Il pleut des marrons


Le ciel est couvert, alors les couches se superposent. Il est presque dix heures. Il est plus que temps de partir. Les ailes dans le dos… les idées-folles s’agrippent au cerveau. 语言(母语) Tout se précipite. Attraper les feuilles, les stylos, les feutres (le bleu – le noir – le rouge) et s’envoler en direction du forum des langues. De la Place Sathonay. Au coeur des mots, des cultures. La bonne humeur s’est emparée des rues, des marronniers et chacun oeuvre à installer au mieux son espace. Les panneaux, les nappes, les spécialités envahissent les installations. Quelques gâteaux attirent l’oeil gourmand. Язык (Язык) Chercher le numéro. L’emplacement. Le 15. A l’autre bout du monde ou presque. Renaud Lescuyer, directeur du festival, vient à notre rencontre et nous propose de déménager, de changer de territoire. Le déplacement des chaises, des tables, des documents, les nappes gonflent et s’imprègnent de l’air du temps. Je n’ai que peu de choses: quelques affiches… des feutres, des feuilles blanches. La réduction minimaliste. J’espère que quelques passants seront inétressés par le danolasch, une langue imaginaire. Icrori ceste ini maho, ini milounengui di sefs… Sur la place, ça fourmille… Làkk … La vivacité langagière. afar, albanais, allemand, amharique, amphigourien, anglais, arabe, arménien, balinais, batak, berbère, betawi, bikol, breton, bribri, bulgare, catalan, cebuano, chinois, coréen, créole réunionnais, danolasch, égyptien, esperanto, estonien, filipino, fon, français, frioulan, gaélique, grec, hassania, hongrois, illongo, ilokano, indonésien, irlandais, italien, japonais, javanais, khmer, kinaray, kinyarwanda, malecu, malgache, maltais, minang, occitan, polonais, portugais, québécois, rama, roumain, rromani, russe, sassak, slovaque, slovène, stieng, suédois, sumba, surigaonon, tagalog, tahitien, tamoul, turque, visayan, wolof, yoruba… le rythme, les sons… pas de frontières, tout se mélange, tout se transforme… Lingua c’est le partage et la pluralité qui s’engouffrent dans les branches des marronniers… les arbres murmurent des mots incompréhensibles dans une langue ancienne… Le bang-bang… Il pleut des marrons, syntaxe frappante et percutante. Le bang-bang… Il pleut des marrons et les mains couvrent les têtes et l’impact verbal colore les tables et les papiers… Le bang-bang… Le vent se glisse peu à peu dans cette forêt étrange et langagière, l’inter-communication se prolonge dans les courants d’air… Le bang-bang… שפה ( לשון ) On entend sous les feuilles, les mots, ça circule et la magie opère. Dans les allées, des visiteurs s’empressent, s’emparent. Les yeux fouillent, scrutent, se remplissent… étourdis peut-être par ces mots, par leurs reliefs, par leurs structures. Le bang-bang… La langue interroge et au fur et à mesure des rencontres, je ne sais si le mystère s’épaissit ou se divise… Une langue c’est quoi? اللغة (اللسان) A partir de quel moment peut-on dire qu’il s’agit d’une langue? Le forum apparaît comme un vivier, un laboratoire favorisant l’émergence et la communication. Le programme est riche, les débats, les rencontres, les animations rythment cette journée de Septembre. Lengua L’animation est constante, plusieurs compagnies se partagent la place et les rues adjacentes… il y a encore la Gaada où les passants peuvent écouter des poèmes…d’un autre temps, d’une autre rive… ça chante… la langue qui claque et résonne, la langue qui fait sens, celle que l’on ne comprend pas, celle que l’on aimerait comprendre… La muscle s’actionne, se contracte et la gorge fait son ouvrage. Riche. Vraiment riche. Je ne pensais pas trouver autant de trésors. Ici. Une très belle expérience. Au loin, les sons convergent, s’expulsent. Au loin, l’odeur des soupes du monde. Au loin… au loin, au loin… Alors on quitte l’emplacement et le corps se met en marche… le stylo noircit les pages… le corps évite la pluie de marrons… Le corps se dirige vers les inconnus. Le corps est un nez. Le corps est un son. Le corps est un mouvement sans frontières. Le corps est désertique et le désert se construit peu à peu sur ces mélanges d’éternités, de chemins escarpés. La langue du monde est une passerelle… Et je pense au mahabarata, et je pense à ces dialectes lointains… L’envie est un goufre inépuisable. La fascination. L’empreinte verbale qui marque la peau. Qui marque la plante des pieds. Demain, peut-être, l’individu enclenchera une dynamique nouvelle. Pour aller vers. Pour apprendre encore. Pour se nourir de ces différences. Il est 18 heures, il est temps de ranger les affaires et de se préparer pour le cabaret poétique…

Les petites plus: La journée en images

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