Élucubrations fantasmagoriques sans influence(s) n°2: NEIN HEIN!


J’ai peur. Du gaz. De la fermentation. Des céréales. Du sucre. Belges ou Allemandes. J’ai peur. Elles me font peur. C’est absurde, non ? Là, dans le frigo, elles attendent. Elles espèrent que je vais céder, que je vais craquer. Juste une fois ! Je les entends. Elles me regardent avec leurs robes vertes et glacées. Elles me toisent. Avec leurs petites capsules à dévisser. C’est simple. C’est la magie de l’ouverture facile. Elles sont là. Je le sais. De l’autre côté. Il ne faut pas ouvrir. Il ne faut pas regarder à l’intérieur. Comme l’annonce du corbillard !!! Ce sera tout noir après. On fera ma chronique nécrologique dans le journal de Montréal et cela ne sera pas glorieux. Ce sera en petites lettres et très court. C’est la cirrhose qui nous attend !!! Je vous le dis. Alors. NON JE NE CRAQUERAI PAS. NEIN HEIN !!! L’œsophagite. La gastrite. La pancréatite. NEIN. La cardiomyopathie. L’hypertension. L’athérosclérose coronaire. HEIN. Les attaques d’apoplexie. La neuropathie périphérique. NE. L’atrophie corticale. KEIN. Le syndrome Wernicke Korsakoff. Ça vous tente ??? J’ai peur. J’ai peur des CONVULSIONS (je convulse parfois à l’idée même que je pourrais convulser à cause de tout cela, c’est UN PROBLEME). En route pour l’aventure… vers le delirium tremens collectif !!! Allons-y. En voiture, Simone ou Martine !!! J’ai peur. Figée devant. Je n’ose pas. Il faut que j’en parle. Elles sont là. C’est le fléau d’un peuple. Condamné à boire du vin espagnol, à manger des frites et puis des moules (sur le port d’Ostende). Un VENTRE. J’ai peur de devenir un ventre. Avant tout, cet amas de graisse. Quelqu’un dirait : « Vous êtes enceinte ? » « C’est pour quand ? ». Et moi, je penserai : « Pour dans deux heures, sur une terrasse pour l’apéritif en plein soleil ou sur une plage bondée où l’eau serait recouverte d’une couche de crème solaire… ça donne envie de se baigner, n’est-ce pas ??? »… Il n’y a rien dans ces ventres qu’on se le dise. C’est flasque. En même temps, ça pourrait servir. On ne sait jamais, si on se perdait en antarctique et que l’alcoolique venait à dépérir, ça nous ferait toujours de la graisse pour nous réchauffer et pour assurer notre survivance. Une PEAU VIOLETTE. J’ai peur. D’avoir le visage recouvert de rouge, de violet. Il y a ce teint propre aux alcooliques. Ça ne respire plus, tout est bouché de l’intérieur, c’est le vin qui poursuit son ouvrage. L’autoroute viticole à l’intérieur des joues. Rien n’y ferait. Pas même le DESTOP LIQUIDE à la SOUDE. Trinquer, c’est cela. J’ai peur de trinquer. Pas le choc des verres. La peur de trinquer, de subir des années d’enivrement, de s’abreuver encore et encore au milieu de ces conversations où personne ne s’écoute et où l’on parle fort. Là. Au milieu de la table, ils n’ont même pas vu qu’ils avaient pris la première bouteille, celle dont ils disaient – dix minutes auparavant en faisant des grimaces – qu’elle ETAIT BOUCHONNEE !!! Je suis contre les traditions. L’apéritif. C’est l’habitude insidieuse. Boire. Boire. Boire. J’ai peur. Du pineau. Du muscat, du frontignan. Ces mots-là dans la bouche s’accrochent et me donnent la nausée. Pourtant, j’aime le saucisson avec la peau et les olives. J’aime les gâteaux apéritifs. Je peux en manger des tonnes. Et ça, c’est le début. Il faut se méfier. Tu aimes les gâteaux et forcément tu commences à avoir soif, une envie irraisonnée de boire, d’attraper le verre que l’on te tend systématiquement. C’est malsain, on te tente. C’est la carnation du DIABLE. C’est Goethe !!! ou Güt !! Bref, on te tend ce verre qui est rose. Ça sent bon !!! Il faut bien le dire. Du rosé pamplemousse. En plus, ça dédramatise, il y a du pamplemousse, alors s’il y a du pamplemousse, ce n’est pas vraiment de l’alcool. Un verre appelle toujours un autre verre. Et tout devient flou. Et on ne se rappelle plus de rien. Pas même de la piscine ou de ce mec… J’ai peur. Des packs de 12, des canettes de 25 cl, surtout des 25 cl, parce que c’est pire que tout. Tu en ouvres une, puis une autre, et en rien de temps, tu es devenu accroc. Complètement alcoolique ! Et en plus ça fait des déchets ! Il faut y penser à l’écologie. Imaginez un monde sous les canettes, Tout serait vert, ou gris