Festival utoPistes / Cavale


Avec Yoann BourgeoisMathurin BolzeConception – Yoann Bourgeois

« Il y a des choses qui ne finissent jamais. Cavale est un poème où la chute est traitée à la manière d’un motif, répétée et variée, le long d’un escalier qui ne mène nulle part. Deux hommes jumeaux, aux allures d’un Sisyphe dédoublé, perpétuellement, gravissent et s’abandonnent au vide. D’une voix chorale, ils chantonnent cet air trop léger de l’instant. Car il s’agit ici du grand Saut et de sa musique infinie. Un théâtre polysémique où des images se forment sans jamais se fixer. Lorsque le rocher tout à coup dévale, et avant d’entreprendre un énième recommencement, Sisyphe fait une pause. C’est de ce point de suspension qu’ils ne cessent, silencieusement, de nous parler. Les vastes étendues de la nature sont devenues leurs aires de jeux favorites. Comme le disait Pindare : « Ô mon âme, n’aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible. » Le rocher roule encore. » Yoann Bourgeois – Note Janvier 2013 – Source: Théâtre des Célestins)

« It’s gettin’ dark, too dark for me to see and I feel like I’m knockin’ on heaven’s door » Bob Dylan

Froid. Les doigts recroquevillés au fond des poches. L’attente. Le regard se porte sur le ponton. Blanc. Les spectateurs longent les Quais des Célestins. L’installation flottante se déplace et suit le mouvement des vagues. Les cordes disparaissent et se noient doucement dans les remouds. Blanc. Surface plane. On entend dans un coin du cerveau… une musique de Schubert… Auf dem Wasser zu singen (chanter sur l’eau) – L’eau, un élément qui semble correspondre au « joueur » Yoann Bourgeois, auteur de ce poème Cavale. Il y a quelques années, aux Subsistances… il s’immergeait dans un tube et dansait en apnée. Sous l’eau. Peut-être que la confrontation aux éléments, le rapport à une matière vivante est un élément important dans son travail d’écriture. Comment un élément étranger entre-t-il en interaction avec le mouvement dansé? Qu’est-ce que cela change à la création et à la réception du spectateur? NUIT… On prend le temps de regarder, on découvre – peut-être – la vie sur la Saône, le passage des péniches. Lire la petite note d’intention et murmurer le nom Sisyphe et penser au livre de Camus… Le Mythe de Sisyphe, où l’auteur se demande s’il est possible d’imaginer Sisyphe heureux. La musique sort de l’installation. Un bateau, dans lequel se trouve Yoann Bourgeois et Mathurin Bolze, s’approche. Applaudissements. Les danseurs/acrobates grimpent sur le ponton. Costumes identiques. Se placent à « l’avant scène », ouvrent leurs vestes. Mains plongent dans l’intérieur et extirpent le collant gris. Sont en cavale, le visage dissimulé sous la matière grise. Répétition d’une même situation. Le corps tombe, se relève, court, s’arrête juste avant la chute. Le poème répond à un autre poème, celui de Pasolini… « Il ne lui reste que cela, une vitalité désespérée. La vitalité désespérée, c’est la haine de la mort. » Il ne pleut pas – Que le vent glacial… Deux escaliers… Des marches vers un infini… Cavale… Sur l’eau. Les corps investissent le trampoline pour entrer dans une course infernale et effrénée  S’élancent, se tordent, se touchent, s’évitent. Il y a la recherche de ce point de suspension. Entre la chute et l’envol. Cavale. Cavale. Cavale. Puis disparaissent et sautent dans le vide (ou presque).

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