Claudio Pozzani / Il portale della poesia


Coup de cœur. Véritable. Coup de cœur. Là. A cet instant. Pour. Les mots. Le rythme. Les textes de Claudio Pozzani. L’écriture vient des entrailles. Expulsée. Un timbre de voix. De la prestance. Du charisme. « Bonsoir, vous êtes bien… Je vais parler un peu en français, un peu en italien… Je commence avec une chose en français… une sorte de générique ». Claudio Pozzani: un outsider venu tout droit d’Italie. Sur les marches du Lycée Paul Valéry… l’interview pouvait alors commencer…

Pauline Catherinot: Plutôt thé ou café? 

Claudio Pozzani: Quand j’écris tout le reste m’indiffère… même manger alors  que c’est, pour moi, un grand plaisir.

Pauline Catherinot: Que lisiez-vous enfant? 

Claudio Pozzani: Je me souviens de Jack London, de Moby Dick de Melville, des bandes dessinées et que j’ai toujours détesté les fables.

Pauline Catherinot:  Est-ce que vos proches, d’une manière générale, ont soutenu votre démarche artistique?

Claudio Pozzani:   Oui absolument. Mes parents ont été exceptionnels, ils m’ont toujours poussé à suivre mes idées, même s’elles étaient folles.

Pauline Catherinot: Comment écrivez-vous? 

Claudio Pozzani: Chaque poème a une histoire différente. Parfois, je pars d’une phrase (qui souvent va devenir une sorte de refrain)… Parfois, c’est un travail plus long de montage… Parfois, c’est comme un flux qui coule.

Pauline Catherinot: Avez-vous un moment, un lieu pour écrire?

Claudio Pozzani:  Non

Pauline Catherinot: Avez-vous des thèmes de prédilection?

Claudio Pozzani: Cela peut être n’importe lequel… je n’ai pas vraiment de thèmes.

Pauline Catherinot: Vous parlez pourtant souvent des femmes…

Claudio Pozzani: J’aime essayer de  les comprendre , elles sont parfois si mystérieuses… Elles proviennent d’un autre univers.

Pauline Catherinot: Pourquoi avoir écrit un texte pour votre mère?

Claudio Pozzani:  Je viens d’un Pays où la « mamma » est une icône et pour un poète italien le fait d’être arrivé à 50 ans sans avoir écrit un poème sur sa mère est un scandale 🙂 . Le texte est venu en marchant dans un petit village. Tout le monde écrit sur sa mère. Je voulais voir notre rapport dans une perspective différente, le moment où je suis sorti de son ventre. Peut-être que nos regards se sont croisés… mais hélas, je ne m’en souviens pas! C’est incroyable le succès que ce poème a eu partout, de l’Asie à l’Afrique, ou encore en Amérique du sud…

Pauline Catherinot: Il y a également des références, dans vos textes, à l’Antiquité, au patrimoine… pourquoi ce choix? 

Claudio Pozzani: Je vis dans un Pays où il y a partout des trésors. Ils remplissent ma vie et mes yeux : impossible de ne les mettre dans ma poésie…

Pauline Catherinot: Est-ce que l’on pourrait dire que votre poésie est liée au corps? 

Claudio Pozzani: Totalement. La poésie ne provient pas seulement du cerveau, elle vient aussi de la sueur, du sperme, du sang.

Pauline Catherinot: Vous avez publié plusieurs recueils, dont Cette page déchirée, pourquoi avoir choisi ce titre?

Claudio Pozzani:  C’est la fin de « Je suis », un poème que j’aime particulièrement et il me semblait aussi bon pour un titre d’un livre.

IMG_9152Pauline Catherinot: Votre poésie est celle des images: êtes-vous influencé par le cinéma? On a parfois l’impression que le texte fonctionne comme un court métrage.

Claudio Pozzani: Je pense écrire mes poèmes comme s’ils étaient la description de visions… Je ne dirais pas que je suis seulement influencé par le cinéma, mais par tous les arts.

Pauline Catherinot: Est-ce que la traduction transforme le sens de vos textes ? 

Claudio Pozzani: Oui évidemment, mais sans elle il n’existerait pas de poésie, car personne ne connaîtrait les autres et sans lire les autres, on ne peut pas devenir un bon poète.

Pauline Catherinot: Quel est l’impact du français sur votre poésie?

Claudio Pozzani: Mes premiers amours littéraires ont été des français : Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud. Ma ville de rêve a toujours été Paris… Je crois que j’ai appris le français pour mieux lire ces poètes.

Pauline Catherinot: Pensez-vous à la mise en voix lorsque vous écrivez?

