Les Veilleurs… des bravos dans la nuit


Les Veilleurs, Texte et Mise en scène de Lionel Armand.

Avec: Lionel Armand, Estelle Darnault, Anthony Liébault, Sandra Leclercq.
Du 23 au 29 août
Festival Les Bravos de la Nuit – Pélussin.

Je t’accompagnerai chaque jour même si parfois lors des journées les plus sombres mes yeux fatigués d’avoir trop pleuré seront moins ouverts, ne t’inquiète pas, je saurai mettre de côtés les sacs de sable, les disputes et les angoisses de ma vie, je saurai me mettre à ta disposition, te sourire souvent, te parler de toi, et peut-être que de ta lueur de vie, celle qui résiste au fond de tes yeux vitreux, c’est toi qui me réconforteras. (Lionel Armand)

Aller là-bas. Au loin. Derrière les nuages. Au-dessus de 18 degrés. Les rayons du soleil viennent entourer les épaules… On ne reconnaît pas les silhouettes. Cachées derrière un mur de spectateurs. Dans les parenthèses. Au loin. Derrière les nuages. Le Festival « Les Bravos de la nuit » ouvre ses portes. Les compagnies se succèdent sur le plateau. Présentation et extraits.

Aller de café en café. Faire des ronds dans la ville. Chiper des poires dans le jardin. Des mômes. Donner à manger aux poissons. Manger du saucisson, du fromage et se diriger vers l’Atelier d’Armand. Il est presque 20 heures. De petits mots allongés sur les cils. / Là. Blottie dans le bleu. Le froid transperce la petite veste noire. Le froid s’attaque aux jambes. Couloir de vent. Hâte de rentrer. Pour se réchauffer. Pour découvrir. Pour entendre les voix. On a perdu des centimètres. La porte en bois s’ouvre. Les tickets se déchirent. S’installer sur le banc. Caler les os. Regarder. Projection. Le Titre: Les Veilleurs en lettres blanches. Intégré à la pierre. Cela rappelle Eva Peron et  ce rouge-cabaret…

[On est déjà ailleurs. Dans un autre village. Au loin. Au-dessus des nuages.]

L’espace scénique est divisé en deux parties: une pelouse verte à jardin (peut-être pour signifier l’extérieur…) et une chambre. Quelques accessoires sont disposés ici et là: la tenue d’un soignant, un micro, un arrosoir, un drap, des fauteuils, un lit, une table de chevet.. L’éclairage est soigné. Puits de lumière. Comme des rayons qui viendraient traverser le carreau. Toujours l’extérieur. Glissé-là. On devine la présence d’un corps sous le drap blanc. Un patient. Dans le silence. C’est peut-être la nuit. Un comédien est accroupi. Il prend de petites fleurs qu’il dispose dans un panier (je crois). Cela pourrait être un patient. (J’ai imaginé qu’il s’agissait d’un patient.) La symbolique est déjà bien présente. Deux mondes. La vie devant et derrière la porte (invisible). Endroit dont on ne sort pas. A moins d’être soignant, visiteur, parent.

[On retrouve souvent, dans les mises en scène de Lionel Armand, les comédiens sur le plateau pendant que les spectateurs cherchent la place idéale. Un élément pour une partie de la signature]

Le corps se dresse. Les mots sont propulsés. Un élan poétique dans les profondeurs. On glisse un peu plus loin. On ne sait pas encore. Mais on sent déjà quelque chose dans la poitrine. Silhouette féminine, Estelle Darnault. Présence dès les premiers instants. de l’énergie. Voix placée. Revêt la peau blanche. Les premières minutes laissent place à la légèreté et au décalage. On a besoin de ces moments pour prendre du coffre. La pièce est fractionnée. Les tableaux se suivent, se court-circuitent, s’interrompent. L’esthétique choisie est précise. Rien ne semble laisser au hasard. Et ça fait écho… ça fait écho. A ces lieux. A ces visages. / Un masque. Un viel homme. Une maison minuscule. Que l’on garde sur la poitrine. Il y a à cet instant quelque chose qui se rompt dans le corps et qui fragmente des morceaux que l’on pensait bien enfouis. Enterrés. La force des images. Les fleurs sortent des poches et poussent sur l’herbe verte. L’endroit du possible, du rêve, de la projection. La poésie est à jardin. Révélatrice dans l’éclat. Toujours sur le fil. On ne perd pas de vue la pudeur et l’on passe d’une émotion à l’autre. On traverse et on suit l’itinéraire des veilleurs. « NON. NON. NON. » / Et ça fait écho… ça fait écho./ Coups de sang. Légèreté. Engagement. Passion. On se confronte à ce quotidien. On prend conscience peut-être davantage de ce qu’ils vivent…  (Je suis désolée, je ne parviens pas à transmettre l’éclat qui se propage tout au long de la pièce, je suis happée par l’émotion. Mais la légèreté et l’humour sont présents. La pièce ne tombe pas dans l’écueil du mélo… ) Le texte insuffle un vent positif, se heurte aussi à la dureté du vocabulaire, à la violence des situations. Tout s’imbrique et s’articule. Derrière les plis des visages. Pas un mot. Entre les épaules affaissées. L’évocation poétique et juste. D’un mouvement à l’autre. D’une réalité à une autre. C’est le radeau qui emporte… là où la vie se manifeste. Quand le corps bouge, marche, danse, se tord, aime, cherche l’autre… il y a la vie. Et c’est ce qui bouleverse certainement… On sent bien que ça échappe ou plutôt que c’est là, à cet endroit, qu’il y a de la vie (aussi) là-bas. Derrière le blanc, la peau. L’humain. On n’avait peut-être jamais vu cela. L’œil était resté à bonne distance. Le blanc comme une enveloppe, comme un cocon presque infranchissable. Qui va vers. Gestes précieux. De petites attentions. La mécanique aussi parfois. On perçoit un autre point de vue, une autre vision et ça interroge. Les tableaux sont souvent précédés d’une phrase ou d’une citation… J’ai retenu celle de Pérec: « Tout portrait se situe au confluent d’un rêve et d’une réalité ». Les Veilleurs: une pièce au confluent, à la frontière de ces mondes. Il y a ce mouvement ininterrompu où les silhouettes vieilles sont entièrement incarnées… ça se répond et ça vient pulvériser le quatrième mur. La carapace est réduite. On est avec, parfois contre parce que ça bouscule.

