Hôtel Amour


2014-04-05 13.26.47Un rendez-vous. A Paris. A 15 heures. Dans un hôtel. Descendre à Pigalle et se diriger vers une petite rue. Suivre les lettres roses. AMOUR. En face. Un immeuble en travaux. Une enseigne « serrurier ». Repérer les lieux: une pharmacie (qui sera utile plus tard – une boulangerie – des gaufres de Bruxelles… à Paris – un fleuriste – des boutiques de fringues). Il y a du monde. Le soleil est là. C’est le printemps. Les gens sont à la terrasse des cafés. Ils mangent, prennent le thé, le café. Revenir sur les pas. A cet Hôtel. Prendre quelques photos. Petit pincement de poitrine (avoir imaginé pendant de longues heures cette rencontre). Chercher une silhouette derrière les carreaux. Il y a des rosiers de part et d’autre de la porte. Se décider à entrer. S’installer sur une banquette. Relire les notes. Attendre. Un peu. La porte s’ouvre. Chloé Mons est là. Dans une robe noire. Un pendentif au cou (un révolver). Une bague. Un bracelet. Le tatouage sort doucement du tissus. Elle s’installe. Nous essayons de commander (en vain). Il y a une telle effervescence ici. L’interview commence alors dans l’attente de. Un citron pressé. Un jasmin mandarin.

Pauline Catherinot:   Nous sommes à l’Hôtel Amour: pourquoi avoir choisi ce lieu? A-t-il une symbolique pour vous?

Chloé Mons:   C’est près de chez moi. C’est un lieu que j’aime. Il est un peu comme une grande maison. Ce n’est pas guindé comme un hôtel chic, ce n’est pas non plus la brasserie du coin de la rue. Je m’y sens bien.

Pauline Catherinot:    Est-ce que vous y venez pour écrire ou est-ce tout simplement un lieu où vous venez déjeuner?

Chloé Mons:   En général, je viens pour des rendez-vous. Il m’arrive de venir avec des amis. J’écris plutôt avant ou après. Je n’écris pas ici.

Pauline Catherinot:   Avez-vous un lieu pour écrire ou écrivez-vous partout?

Chloé Mons:   J’écris assez peu chez moi. J’écris dans des cafés, des restaurants. Cela peut être le bus, le train. J’aime bien les endroits où je suis de passage. Les transports sont propices à l’inspiration. J’écris dans des lieux où je ne reste pas… où il y a de la vie à regarder. Le fait d’être entourée… c’est marrant… mais le fait d’être entourée d’agitations  et de vie fait que je suis concentrée. cela me renvoie à moi-même d’une façon peut-être moins dramatique que si j’étais seule. Cela dédramatise… de voir les gens vivre autour.

Pauline Catherinot: La performance jalonne votre parcours. Comment vous préparez-vous à une perf’?

Chloé Mons: Je fais de nombreuses performances avec Myriam Mechita. C’est une rencontre artistique importante. On se connaît maintenant depuis très longtemps. On a la même esthétique mais dans des domaines très différents. Elle est plasticienne, moi, musicienne. Mais, on se comprend bien. J’aime beaucoup les performances comme celle pour Motopoétique par exemple, à Lyon. C’est du rock’n roll pur… ça dure peu de temps, c’est sauvage, punk… éphémère. J’aime ça. En général, on les prépare un peu avec Myriam. Elle me dit ce qu’il y aura comme pièces. Je propose des choses. 

Exposition motopoétique (Musée d'Art contemporain de Lyon)
(c) P. Catherinot

Pauline Catherinot: Vous jouez du ukulélé… comment se passe la création? Est-ce la musique ou le texte qui apparaît en premier? 

Chloé Mons: La mélodie me vient en chantant, je ne compose jamais sur un instrument. Je compose toujours en chantant parce que je sais comment ça doit sonner.

Pauline Catherinot: Vous fredonniez un chant pendant cette performance: comment vous est-il venu? 

