Armand Dupuy… Voix Vives (4/5)


L’encéphalogramme du spectateur s’est penché sur l’oeuvre d’Armand Dupuy. Nous vous proposons cinq entretiens que vous découvrirez par étape (une étape par semaine).

Le Festival Voix Vives

 

Pauline Catherinot : Comment as-tu abordé le festival Voix Vives ?

Armand Dupuy : Je dois avouer que j’abordais Voix Vives avec beaucoup de questions, d’appréhensions, d’angoisses – même si j’en ai assez peu parlé. Je me demandais vraiment ce que j’allais faire dans ce festival, qui me semblait être une grosse machine, assez étrange, une sorte de foire même. Ça me paraissait assez incongru, aussi, qu’on vienne écouter de la poésie dans des hamacs ou des chaises longues, et très étrange d’aller lire des poèmes sur des barques ou des bateaux en mer. Je voyais un tel décalage entre ce qui se joue dans les textes (les miens et ceux d’autres auteurs qui écrivent en rapport avec des situations de vie parfois terribles) et ces « dispositifs » que ça me paraissait vraiment compliqué. J’avais l’impression qu’on voulait faire de la poésie un truc à touriste en proposant des « activités attractives ». Pourquoi pas un petit train qui ferait le tour de la ville avec un poète au micro. .. J’étais vraiment dans cet état d’esprit. Mais comme je suis curieux…

Pauline Catherinot : Avais-tu des attentes particulières ?

Armand Dupuy : Je comptais sur les rencontres, surtout.

Pauline Catherinot : Qu’est-ce qui t’as marqué le plus ?

Armand Dupuy : Les rencontres justement. Les découvertes. La diversité des voix. J’ai vraiment été intéressé par tout ce qui se donnait à entendre. Et très agréablement surpris, aussi, par la qualité d’écoute. Et finalement, tout ce dispositif qui me paraissait bien louche, s’est effacé au profit du reste. Puis la posture allongée n’est pas forcément une posture de passivité… cette sorte d’attention flottante dans laquelle on se trouve prête à l’écoute. Ce flottement peut être une forme d’attention particulière. Puis un peu de légèreté ne fait pas de mal, parfois. Par ailleurs, j’ai vécu un très bon moment en mer, à lire et surtout discuter, avec les quelques personnes présentes. Elles étaient manifestement passionnées par leur bateau, elles avaient plaisir à partager ça, à écouter ce que vous aviez à donner. Donc finalement, le lieu, la façon, peu importe. Les personnes en présence font la différence.

Pauline Catherinot : Que pourrais-tu répondre ou dire à propos de ces mots : « rouleau » ; « Belgique » ; « Espagne » ; « piment » ; « orage » ; « barque » ; «hamac » ?

Armand Dupuy : Je pourrais répondre que ces certains de ces mots sont des chemins sûrs pour renouer avec des moments forts – qui n’intéressent pas grand monde, en soi, parce qu’ils sont du registre strictement privé. C’est encore une question de rencontre. Au contact de certaines personnes, certains mots se chargent de sens, deviennent des sortes de boîtes à l’intérieur desquelles on se rappelle. Mais ce qu’il y a dans ces boîtes nous appartient.

Pauline Catherinot : As-tu le pied marin ?

Armand Dupuy : C’est un peu sadique ce genre de question, surtout quand on connaît la réponse… Manifestement non, je n’ai pas le pied marin. J’ai quand même passé un bon moment en mer, dans le lien, mais ça brassait sérieusement bien que tout fut calme.

Pauline Catherinot : Lors d’une lecture, tu étais accompagné par le violoncelliste Gaspar Claus, il y avait une grande osmose entre vos deux voix, l’écoute était parfaite : comment as-tu vécu ce moment ?

Armand Dupuy : C’était un moment de grâce. Je pèse mes mots. J’avais le violoncelle dans le ventre, l’archet jouait sur mes tripes. Dire ça c’est un peu le gâcher, tant pis. Mais il y avait une écoute étonnante. J’avais l’impression que le texte écoutait en sortant de ma bouche. Le texte était devenu attentif à la musique. Il y avait portée mutuelle, tout semblait calé. On montait ensemble, on s’arrêtait ensemble, on tombait ensemble. À la fin, avec Gaspar, nous avons échangé un regard étonné, comme si l’on s’était dit : « bon sang, un truc s’est passé – que nous est-il arrivé ! » Le genre de rencontre qui n’aura pas lieu deux fois.

Pauline Catherinot : Qu’est-ce qui a été le plus difficile pendant ce séjour ? le plus facile ?

Armand Dupuy : On ne peut pas réellement parler de difficulté dans ce genre de « séjour », ça serait mal placé il me semble. C’est quand même un privilège… mais ce qui est éprouvant, c’est de se trouver en état d’intensité permanent, pendant 8 jours. De se trouver à vif,  sans jamais prendre le temps de se refaire. D’une part on est là pour venir lire ses propres textes ou pour en parler. Ça nous place d’office dans un état de fébrilité particulier. D’autre part, et avant tout, on est auditeur. J’ai passé chaque journée à écouter les autres, du matin (parfois très tôt) au soir (parfois assez tard). Dans ces cas-là, on se trouve donc dans un état d’attention extrême, on reçoit beaucoup : c’est un éventail de sensations assez dense (chaque poète, avec son travail, s’attaque à quelque chose en nous, je dirais que tous les secteurs sont touchés. Certains s’adresse à la pensée, d’autres à des mouvements plus archaïques, mais souvent ça touche, ça remue, ça interroge. Parfois on ne comprend pas, ça déloge). On se trouve aussi dans l’émotion générée par les rencontres souvent fortes… et il y a une forme d’usure liée à ce trop, à cette intensité. Une forme de fatigue intense s’installe… Les derniers jours, j’étais vraiment tout au bord de craquer, à cause de ce trop-plein. À ce moment-là, on voudrait pourtant que ça continue,  mais il est aussi temps que ça cesse.

Pauline Catherinot : La lecture est-elle une étape importante pour toi ? Est-elle nécessaire à ton processus d’écriture?

Armand Dupuy : Je suppose que tu évoques la lecture à voix haute, une nouvelle fois. Si c’est bien ça, non, ce n’est pas une étape importante dans le processus d’écriture. Par contre, dans la rencontre, dans l’échange, ça prend de l’importance. Mais ce n’est plus de l’écriture.

Pauline Catherinot : L’écriture doit-elle mener au silence et au sonore ?

Armand Dupuy : Elle s’enracine dans les deux. Donc c’est peut-être logique qu’elle y conduise aussi.

Pauline Catherinot : Quels sont tes projets ?

Armand Dupuy : J’écris sans projet. Donc aucun projet, j’écris quand ça vient.  Côté peinture, ça suit son cours. Je m’en suis expliqué plus haut.

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