Claudio Pozzani:  Pas exactement. Il y a ma voix intérieure qui vérifie le son, le rythme, mais la façon de la dire en public c’est une deuxième écriture qui se déroule après.

IMG_0806Pauline Catherinot: Vous avez été chanteur dans un groupe de rock, est-ce que vous avez une certaine nostalgie en repensant à cette époque? Que chantiez-vous ? Et quel était le nom de votre groupe? 

Claudio Pozzani:  J’ai eu deux groupes rock, Cinano: qui faisait un rock très mélodique même s’il était dur; et Eczema: un rock bruitiste très extrême.  Je voudrais bien retourner sur scène, j ai d’ailleurs écrit de nouveaux morceaux rock. Mais je voudrais faire des spectacles très forts, étant donné que les groupes rock d’aujourd’hui sont, pour la plupart, mous et sans… (couilles) !

Pauline Catherinot: Quelle musique écoutez-vous?  

Claudio Pozzani:  Vraiment un peu de tout, comme en poésie. Il faut aller au delà de ce que nous aimons comme genre et explorer toujours des domaines nouveaux et inconnus…

Pauline Catherinot:  Quels sont les groupes, compositeurs ou chanteurs que vous aimez? 

Claudio Pozzani: The Doors, Beatles, Frank Zappa, Pink Floyd, Gainsbourg, Léonard Cohen, Crosby Stills Nash & Young, Sex Pistols, Berlioz, Mussorgsky, Erik Satie

Pauline Catherinot: Il y a une grande différence entre l’interprétation en « live » et celle qui figure sur votre disque « La Marcia dell’Ombra »… Comment s’est passé le travail en studio? 

Claudio Pozzani: Oui, je préfère la dimension live. Je suis comme « un chauve-souris », j’envoie des signaux à travers mes poèmes et je capte les réactions du public… C’est un dialogue charnel et « souterraine », au delà des mots…

Pauline Catherinot: Votre disque est resté pendant trois mois dans le Top 20 des radios indépendantes italiennes, comment expliquez-vous ce succès?

Claudio Pozzani:  Il faut préciser que ce classement ne correspondait pas aux meilleures ventes (hélas…) mais à la préférence des radios. Elles ne sont pas liées aux « network commerciaux », ce qui artistiquement est plus important. Je pense que le CD « La Marcia dell’Ombra » a été un produit absolument nouveau dans le panorama musical italien: Ce n’était pas seulement de la chanson à texte, pas seulement de la poésie, pas seulement du slam, pas seulement de la musique…

IMG_0604Pauline Catherinot: Peut-on espérer prochainement une performance musique et poésie… en France?

Claudio Pozzani: Je vous donne une nouvelle en avant-première,  je vais faire une série de reading-concerts à Paris en Janvier et puis un tour dans la France.

Pauline Catherinot: Qu’apporte la musique à la poésie et inversement?

Claudio Pozzani:  Dans le cas du CD, je voulais faire rentrer la musique dans les espaces entre un mot et l’autre… Créer une sorte de vêtement pour mes poèmes. En général, l’écriture d’une chanson et d’un poème sont deux choses très différentes pour moi.

Pauline Catherinot: Quel instrument préférez-vous ? 

Claudio Pozzani:  La guitare électrique sans doute!

Pauline Catherinot: Vous dirigez depuis 1995 le festival international Parole Spalancate, est-ce que vous pourriez nous en dire quelques mots? 

Claudio Pozzani: J’ai crée ce Festival quand en Italie il n’y avait plus de grandes manifestations de poésie et même littéraire en général. Cela a été un défi et un pari incroyable. Je me souviens encore des rires de ceux qui ne croyaient pas à notre projet. Moi-même je ne pensais pas, résister vingt ans. J’avais nommé le Festival » Genovantacinque », avec un jeu de mots entre ma ville et l’année… mais après l’année 2000, on a dû renoncer et l’appeler seulement Festival International de Poésie de Gênes (et puis « Parole Spalancate »). Maintenant, c’est devenu très difficile, avec la crise et l’indifférence de l’Italie face à la culture. Mais on résiste: d’ailleurs au-delà d’être le plus grand Festival de Poésie en Italie, on est aussi celui qui a le plus de longévité.

Pauline Catherinot: Qu’est-ce qui vous pousse à créer de nouveaux festivals? 

Claudio Pozzani: La curiosité, le défi de créer quelque chose de zéro… C’est l’envie de partager des moments d’intensité artistique avec d’autres personnes, et c’est aussi l’envie de donner aux poètes et à la poésie un instrument de diffusion en plus.

Pauline Catherinot: L’ouverture semble être pour vous un leitmotiv, comment l’expliquez-vous?  