Chloé Mons: C’était complètement improvisé. J’avais quelques mots que Myriam avait écrit. J’ai fait mon marché dedans. J’y suis allée comme ça, c’est vraiment de l’instantané. Il y avait une ambiance… blues, sauvage.

Pauline Catherinot: Désirer la flamme avant le brasier

Chloé Mons: Oui je chuchotais cette phrase à l’oreille (pendant la performance)… il y avait autre chose… « pour gagner, il faut jouer ». J’avais fait cela aussi pour une autre performance à Toulouse où je passais d’une oreille à l’autre. C’était beau. Il y a de tout: des gens qui ont peur, qui disent « ne m’approchez pas ». La performance est un format que j’aime, brutal avec ses imprévus, ses surprises. L’humain est là avec ses défenses ou son accueil.

Pauline Catherinot:    Vous avez été, pendant plusieurs années, la muse du photographe: Tom Sewell. (Vous trouverez des photos sur son site)

Chloé Mons:   C’est quelqu’un que j’ai rencontré quand j’avais quinze ans. C’est une grande histoire d’amour et une longue collaboration artistique.

2014-04-05 14.39.02Pauline Catherinot:    Vos chansons sont très photographiques. Il y a des moments de suspension dans vos textes, dans votre musique. Est-ce qu’on peut y voir un lien avec cette période de votre vie? Est-ce que vous écrivez par images?

Chloé Mons:   J’ai des flashs. J’ai souvent des images effectivement. Cela me vient comme ça. J’ai toujours fait beaucoup de photos en tant que modèle. J’aime bien faire des images.

Pauline Catherinot:    Votre père est fréquemment allé en Inde… est-ce que l’enregistrement de votre album… là-bas… était une façon de lui rendre hommage?

Chloé Mons:   C’était reconnaître cette partie-là de ma vie… le lien que mon père entretient avec cette terre. Sans mon père, je n’aurais pas ce lien si particulier avec ce pays. C’est évidemment lié à lui, c’était une façon… je dirai… d’inscrire les choses avec mon père, de raconter notre histoire, de lui dire des choses.

Pauline Catherinot:    Combien de temps êtes-vous partie en Inde? et est-ce que vous aviez écrit la musique et les textes avant votre départ.

Chloé Mons:   Un mois. Je suis partie avec Yan Péchin, mon frère Barnabé, un batteur: Stoby (orthographe du nom à revoir?), le producteur et sa femme. J’avais écrit l’album en amont. On avait maquetté le disque avec Yan à la maison. Tout était prêt. Il ne nous restait plus qu’à jouer ensemble.

Pauline Catherinot: Votre album Soon est en fait la deuxième version… Comment avez-vous décidé de « refaire » ce disque? Comment avez-vous remplacé par exemple le violoncelliste qui était présent lors du premier enregistrement? 

Chloé Mons: Quand j’ai décidé de refaire ce disque… l’idée n’était pas de refaire exactement ce que l’on avait fait. C’était impossible… vue comment je travaille. J’ai pensé « simplicité »… ça allait être fait à la maison. L’enregistrement s’est fait autrement. Je suis très contente du disque… mais c’est un autre disque. Pour le prochain, il y a des cordes, ce sera en français. Ce sera ma revanche.

Pauline Catherinot: La formulation des Titres (de vos chansons) vient-elle facilement?

Chloé Mons: Parfois, avant d’écrire, je sais où je veux aller et je donne le ton. Et quelques fois, j’écris le texte et je prends un mot, un fragment de la chanson.

Pauline Catherinot: Votre album comporte douze chansons? Avez-vous écarté des chansons?

Chloé Mons: Il me semble qu’il y en avait une ou deux de plus… que j’ai écarté… et qui une fois maquettées, étaient moins intéressantes.

Pauline Catherinot:    Votre prochain album sera en français, pourquoi ce retour à votre langue maternelle?

