Exposition: L’Étoffe même du corps


« Pour le dernier week-end de l’exposition de l’étoffe même du corps à la chapelle du quartier Haut à Sète, nous avons mis en place un décrochage apéro  avec une discussion autour du corps et de l’expérience de l’étoffe… Pour cela nous avons invité nos cinq modèles, un chercheur en neuro psychologie, une auteur, et autres performeurs, musiciens sculpteurs qui ont enrichi cette expo. Nous parlerons de façon informelle de ce que nous avons vu, entendu à propos de l’expérience du corps et de l’image du/des corps. Nous vous attendons nombreux. » Cédric, Hélen / Samedi 8 février de 16 h à 19 h / Chapelle du quartier haut – rue borne – Sète

Un petit week-end à Sète afin de voir l’exposition. Il y a des affiches un peu partout dans la ville et pour l’heure (vendredi soir), les portes sont fermées. Il faudra attendre pour découvrir le travail, la réalisation du projet, les textes.

Nous avons rendez-vous le lendemain à la Chapelle du Quartier Haut pour une rencontre avec Hélen et Cédric. Les deux photographes expliquent les grandes lignes du projet, la scénographie (en trois temps, en trois salles), le protocole, le travail avec les modèles. Les photographies ont été prises pendant un temps limité à la Chapelle du Quartier Haut sans directives. Les modèles – libres de leurs gestes, de leurs mouvements. Une semi-nudité. Il y a un lien, je le crois, entre l’œil du photographe et celui de l’auteur. Ils scrutent le monde, perçoivent un détail, une ombre, un contour. Seul l’outil diffère. Ce fut une très belle expérience que je renouvellerai avec plaisir. C’était très étonnant de voir les textes en grands formats, habillés, esthétiques. Avec un corps. Un corps posé sur un mur blanc. Des yeux pour les lire. En vrai. Là devant, juste devant moi. Cela n’arrive pas souvent. L’écriture est un travail de l’obscurité, de l’hermétisme aussi (parfois) aux autres. L’espace de la lecture est un espace de l’isolement. Et le barrage a été ici balayé par ces couloirs de murs blancs, où le mot prend de la place. S’installe discrètement sous le papier photo, sous le corps. Une parole autre, le point de vue légèrement décalé. Une proposition.

Les Textes:

1/ Les pensées éparses s’agrippent aux boucles de la féminine. Allongée là, les épaules plaquées sur la terre brune, elle invite au contraste et à la raison. Elle, la femme-musique, place un silence (entre ses lèvres ) pour que de l’autre côté du cadre… on entende sa lente respiration…. la parole envoûtante, son « choeur » à l’unisson.

2/ Dans une étreinte, les morceaux de chair se délivrent et s’embrassent tendrement. L’imbrication comme un élan passionné. Le baiser corporel laisse échapper des pores la vapeur sensuelle. La douceur. Le profond. Murmurés d’une écorce à l’autre.

3/ Corps à la verticale détourne le monstre-horizon, laisse les ombres dansées dans la nef. Pieds plantés effleurent lentement les contours d’une croix et se plongent dans les cordes pour les tordre (à rebours dans des recoins-épidermes) Là, à cet endroit… Il dévore la marche et reprend. le mouvement imaginaire.

4/ La beauté d’une regard derrière un poing. La douceur. La force. Le mélange des éléments absorbés dans les gouttes de sueur. Peut-être salées.

5/ Tête morcelée. Bouche au-dessus d’une barbe (lui dire que…) Gorge ouverte esquissée dans le mouvement-dansé. Revenir à des états de grâce, des états de crise… Boule de nerfs sur une autre épaule. A gauche. Le corps agrafé par les courroies sanguines. S’interrompt. Dans le silence. A un instant précis. Se repose.

6/ L’identité se trouble et vient contorsionner la vertébrale. La lente plongée dans une folie passagère. La main se serre, les muscles se transforment dans le tissu. La forme-corps est une métamorphose inquiétante ou sublime. Tout dépend de l’endroit où se situe le monde. Tout dépend de l’endroit où se situe le néant. Lumière-soleil sur le flanc, la respiration nouvelle provient des côtes. (Irradiant le reste ou se répercutant dans les interdits)

7/ Doigts écartés maintiennent l’équilibre. La tension. Sur le plateau. Le danseur éprouve le centre gravité et le corps-mouvement. Comme Laban. Comme Bausch. Tête contre sol. Peau contre peau. Le plexus s’ouvre. Les plis, les trous, les poches se tendent dans la diagonale. L’énergie maîtrisée. Doigts écartés, points d’appuis. Pour se purger de ses émotions. Et lutter encore. Dans l’élan.

8/Muscles liquides. Visage recouvert par les paupières. Ouvertes. Les yeux percent les trajectoires. Les mains sont vivantes et protègent une sphère fragile et précieuse. Qu’il faudrait contourner. Tourne. Tourne doucement pour ne rien briser. Tu entends ? Comme ça tourne sous mes doigts. Tu entends, comme ça se propage en moi ? Je tiens là… un morceau d’éternité. L’immensité est recouverte de fils et d’os. J’appuie doucement pour que rien n’éclate. J’appuie doucement. Les phalanges épousent cette forme. Je ne suis qu’un. Je deviens ce elle. Ce petit morceau d’éternité.

9/Juste une route dans l’empreinte sinueuse d’un dos qui invite à le suivre. L’œil s’arrête sur une cicatrice de trois centimètres. Que la main voudrait approcher. Passer à travers l’image. Aller dedans. Dans le cadre. De l’autre côté. Toucher. Effleurer. Ne pas abimer. Être dedans. Avec lui. Dedans. Ne pas pervertir la courbe. La laisser dans cet axe. Axe superbe. Longiligne. Juste suivre et aller dans la même direction que ce dos. Dans la même direction que toi. Le dos à oreilles percées. Je te suis. Toi, le dos retourné. Je te suis. Toi et tes lignes sinueuses. Je te suis sans attendre ton invitation. Tes épaules. Tes coudes. Tes reins. Comme une invitation à un voyage clandestin. Je te poursuis. Toi, le dos retourné. Je te poursuis encore sur des routes sinueuses. Je te devine. Je t’articule. Je te mets dans le mouvement. Je t’arrête. Et tu me survis au-delà des frontières de cet œil qui scrute, qui scrute encore. Du bout de l’index. Je te poursuis une fois encore. Sans un mot. De ce côté là. Enfermée dans le silence d’une page. Un soir d’hiver. Un verre de vin. Au bout des lèvres.

10/ Silhouette-sonate. Contre. Le torse. Contre. Posé. Moitié de corps. Fait de bois et de magma humain. Les doigts caressent les cordes. La sensation se propage et devient caisse de résonance dans les organes, à l’interne. La bouche se disparait, s’absorbe elle-même, le souffle avalé dans les cordes. Le ventre est une contrebasse. Dans la barque, sur les eaux froides… la dernière leçon du maître se joue. La note provient d’un engagement du corps entier. La fusion des matériaux… bois, magma humain et âme flottante. Tout cela pour donner à entendre le son. Que le son puissant et fragile.

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