(J’ai été assez marquée par le texte autour de la famille, il y avait cette révolte interne, ce non qui n’en finissait pas de grandir lui aussi… Non, ça n’est pas seulement ça. Il y a d’autres vérités ailleurs. On sait bien pourtant que l’on ne peut remplir les vides, rattraper le temps perdu… que l’absence est là, qu’elle existe… On prend conscience de tout cela encore plus peut-être. S’accrocher. Encore. Qui s’accroche à qui et pourquoi? Pour vivre. Par peur de la disparition… On a bien une réponse, mais elle restera dans le silence. Peur d’y retourner, parce que là-bas, ça ne s’améliore jamais, on va vers – Il y a les pieds qui butent, qui s’arrêtent… le corps qui se relâche, qui ne maîtrise rien, les envies de train, les fleurs que l’on regarde par la fenêtre, la porte que l’on ne franchit plus, les anniversaires que l’on ne passera que dans des pièces réduites. Il y a les regards absorbés par l’interne. Il y a la mémoire avalée. Il y a des prénoms sur les portes, sur la poitrine et ces autres prénoms qui disparaissent… Ceux que l’on aimait entendre… Il y a les mains qui se contractent, qui ont peur. La silhouette dans un couloir. )

Les yeux rouges. Des chagrins dans la gorge. On tente de les avaler. Pour qu’ils retournent là-bas. Au fond. derrière les nuages. Des baisers que l’on attrape dans ce même couloir.  Ce n’est pas triste. C’est la vie, ce sont ses creux, ses tourments, ses élans. On se tait. On écoute/ On cherche dans les ressources pour revenir à la surface.  De ces remous nécessaires. De cet élan positif. Entre vitalité et poésie. Un spectacle bouleversant, profond et tellement juste! Il y a la vie. L’espoir. Le renouveau. La pièce interroge sur la finitude, sur la confrontation à la maladie, à la mort, à la vieillesse, mais se tourne irrémédiablement vers la vie, vers cette vie qu’il ne faut pas perdre de vue. Les chemins se séparent et l’on est soit dans une danse légère menant à un ailleurs, soit pris dans le halo d’un téléviseur. La carcasse s’affaisse puis se redresse. On veille. Quelqu’un est là. La peau se transforme et dans la poitrine ça tape, ça n’en finit pas de taper. On respire avec le chant généreux. La ligne disparaît derrière les masques et quand les lumières s’allument. On a le dos collé au mur. On respire. On souffle. Et on se dit que c’est là…

Il y aurait encore beaucoup à dire, mais il faut laisser un peu de place… Un dernier mot peut-être pour souligner la performance de l’équipe. Quatre comédiens. Force de jeu. Nuances. Justesse. Des bravos dans la nuit!!!

Combien de temps…
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j’y pense, mon coeur bat si fort…
Mon pays c’est la vie.
Combien de temps…
Combien ?

Je l’aime tant, le temps qui reste…
Je veux rire, courir, pleurer, parler,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J’n’ai pas fini, j’n’ai pas fini
Voler, chanter, partir, repartir
Souffrir, aimer
Je l’aime tant le temps qui reste

Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu’il n’y a pas longtemps…
que mon pays c’est la vie
Je sais aussi que mon père disait :
Le temps c’est comme ton pain…
Gardes-en pour demain…

J’ai encore du pain
Encore du temps, mais combien ?
Je veux jouer encore…
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d’Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J’n’ai pas fini, j’n’ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu’à la fin de ma voix…
Je l’aime tant le temps qui reste…

Combien de temps…
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je veux des histoires, des voyages…
J’ai tant de gens à voir, tant d’images..
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C’est drôle, les cons ça repose,
C’est comme le feuillage au milieu des roses…

Combien de temps…
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m’en fous mon amour…
Quand l’orchestre s’arrêtera, je danserai encore…
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul…
Quand le temps s’arrêtera..
Je t’aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment…
Mais je t’aimerai encore…
D’accord ? (Serge Reggiani)

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