Chloé Mons:   Je crois que l’histoire avec les Américains en Inde, ça m’a un peu vaccinée de anglo-saxon. Et puis, je ne sais pas. C’est le moment. Quand je suis rentrée de ce voyage en Inde avec cette histoire… ça a été un tel réconfort de rentrer à Paris, de retrouver ma maison. Tout était musique mélodieuse… la langue. J’aurais embrassé le ciment, le béton, les trottoirs. Tout était magique! J’écris de nouveau en français.. des chansons et également un petit livre.  J’ai l’impression de redécouvrir ma langue. C’est très agréable.

Pauline Catherinot: Comment est née votre collaboration avec Yan Péchin? 

Chloé Mons: On s’est rencontré parce qu’il jouait avec mon époux, avec Alain. C’est le premier qui m’a fait confiance. J’avais fait des maquettes pour Chienne d’un seul. J’avais bien avancé sur les morceaux, et puis, d’un seul coup, c’est devenu possible de faire des premières parties. J’ai proposé à Yan. Je lui ai dit: « est-ce que ça te dirait qu’on essaye?  » ET on est allé dans un studio de répétitions et ça a collé tout de suite. Yan est quelqu’un de très instinctif. Il m’a bien comprise. C’est comme s’il s’était branché sur moi et que je n’avais rien à lui expliquer. C’est très naturel.C’est très précieux et très rare. Je n’ai jamais vécu cela avec un autre musicien. C’est instinct là, cette symbiose naturelle… je ne la connais avec personne d’autre.

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Pauline Catherinot: Influence-t-il, d’une certaine façon, votre musique? 

Chloé Mons: Il donne sa couleur. Après quand je lui propose un morceau, celui-ci est déjà composé et écrit. Je compose seule. J’écris seule. Et ensuite, il met sa couleur. Quand je vais chercher un musicien, c’est pour avoir sa couleur.

Pauline Catherinot: Est-ce que vous avez travaillé de la même façon avec Rodolphe Burger qu’avec Yan Péchin… je pense notamment à Calamity Jane ou au Cantique des Cantiques.

Chloé Mons: Cela n’a rien à voir. Avec Rodolphe, on a travaillé sur le Cantique, sur Calamity. On a jamais vraiment joué ensemble. On a fait quelques scènes, mais l’essentiel de notre collaboration s’est passé en studio. Il n’y a pas d’alchimie particulière. C’est un excellent guitariste. Mais je n’ai pas ce lien, presque viscéral, comme avec Yan…. Yan c’est viscéral. Il est branché sur ce que je fais, sur ce que je suis. Sur scène, je vais chanter d’une certaine manière, avec un certain timbre et il va comprendre où je vais immédiatement.

Pauline Catherinot: Il parvient également à cela lorsqu’il accompagne Brigitte Fontaine

Chloé Mons: Oui, tout à fait. Yan est instinctif. Il se met au service de l’artiste avec lequel il joue. C’est pour cela qu’il a fait pleins d’albums de raï. Il peut jouer un peu n’importe quoi avec n’importe qui. C’est quelqu’un d’exceptionnel. Il s’adapte aux autres tout en racontant sa musique à lui. Et c’est là qu’il est très fort. C’est un virtuose. Il est incarné et en même à l’écoute. C’est très rare. Il a une générosité qui est exceptionnelle.

Pauline Catherinot: Comment travaillez-vous? Je pense aux répétitions. 

Chloé Mons: On discute très peu. On voit la setlist ensemble. Yan a toute sa place dans ma création. Mon dieu, je suis heureuse de travailler avec lui. Mais on ne parle pas beaucoup. On fait plus qu’on ne parle. On répète et voilà…

Pauline Catherinot:    Quelles seront les différences entre l’enregistrement studio et le live? Vous serez en effet en concert le 9 Avril à la Scène du Canal-Jemmapes.

Chloé Mons:   Il y aura bien évidemment des différences. Nous serons trois sur scène: Il y a la vie, les improvisations. Je laisse toujours une part à tout cela. Il y a des morceaux qui vont certainement durer plus longtemps… parce qu’on va le sentir. C’est du sensuel tout ça. Cela passe par quelque chose de très sensuel entre les musiciens.

