Voix Vives / La fille au rouleau (jour 6)


Soirée tranquille au Jardin du Château d’eau. Un jeudi soir. Une bouteille de vin bio. Quatre poètes discutent… d’autres… partout… Le paradis ou le cauchemar absolu. On entend (vaguement) le concert d’Anaïs. La nuit est épaisse. Les éclairages chassent la pénombre. La paella a du goût, ça change un peu. Même si… Marre du riz. On trinque à gauche. On ne croise pas. On se regarde dans les yeux. Une belle soirée! Une silhouette passe. Gracieuse et légère. Une silhouette féminine. Quelque chose juste derrière. Quelque chose de blanc. Quelque chose de souple. On pense à du papier. On pense à une performance. On pense à une lecture improvisée. On pense à un petit café. On pense et puis on ne pense plus. On regarde. On suit. Elle passe. Assurée de son chemin et de ce qu’il lui faudra faire. Les yeux des poètes s’arrêtent sur la traîne et sur un détail. Il s’agit bien de papier, mais un papier particulier, un papier toilette qui ne cesse de s’allonger et de se répartir sur l’herbe. Le trait blanc souple et déstructuré. Roule, se déroule. Ne semble pas avoir de fin. S’échappe. On comprend alors et On rit. On rit et on pleure. C’est bon pour les rides, on va faire des économies. Plus besoin de crème de jour. La peau est élastique. Complicité. La Belgique. L’Espagne. La France. En larmes. Le fil d’Ariane revisité. La fille. La fille au rouleau. La fille poursuit sa marche. Le rouleau s’arrête. LUI. Tombe de la poche ou du sac. Est dans l’herbe. Ne roule plus. La fille au rouleau. Celle qui avait un. Celle qui n’a pas vu qu’elle ne l’avait plus. Expulsé du sac. Suicidaire. Rêvant de liberté. Le papier pense. Seul. Se déchirant. Là. Devant la table. L’arrêt dans la légèreté. Elle marche. Entre dans la cabine. Où il n’y a pas de lumière, où la porte ne ferme pas et où il n’y a pas de papier. Elle tire la porte, la bloque. On rit et on pleure. Quelqu’un ramasse le rouleau et le dépose devant la cabine. Quelques minutes ou secondes. Elle sort. Elle ramasse et le rouleau et repart. On rit et on pleure. Elle s’arrête à une table et explique que ces choses-là, ça lui arrive sans cesse. On rit. On pleure. On trinque. Toujours à gauche et sans croiser. Tellement bon. La fille au rouleau restera dans les mémoires.

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