Se lever tôt. Se préparer. Plier les draps et monter pour la dernière fois les escaliers qui montent qui montent et qui montent encore. Après une semaine, avoir des cuisses musclées. Prendre le petit déjeuner. Parler en anglais, très mal, comme toujours. Puis regarder une dernière fois la mer sur les hauteurs infinies. Dévaler la pente. Je n’ai pas encore acheté de billets et je ne connais pas vraiment les horaires. Il y a un train entre 8 heures et 10 heures. Vingt minutes de marche où les images affluent. Les souvenirs rétroactifs ne cessent de s’accumuler. Acheter le précieux billet, une heure et cinquante minutes à tuer. Prendre un café dans la machine et se dire qu’il serait plus sympa de profiter du soleil et d’attendre le train sur le port. Le sac pèse lourd sur les épaules et creusent davantage la courbe informe de la colonne vertébrale. Là.

© Pauline Catherinot

Deux poètes ou trois sortent d’une voiture grise. Penser alors de manière intelligente : les poètes rentrent et prennent le train. Saluer Lucien Suel qui a très envie de retrouver sa région et ses proches. S’arrêter un temps. Poursuivre le chemin, le gobelet à la main. Boire une gorgée et s’apercevoir qu’il n’y a pas de sucre. A chaque fois, se faire avoir. Il faut appuyer sur le bouton sucre pour que ce soit sucré sinon ce n’est pas sucré et par conséquent imbuvable. Traverser la route. Trouver un banc (public) et s’asseoir et regarder les bateaux et regarder les trois pêcheurs qui ne pêchent pas grand-chose puisque c’est l’heure de… Un bateau arrive, arrive au… et des chaises en plastique se posent. Les cannes sont prêtes à l’emploi. Lever la tête. Une silhouette avec une chemise blanche. Peut-être Claudio Pozzani (dans votre tête, l’accent italien). Encore quelques rayons de soleil. Emmagasiner la chaleur. Il y en aura moins plus tard. S’extraire du banc, se diriger vers. Dans l’enceinte de la gare, les poètes sont de l’autre côté du quais. Valises à roulettes. Bleues. Noires. Toujours à roulettes. Poètes discutent, se perdent, se rencontrent. Les larmes de certains bénévoles ne sont pas loin, ils confient la richesse de l’expérience et leur vie de poursuivre l’année prochaine. Je me souviendrai longtemps de la discussion voiture 6 place 83 avec le poète de la place 85 et l’échange en voiture sept. Tout simplement magique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s