Pauline Catherinot:  Est-ce que les morceaux seront tous issus de l’album Soon? 

Chloé Mons: Il y aura les chansons de Soon, Calamity… qui est un moment un peu à part où il y a la lecture de lettres. Il y aura quelques anciennes chansons.

Pauline Catherinot:  Par quel morceau allez-vous introduire le concert?

Chloé Mons: Ganpatipule Hôtel, le titre qui ouvre l’album. C’est un morceau d’ouverture je trouve.

Pauline Catherinot: Est-ce que votre concert sera organisé autour d’une scénographie? Utiliserez-vous le film que vous avez tourné lors de votre voyage? 

Chloé Mons: Non. C’est quand même deux heures de film. C’est long. Il n’est pas fait pour être projeté pendant un concert. C’est un film à part  entière. ce serait super de le faire diffuser. Pour ce qui est de la scénographie… c’est la musique d’abord. Comment dire? Si j’avais trois cents dates… je pourrais penser à ce genre de choses… bien sûr…  avec plaisir. J’aimerais beaucoup avoir les moyens. Mais ce n’est tellement pas le cas que je reste axée sur l’essentiel. Je suis là pour chanter, pour prendre du plaisir, en donner. Nous sommes là avec les musiciens. C’est d’abord ça.

Pauline Catherinot: Quelle sera la durée du concert? Est-ce que vous pourriez faire un concert de deux heures par exemple?

Chloé Mons: Je n’ai pas envie d’ennuyer les gens. Je sais que l’attention des humains…On n’est pas réceptif pendant très longtemps. Quand je vais à un concert et que ça dure trois heures, ce n’est pas possible pour moi. On sera donc sur une heure et demie… sachant que ça peut être un peu plus, un peu moins. On se laisse une marge. On sait à peu près où on va avec un quart d’heure de battement…. selon le public, un morceau qu’on rajoute.

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Pauline Catherinot: Alain Bashung a dit à votre sujet: « Une crinière blonde abrite un chant revenu d’un long voyage. Celui qui n’oublie rien des recoins de la violence des sentiments. Si un jour vous croisez le blues de Chloé Mons, vous aurez la preuve d’un fort signe de vie. » 

Chloé Mons:  J’ai souvent cette impression d’avoir cinq cents ans. J’ai ce côté, qui physiquement, peut paraître assez léger. Une fille blonde, très incarnée… qui met des talons hauts. Et en même temps, j’ai le sentiment d’être une âme ancienne. Alain l’avais bien compris…. Comme une vieille indienne. Je pourrais être une vieille indienne.

Pauline Catherinot: Il y a souvent, lorsque l’on vous entend, vous voit… le lien à l’âme, à l’incarnation, mais également à la liberté. Comment faites-vous pour être à ce point à l’écoute de votre environnement et dans un même temps, comment faites-vous pour vous protéger? 

Chloé Mons: C’est une drôle de balance et en même temps, je trouve que je suis très douée pour la vie. Je suis ouverte au monde, très incarnée. Dans la vie. J’aime faire la cuisine. J’aime être avec ma fille, voir des amis, mettre du vernis à ongles. Je suis ancrée dans l’essentiel. Ma maison est un lieu de repli absolu. N’y rentre pas tout le monde. Ma création est une chasse gardée. Et pendant que je mets du vernis à ongle. Je suis là. J’écris. C’est naturel d’être dans les deux très fort. Je pense que l’un nourrit l’autre. Sans cette profondeur, sans cet ancrage dans les choses essentielles… Ce sont les racines. La vie me serait insupportable. Ce serait difficile de vivre ces journées en étant si lucide et si réceptive.

Pauline Catherinot: Est-ce que c’est plus difficile de faire de la musique quand on est une femme? Une femme libre?