Claudio Pozzani: C’est la curiosité qui me pousse… j’invite sur mon Festival, des poètes provenant du monde entier, sans me limiter à l’Europe ou à la Méditerranée. Si c’était pour moi, j’organiserais un Festival qui dure six mois et les autres six mois, je ferais des lectures partout dans le monde… La poésie est ma passion, mon amusement, ma profession, ma façon de m’exprimer.

Pauline Catherinot: Quelles sont les missions et le fonctionnement de la Maison Internationale de Poésie à Gênes?

Claudio Pozzani:  On l’a ouverte en 2001, grâce à Palazzo Ducale et à la Mairie de Gênes avec le but de créer un lieu où les poètes et les lecteurs de poésie puissent se rencontrer et discuter. Il y a soit les poètes déjà renommés, soit les jeunes auteurs.

DSC00600Pauline Catherinot: Vous travaillez dans différents pays où vous avez créé plusieurs festivals, la poésie ne semble pas avoir de frontières / Comment choisissez-vous les endroits où vous implantez ces nouveaux événements? 

Claudio Pozzani:  D’abord, je me renseigne pour savoir s’il y a déjà un Festival de Poésie. Et s’il n’existe rien de semblable, j’essaie d’en créer un. A plusieurs reprises, les mairies ou certaines fondations m’ont proposé de faire naitre un festival dans leur ville ou dans leur pays.

Pauline Catherinot: Comment s’est passée l’édition 2013 du Festival Voix Vives à Sète ? 

Claudio Pozzani: Un bon niveau de qualité des poètes invités et une bonne organisation. Il y a une très belle atmosphère entre nous qui sommes ensembles depuis des années. En plus, j’ai eu le plaisir d’accueillir cette année Voix Vives à Gênes.

Pauline Catherinot: Avez-vous fait des découvertes?

Claudio Pozzani: Je connaissais déjà la plupart des auteurs invités. Parmi ceux que je ne connaissais pas, j’ai aimé la poésie de Hagit Grossman, Sreten Vujovic, Dejan Aleksic. Et puis… Didier Calleja, pour ses performances extrêmes qui m’ont fait remonter à la liberté expressive des années ’60 et ’70.

Pauline Catherinot: Quel a été le moment le plus marquant selon vous ? 

Claudio Pozzani:  En ce qui concerne les lectures que j’ai pu y faire, j’ai apprécié la lecture sur le brise-lame. Mais pour ce qui est du festival dans son ensemble, j’ai été touché par l’hommage rendu à Michel Bismut: un grand artiste et un ami.

Pauline Catherinot: Comment s’est passée la collaboration (à l’origine) entre Les voix vives et votre festival?

Claudio Pozzani: Je collabore avec l’équipe de Voix Vives depuis le 1997-1998 et avec Maithé Valles-Bled, directrice de Voix Vives. On a toujours rêvé de faire quelque chose ensemble. On a commencé cette année et on va continuer avec de belles surprises…

Pauline Catherinot: Si vous étiez une citation? 

Claudio Pozzani: mah… Aujourd’hui je suis plutôt « Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir. »(Luc de Clapiers de Vauvenargues, Réflexions et Maximes, 1746)

IMG_0050Pauline Catherinot: Un lieu? 

Claudio Pozzani: le ciel sous la mer

Pauline Catherinot: Une couleur? 

Claudio Pozzani:  blue

Pauline Catherinot: Une page? 

Claudio Pozzani:  cette page déchirée…

Pauline Catherinot: Quel est votre endroit préféré? 

Claudio Pozzani: Là où il n’y a pas des casse-pieds

Pauline Catherinot: Quel est votre mot préféré? 

Claudio Pozzani:  Infini

Pauline Catherinot: De quoi êtes-vous le plus fier?

Claudio Pozzani: De ma liberté

Pauline Catherinot: Quels conseils donneriez-vous à un jeune poète? 

Claudio Pozzani:  Lire, lire et encore lire. Et surtout vivre « au fond ses rêve »s. On écrit à travers nos sens, nos souvenirs, nos envies, nos désirs…

Pauline Catherinot: Avez-vous réalisé vos rêves? 

Claudio Pozzani: Je pense que oui. Je voulais voyager dans le monde en faisant des spectacles. C’est plus ou moins ce que je fais. J’ai vécu mon premier demi-siècle comme un rêve. Je suis un homme heureux.

Pauline Catherinot: Et une dernière question, Un recueil prochainement? Des projets d’écriture?

Claudio Pozzani: Oui, un recueil-essai en Italie en octobre. Il s’agira de « Orlo » un long poème politically incorrect, contre l’hypocrisie et l’ignorance…

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Merci beaucoup de me faire découvrir ce poète contemporain !

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