Carbone (version II)


Le naufrage épileptique cristallise le tremblement sur papier carbone.  La décharge lancinante d’influx nerveux. En état de crise myoclonique. Le petit point jusqu’aux virgules démembrées s’enroulent autour de la manivelle fiévreuse. La seule transparence. La négation de la créature. Derrière le verre. En éclats. Les particules solaires sur des calicots blancs. L’assise prolongée. Le travail à la chaîne, les fers ne sont plus visibles. Mais ils vous maintiennent en bas, la tête inclinée vers le sol. Phalanges vides de toutes attaches. En état de mort cérébrale, là, où les automobilistes s’arrêtent le temps de changer une roue, de prendre l’air, de fumer une cigarette, de pisser sur l’herbe. Comme des chiens.  Les yeux cerclés. Les poches épaisses et marron sont des ombres lunaires. C’est peut-être le sud. Sous les néons. A dix mètres sous la surface, encadrés par les parois bétonnées et austères. C’est peut-être le sud. Il y a les cols Claudine que l’on croise et qui symbolisent les tourments du large. La projection rachitique. Devenue la pâle copie carbone. Le soleil s’éteint sur la mer rouge. Le lent naufrage. La cire fond. Le pigment entre les côtes. Ce petit point. Invisible. Qui la courbe. Qui fait penser qu’elle pourrait avoir un siècle ou deux. Il faut infuser tout cela. Ne l’appelez plus Dorothy. Ne l’appelez plus. A moins de commencer par la lettre T. C’est plus simple. C’est plus sûr. Le parasite. Le microbe. L’insecte. Etouffé. Ecrasé. Noyé. Éparpillé. Broyé. En plein vol ou sur le sol. Entre deux couches fines. Il y avait dans la sacoche. Noire à trois poches. En cuir. Un mélange de modernité et de souvenirs. Il y avait –en cet endroit – des heures à trimer, à balancer la fièvre d’une oreille à l’autre. L’horloge, les tours de cadran qui vous défoncent les yeux et la peau. La tache recouvre peu à peu les iris et vous ne voyez rien. Le nom se murmure avec un T. Ne l’appelez pas Tirésias. Ne l’appelez plus. La dévoration. Carbone et les yeux sans pupilles insufflent le chant suffoquant et perforé. Les ogres de barbaries réservent leurs épines aux fleurs rouges. Elles s’attachent aux doigts et à la langue. Les phrases sont devenues inaudibles parce que non prononcées. Ils ne comprennent rien des silhouettes lépreuses. 1806 Ralph Wedgewood dépose le brevet. Tout s’éloigne et rien ne vient. La bourrasque. Le cyclone dégrafe les broches des vestes colorées. Pas même les combats perdus. Pas même les pages muettes. Pas même les rendez-vous manqués. Pas même le mépris. Rien n’a vraiment d’importance. Sur les murs jaunis, le squelette se lève sur ces pattes arrière. Beugle. Hurle à la mort. Les rotules sous les talons. La verticale se gifle. Les rêves ont changé de visages. Et elle se remplit de 14, de carbone. Ils étaient là. La veille. Ils sortaient des vagues déchaînées. Ils menaçaient l’horizon et absorbaient l’énergie. Ils revenaient chaque fois. Puissants. Nombreux. Parce que la nuit, on ne dort plus. La machine. Continue son ouvrage. A tourner. A faire. A agir dans le silence. C’est trop près. Faudrait traverser les continents vierges de tous méandres. Faudrait traverser les rivières, en boire certaines, plonger dans les intérieurs, nager sous l’orage et sentir la chaleur sur la peau… se râper les genoux et le menton. Quelques millimètres de vie en plus. Voudrait une robe carbone. Pour rejeter. Pour dévier les petits désastres qui ne font plus rire. Pour exister encore un peu. Après l’abandon. Après l’ignorance. Pour le reste du monde, quand dans la poitrine, pousse des branches carbones, vous n’existez plus puisque vous n’êtes plus vraiment vous-même. Rien n’a d’importance. Pas même les distances, les crépuscules, les amours perdus. On réinvente à l’infini sur un format A la trace. Milliers de fourmis dans les conduits. Milliers de dépôts. Un animal. Un monstre. On campe à l’intérieur de soi. Le déchet. Le désordre. Si peu de choses. Tout est fissuré par la surface violette. La survivance ou la finitude. Le système verrouille les issues, alors quelle est l’issue ? Du vent, de la brume, de la ville, ils sortent et se faufilent insidieusement. On recouvre le pathos avec de la terre et un rosier. On plante toujours un rosier dans les vignes. On reconnaît alors les premiers signes lorsque c’est le début.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Anthön dit :

    Tellement beau, tellement triste… mais tellement beau!!!

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