Chloé Mons: C’est sûr… et ça touche tous les domaines. Que l’on soit médecin, politique ou chanteuse c’est comme ça… de tous temps et de partout. Quand on est une femme créatrice, que l’on ose… on est un peu considéré comme une sorcière… au moyen-âge, on m’aurait brûlée. On est craint. Quand on est une femme et que l’on crée, ça effraie et ça met à distance. C’est une position assez complexe et qui n’est pas confortable dans la société. Il faut être solide.  On échange beaucoup sur tout ça… avec Myriam ou encore Claire Denis. C’est très étrange, une famille qui crée, qui pose les questions importantes, essentielles et qui fabrique une matière particulière… c’est difficile pour la société, ça reste quelque chose de difficile… d’assez inacceptable en fait… La liberté se paye cher. C’est un prix de solitude.

Pauline Catherinot: Qu’est-ce qui est essentiel, selon vous, dans la vie? 

Chloé Mons: La liberté je crois… le fait de pouvoir diriger sa vie comme on l’entend. Tourner à gauche, à droite… le décider. Il faut se rappeler quand même que l’on est en France… qu’il y a peu de pays où c’est possible. Je m’en rends compte, surtout en tant que femme. La création, c’est essentiel. Mais je pense que ça l’est au point de… la création est comme un philtre que les artistes créent pour pouvoir supporter le réel. Après, le public est invité à regarder à travers ce philtre.  Je crois que c’est Cocteau qui disait qu’un monde sans artistes serait comme un monde sans oiseaux. Il est important de donner une vision autre des choses… à travers ce prisme magique. L’amour aussi est essentiel. L’amour sous toutes ces formes. D’homme à femme. D’homme à homme. L’amour amoureux, charnel. L’amour que l’on a pour un enfant, pour une personne.

Pauline Catherinot: Est-ce que c’est la musique coûte que coûte ou est-ce qu’il y aurait d’autres formes d’expression, d’arts… Vous avez été comédienne par exemple.

Chloé Mons: Le métier d’acteur est différent. Mais ce n’est pas la même chose entre le fait d’être l’outil de quelqu’un et fabriquer sa propre came. C’est très différent. Quand je joue, ça m’amuse beaucoup de mettre un costume et de jouer pour quelqu’un, ça m’amuse… mais ce sont des vacances…. par rapport au fait de faire un disque. Il y a un boulot de dingue. Pour moi, jouer la comédie c’est super, c’est Miami… ça arrive un peu trop peu. Cela me ferait du bien de faire ça plus souvent. La musique là où je me retrouve le plus. C’est ce qui me donne du plaisir. La musique me sauve tous les jours. Une journée qui commence mal… et bien la musique peut me sauver. Elle sauve la vie de pleins de gens, les journées de pleins de gens. La musique, les mots me comblent. Maintenant si on me privait de musique, je trouverais une autre façon de m’exprimer. La création peut prendre de nombreuses formes. Si j’étais entre quatre murs… en prison… je prendrais un crayon, du papier. Dessiner. Écrire. Peindre… La musique me fait décoller… que je la fasse ou que je l’écoute.

Pauline Catherinot: Quel est votre premier souvenir lié à la musique? 

Chloé Mons: Je pense que c’était chez mes parents. Ils écoutaient beaucoup de musique. J’ai des souvenirs des Doors, des Pink Floyd chez mes parents.

Pauline Catherinot: Quel est l’artiste qui vous a le plus marqué?

Chloé Mons: Je ne sais pas… peut-être Jim Morrison. Il est né le même jour que moi.  Sa voix m’a accompagnée… parfois de manière inconsciente. Il a souvent été là. Il avait une présence rock, c’était en même temps un rêveur.

Pauline Catherinot: Entre votre album Chienne d’un seul, votre premier disque solo, et le dernierquelles sont les évolutions que vous remarquez? Le premier album pourrait apparaître comme un cri, le dernier est plus intérieur. Il y a davantage de fragilités dans Soon. 

