Élucubrations fantasmagoriques sans influence(s) n°1: De l’autre côté de la porte


– Élucubrations fantasmagoriques sans influence(s) –

C’est de l’autre côté de la porte. C’était – en effet – tout près. Juste là. A quelques centimètres du couloir. Des vibrations qui viennent de dessous. Des vibrations qui font tomber des choses à l’intérieur. On ne fait pas de bruits. La présence devient minimaliste. On rentre à l’intérieur de soi. On divise les vertèbres par deux. On est minuscule. On marche sur la pointe des pieds, on évite de faire grincer le parquet pour signifier une non-présence avérée. Il ne faudrait pas que. On ne sort pas. On ne demandera rien. On hésite un instant. Puisque la trottinette et le vélo étaient sur le palier. Sont sur le palier. Hier, c’était plus bas, mais ça résonnait pareil. Mais ce n’était pas de l’autre côté, c’était plus bas. ça parle. Chut! Il y a deux voix. Le chat non plus ne s’approche pas. Il faudrait aller dans la cuisine. C’est bien ça, il y a deux voix. Une envie de café. Une envie de croissants. Mais le craquement risque de nous trahir. Chut! C’est de l’autre côté et ça racle, ça perce, ça semble détruire le sol. La poussière se dépose un peu partout et le nez commence à sentir les premiers signes. ÉTERNUEMENTS. Chut!!! Il ne faut pas se trahir. Il est interdit d’éternuer. Il ne faudrait pas que…. Il faut attendre le bon moment pour…  ça tape fort dans la porte. Chut! On retient sa respiration. On ne panique pas. Le fer à repasser n’est pas très loin. Stupide, on est stupide et totalement névrosé. Faudrait pouvoir entrouvrir la porte ou mieux, regarder dans l’oeil de boeuf. Mais. On ne sait jamais. Si de l’autre côté, au même moment, ils décidaient de regarder aussi dans le trou. On serait perdu. Tout serait perdu. La non-présence. TOUT. Petit rire étouffé et nerveux. On serait démasqué. Petit rire étouffé et nerveux. Et comme le chat ne miaule pas. Il ne miaule que par intermittence dorénavant. Il a compris que se rouler par terre demandait moins d’efforts. On tente une percée, le téléphone portable est sur la table, dans la pièce d’à côté. Concentration. Réaction. La poussière est partout et dire qu’on a fait le ménage, que l’on avait tout briqué l’avant veille. C’est rageant. On se lève, on fait des mouvements dansés. On est léger, aérien. Un craquement. Un arrêt. CHUT!!! On ne bouge plus. On ne respire plus. On reste là. Il faut attendre que le bruit soit à son paroxysme. C’est de l’autre côté, le bruit est en écho, on croirait presque qu’ils sont là. Ils ou Elles. Enfin EUX. C’est absurde de ne pas y aller. Tu tapes trop fort sur les touches. Tu vas nous faire prendre. Chut!!! Tu ne peux pas arrêter un instant. On ferme la porte. Un espace clôt dans un espace clôt. Il n’y a plus de bruits. ça recommence et tout tremble, un morceau du compteur électrique vient de tomber. Fracas. On ne s’approche pas. Il ne faut pas s’approcher. On reste. Là-bas. On pense à un repli stratégique, mais il n’y a pas d’issues. On est au dernier étage. La paranoïa a du bon, ça fait voir des choses incroyables et irraisonnées. On pense trop fort. EUX ils entendent tout. Enfin peut-être. On va éternuer. Merde. On a éternué. Une fois. Un mouchoir? On a besoin d’un mouchoir mais pour cela il faudrait ouvrir le placard. Et le placard grince. Système D. Comment allons-nous pouvoir sortir tout à l’heure? On ne pourra pas. Il faudra ruser. Il faudra être fort et confiant. On ouvrira la porte et on dira « bonjour ». D’une manière naturelle. On évitera de faire comme hier soir. Parce que hier soir, on a été très maladroit et les mots qui sont sortis auraient pu être mal interprétés. Silence, ça ne bouge plus. Est-ce qu’on a les bons réflexes? Est-ce que l’on peut se faire confiance? Est-ce une hallucination? Sommes-nous devenus sourds? Il faut poser la main sur la porte. S’il y a des vibrations, on le sentira. CQFD. On ne sent rien. EUX sont partis. Ils semblent être partis. On ouvre. Allez, on ouvre. Il y a des gravas sur le sol, le carrelage n’existe plus. Entièrement saccagé. Voleurs de ciment. Pilleurs de couloir. Maudits soient le peuple de l’autre côté. Les trottinette et vélo ont disparu. Il faut enjamber les pierres, les déchets qui tordent les pieds. Chut!! On ne sait jamais, ils ne sont peut-être pas très loin. Des pas. Il y a des pas. VITE. Marche arrière. Marche arrière. Ferme la porte délicatement. CHUT!!! On reste de ce côté là. ça prendra le temps qu’il faudra, après tout on a de quoi tenir!!! Mais on tiendra. On n’a pas peur du silence. On sait renforcer l’invisibilité. Où sommes-nous? Nous ne sommes pas là. Nous sommes derrière la porte et on n’ouvrira pas. ACTE DE RÉSISTANCE!!!

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