Motopoétique


Éloge de la sensation, l’exposition Motopoétique présente, avec plus de 200 oeuvres, l’art contemporain dans sa relation à la culture moto et une poétique de la moto, une culture visuelle. C’est aussi la relation qu’entretiennent l’homme et la machine.

Pour Paul Ardenne, commissaire de l’exposition et auteur de Moto, notre amour, « la moto est paradigmatique du rapport que l’homme peut établir avec la machine ». 42 artistes nous invitent à l’exploration de cultures parallèles et éveillent une nostalgie du XXe siècle, jusqu’à une vision toute contemporaine avec des oeuvres inédites. (Source: MAC)

J’ai croisé plusieurs fois l’affiche de l’homme à la moto qui suivait une ligne. Les bras dans le vent. Suivre la ligne. Sous le casque noir. J’ai percuté bien plus tard que Chloé Mons y serait pour une performance. J’ai pensé, une seconde, que ce serait l’occasion de la croiser et de lui dire quelques mots. En vrai. Sans intermédiaire. Et que tout cela pourrait se faire lors du vernissage de l’exposition Motopoétique. Il faut parfois rêver. Sur une ligne. Sous un casque noir. Les bras dans le vent. Sur une trottinette des années 70. Le sac est lourd. L’enchaînement des cycles, des métiers. Pourtant la motivation. Se dire « peut’être ». Alors dévorer les espaces, les étages et se retrouver au premier et découvrir la multitude de machines. J’avoue je ne suis pas vraiment sensible à ces engins. Pourtant. Hier. J’imaginais voyager à bord de l’un de ces bolides. Les boucles lissées par le kilométrage sauvage. S’asseoir et regarder un film. Une femme. Des cheveux qui se libèrent du casque. C’est beau. La liberté. Je suis désormais dans la salle de la moto qui dégueule des perles roses. Elle doit avoir un nom cette machine noire.

La performance ne devrait pas tarder à commencer. Un caméraman est là. Il se prépare depuis plusieurs minutes. La salle se remplit peu à peu. Elle entre enfin. Sa voix d’abord. Dans une robe noire. Les pieds nus. Elle s’approche, me glisse à l’oreille « Désirer la flamme avant le brasier ». La garder cette phrase. La noter sur le moleskine. Elle tourne autour de la moto. Scande les mots. Une transe dans la maîtrise. S’évade. Pieds nus… se colorent… deviennent noirs. Elle chante. Bruits de perles. « Je suis fourmis ». D’autres voix se font entendre de l’autre côté, dans une autre pièce. La proximité sonore perturbe parfois l’écoute. Les conditions ne sont pas optimales et pourtant elle s’accroche aux mots. L’énergie est libre et sensuelle. Les mains s’emparent du crâne fluorescent. « Vision »… La silhouette tourne et chuchote des mots invisibles dans le creux de l’oreille anonyme. La robe noire disparaît dans la foule. Comme une apparition. Comme un rêve. Chloé Mons est partie.

Je me dirige vers la sortie. Griffonner des mots derrière un texte de théâtre. Un Beckett et se couvrir d’un courant d’air. Le souffle léger sur la laine.

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