Chloé Mons: Chienne d’un seul était en français, j’ai beaucoup de tendresse pour ce disque. C’est un peu la genèse, c’est un peu brut de décoffrage…mais c’est ce que je suis vraiment…. avec des maladresses, toutes les maladresses des premiers disques des premiers disques. C’est violent, en même temps… il y a toutes ces dentelles de guitare… de Yan… C’est tellement magique.

Pauline Catherinot: Pourrait-on parler d’une rage de dire dans le premier? Et que pourriez-vous dire des pochettes de vos albums? Il y a un contraste entre la pochette de Soon: blanche, éclatante, intérieure peut-être et les précédentes… 

Chloé Mons: C’est vrai, il y avait beaucoup de colère, une sorte de rage adolescente. C’est mon album le plus punk. C’est un album organique. Il fallait que ça sorte. J’avais de la colère. C’était comme un volcan il fallait que cela explose. Il est normal qu’après plusieurs disques,ce soit autre chose… ça mûrit. J’ai vécu beaucoup de choses aussi depuis. J’ai une vie bien remplie. Elle est certainement plus calme aujourd’hui, plus posée. Sur la pochette de Soon, je ferme les yeux, je suis dans le vent…

2014-04-05 16.22.40Pauline Catherinot: Les mélodies de Soon entraînent l’auditeur vers un monde intérieur. C’est un album très intime. Vous semblez vous laisser aller à une certaine fragilité. 

Chloé Mons: C’est vrai que le dernier quand je l’ai composé… j’avais déjà l’Inde en tête. J’ai composé avec des petites boîtes à rythmes indiennes.J’avais déjà cette idée-là, je savais que je voulais enregistrer là-bas. J’étais dans l’idée de la mélodie, je voulais des mélodies. Je voulais quelque chose de mélodieux. J’étais dans quelque chose de plus harmonieux… j’osais être dans quelque chose de joli. Dans le premier, je n’avais pas envie de ça… j’avais envie de hurler… j’étais en bataille sur Chienne d’un seul. C’était un cri de guerre. Soon, ça ne l’est pas… sauf au niveau de l’histoire du disque, c’est une autre  forme de guerre. Dans ce disque, j’étais très à l’écoute… C’est un disque qui parle beaucoup d’amour, de l’attente de l’amour, de ce que c’est que d’attendre le prince, de l’espérer, d’écouter le bruit de son cheval… d’espérer sa venue derrière la porte.

Pauline Catherinot: Est-ce que vous avez trouvé des réponses? 

Chloé Mons: Sur l’amour?

Pauline Catherinot: Oui.

Chloé Mons: Je l’attends encore. Mais bon, je traverse la vie… j’expérimente

Pauline Catherinot: Quel sera le contenu du livre dont vous parliez précédemment?

Chloé Mons: Ce sera… je ne sais pas encore… je suis en chantier. Ce livre s’arrêtera, c’est sûr, lorsque j’aurai trouvé le prince. C’est une sorte de période de jachère où la vie m’envoie un peu dans tous les sens, dans tous les coins… dans toutes les choses extrêmes, bizarres, folles. Je suis en jachère. Ma vie est en jachère. je n’attends qu’une chose, c’est que ça se calme… de trouver la bonne personne. Et là, ça s’arrêtera, j’arrêterai. Le livre sera fini. Il parle donc de cette période riche et libre que je traverse entre Alain et …

Chloé Mons (polaroïd)