ou rouge. Ce serait un peu Noël toute l’année finalement ! Sans les guirlandes électriques (il ne vaut mieux pas d’ailleurs : liquide + électricité = dangers CQFD) L’HORREUR. NEIN HEIN !!! J’ai peur des noix, de l’alcool de noix. Le raisin me déclenche des crises d’angoisse. Je me ronge les ongles, je tire sur mes lèvres. J’ai des plaques d’urticaire. J’épluche les grains un à un. Je suis d’ailleurs devenue asthmatique. J’ai tout déballé une fois dans un restau, après être tombé dans les vapes. Un couple d’amoureux buvait du champagne… les bulles, moi, ça me fout en l’air… Bref, ce jour-là… Je lui ai avoué que je refusais d’avoir du vin chez moi. Un vrai soulagement. Le dire, ça m’a enlevé un poids. Il m’a dit : « c’est absurde. » (Il a ri). Il a ajouté : « Tu es sérieuse, parce que si c’est le cas, c’est ridicule ». Je n’ai rien osé répondre. Je lui déballais ma vie, cette peur profonde, une partie de moi. Et là, on vous répond que c’est ridicule. Mais, Monsieur, sachez que le ridicule ne tue pas. LUI. Je n’ai pas peur du ridicule. Depuis, il se moque sans cesse. SANS CESSE. Vous comprenez ces mots. SANS CESSE. Mais moi je m’en fous, je m’en fous, je m’en fous… J’ai ma conscience pour moi… Les placards sont vides. Je n’ai pas de tire-bouchon. Je ne sais pas s’il y a un mot pour ça… la phobie du tire-bouchon… Du bruit du liège. De ce petit bruit !!! Je ne peux pas faire autrement… Quand j’ai appris que le thème de la lecture portait sur la soif. J’ai cru devenir folle. L’anéantissement total. Presque soif. J’ai pensé au pire… Je n’en ai pas dormi de la nuit. J’ai culpabilisé. J’ai repensé à tout ce cheminement… au cycle des saisons, au printemps, aux oiseaux, à Hitchcok, au chai, aux vignes… je déteste les vignes !!! Avec leurs branches qui se tordent, leurs petites feuilles, leurs grappes… Là, sur le bord des routes ou sur des versants entiers. L’appel à la soif. En lettres blanches comme ailleurs… Buvez-moi !!! ou Buvewood – mais ça marche moins, cela pourrait être drôle peut-être… Je ris parfois seule de manière frénétique en m’arrêtant sur les voyelles ou lorsque c’est trop aigu. J’évite d’aller dans certaines régions, la Bourgogne par exemple, c’est exclu. Trop de vignes. Trop dangereux. C’est un problème, il faut pouvoir trouver des endroits où l’abstinence règne. Ici bas, c’est rare… Partout, c’est partout… Dans les villes. Dans la nature. Dans tous les milieux. Dans tous les pays. L’INVASIONNNNN. Les abbayes, même principe, on sait bien que tout ou presque… tout se passe là-bas. J’ai arrêté de croire en dieu… le sang du Christ c’est encore du vin à ce que je sache. J’ai peur. De l’étiquette. De la trace du verre sur la table. En plus ça ne part pas. Le sel c’est de la connerie, la tâche s’incruste, ça vous rappelle à cet état. J’ai peur. D’avoir les dents teintées. J’ai peur de commencer à aimer le vin. Je déteste le vin mais on ne sait jamais. C’est comme le café, j’en bois maintenant. Une dizaine par jour. Soif de CAFE. Pourtant, j’ai horreur de ça, je déteste ça, je mets des tonnes de sucre dedans, pour faire passer le goût. Avec le vin, c’est impossible. J’ai peur. C’est absurde, mais j’ai peur. Je n’invite personne à la maison pour éviter d’avoir à leur dire que j’ai peur d’avoir de l’alcool. J’ai condamné les placards, j’ai racheté un frigo (bien plus petit), comme ça je n’ai pas suffisamment de place. Je n’écoute plus Brigitte Fontaine, trop dangereuse et en plus elle aime le nougat. J’évite de porter du rouge. Je change de trottoir lorsque je croise des personnes avec des packs. J’ai peur. J’ai peur. J’ai peur. Pour moi, la fête de la musique, le beaujolais et le reste, c’est terminé. Je ne sors plus le samedi soir. J’évite le rayon des liquides dans les supermarchés. J’ai fait des choix, je ne bois plus de jus d’orange, trop près, trop proche, trop dangereux. « C’est absurde ». Il me dit que c’est absurde. J’ai peur. J’ai peur de ne plus avoir peur, de m’habituer à cette peur. Je ne suis pas anonyme. Je n’appartiens à aucun cercle et pourtant je suis Alcoolophobe Amnésiphobe Angrophobe Asthénophobe Athazagoraphobe Baryphobe Buticulaphobe Cervalophobe Je crois que c’est ça, j’ai peur. 

Lecture aux Cédrats /

Peur par VideoPoesie

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