Pauline Catherinot: Vous cherchez une âme sœur… 

Chloé Mons: Pourquoi on se pose avec quelqu’un? On sent que l’on peut avancer ensemble… sans s’emmerder, en se comprenant, en se donnant des choses. J’ai toujours eu de belles histoires entrecoupées de désert. C’est normal. Je vis l’amour, comme avec Tom ou Alain, je vis l’amour comme une grande aventure. Une grande aventure à deux. Une fresque que l’on écrit à deux. J’ai toujours créé avec mes hommes. Je ne sais pas comment faire autrement. Peut-être que la prochaine fois, je serai avec un mec qui ne fait rien de créatif… mais, j’en doute. Quand on est artiste, on a envie de transcender ce que l’on vit. J’ai toujours été avec des artistes et j’ai toujours créé avec eux. Pour moi, l’amour c’est une grande aventure. Une aventure de tous les jours. C’est la chose la plus intéressante dans la vie, la plus palpitante. J’adore le quotidien avec un homme. Je n’ai jamais eu peur du quotidien, je n’ai jamais trouvé ça chiant. Il y a tous les jours des choses à vivre, à ranimer, à sauver, à inventer. J’adore me coucher tous les jours avec le même homme. J’adore la constance… là-dessus, je suis complètement décalée par rapport à la société. Je suis une femme très constante quand j’aime un homme. J’aime l’amour, le véritable amour… l’amour jour après jour…. J’adore ça. Le jour où j’ai rencontré Alain, où j’ai su qu’on allait s’installer ensemble… c’était extraordinaire…. merveilleux.

Pauline Catherinot: Vous l’avez rencontré sur le tournage du clip réalisé par Audiard La Nuit je mens

Chloé Mons: Oui… Se jeter dans une histoire d’amour est le plus grand frisson.

Pauline Catherinot: Comment se caractérise la liberté dans votre musique? Faites-vous des compromis? 

Chloé Mons: Je suis très à l’écoute de mes envies… quand je compose… je m’écoute… La musique est forcément en accord avec ce que je suis. C’est le seul canal. C’est la seule exigence. Je ne me dis pas: « tiens, il faut que ce soit comme ça… » J’ai mes textes, ce sont mes mots… je sais comment je vais les dire. Ce n’est presque pas moi qui décide, je le fais de manière presque médium. Je suis réceptive de ce que j’entends de moi-même.

Pauline Catherinot: J’ai l’impression que vos albums se construisent comme un road-movie… On se laisse emporter par ce fil… Vos albums sont-ils construits autour d’une histoire?

Chloé Mons: Pourtant, pas du tout. En général, il n’y a pas d’ordre. Cela se fait à la fin. Il n’y a que pour Walking, où on savait que le même titre allait ouvrir et fermer le disque. C’est venu au studio. Mais ça me plaît que vous me disiez ça. Je trouve ça assez cohérent avec ma façon d’être. L’histoire de ma vie s’écrit entre ces quatre albums. Je parle des choses qui me traversent.

Pauline Catherinot: Votre livre de chevet est Vie secrète, de Quignard. Il a écrit de nombreux livres comme La Leçon de musique. Qu’est-ce qui vous interpelle dans son écriture? Pourquoi ce livre en particulier?

Chloé Mons: J’adore! Je suis folle de Quignard. Tout. Ses traités… Je pourrais tous les citer… La Barque silencieuse… Pourquoi Vie secrète? Parce que ça parle d’amour, de ce que c’est… entre un homme et une femme. C’est très beau! C’est quand même ça qui m’anime. Je le trouve particulièrement riche. Tous les livres de Quignard sont autour de mon lit… ils m’aident à vivre. Cet homme m’aide à vivre. C’est magique quand même. L’art, c’est ça… Quand ça vous aide, c’est merveilleux. Ce sont des livres que l’on peut ouvrir à n’importe quelle page… et tomber sur de l’intime, de la mythologie, de l’histoire, de la philosophie. Au cœur de la nuit, vous ouvrez n’importe quelle page et c’est un cadeau. Ces petits livres représentent du réconfort.

Pauline Catherinot: Vous parlez souvent d’aide, de réconfort. Sans les arts, la vie serait-elle chaotique? 

Chloé Mons: Qu’est-ce qu’il y aurait d’autre: l’amour ou la nature. Je ne saurais pas le faire sans l’art… Il est partout… dans les tribus… N’importe où sur la Terre… l’homme prend un bâton et se met à graver les murs. L’art se trouve dans nos mains. La nature peut également être un grand réconfort. La nature. La mer. Marcher dans la forêt. Regarder le ciel, les étoiles. C’est toujours un réconfort. S’il n’y a pas d’art, il y a la nature et l’Amour.

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