Résidence / Construire (jour 2)


Se lever à sept heures. Presque pas de bruits dans la maison. Sortir la tête (qui se coince). Chercher l’eau, la source, pour se réveiller. Froid. Les tuyaux sont loin. C’est comme pour les fleurs. On a besoin de ce froid pour avoir du goût, des idées… que les pétales s’ouvrent et que ça infuse [Quelle poésie!!! Je sens que je vais écrire n’importe quoi ce soir. Pardon. Pardon. Pardon. Il est possible que certains coquillages établissent leur campement dans ce rectangle blanc].

Seule dans la cuisine, prendre le moleskine et profiter de ce temps. La fenêtre est ouverte. Un homme tousse. Cervicales enrouées. Observer: trois pots, une corbeille de tomates, des noisettes. Cuisine à l’ancienne. Table immense pour les familles. On imagine le dimanche. La convivialité. On modifie les habitudes. Sommeil. Aimerait dormir encore un peu. Retourner dans le lit. Au fond ou sur le bord. Mettre le pouce sur le point douloureux. Là où ça s’est contracté. Là où on a vu des trucs se rapprocher, le gris, les éclats, les vitres, le motard. Je masse. Petits cercles. Il faut détendre le morceau. L’autre point baigne dans une mare acide. A oublier. A écouter. A faire taire. A enlever. A soigner. A –

Bruits du congélateur. D n’est pas encore réveillée. Discussion sur les réveils lumineux, les ondes, le mode avion. Croquer dans un raisin et noircir les pages. Main douloureuse. L’ombre bouge. Des pas. Viennent couvrir le rectangle-soleil. La cuisine s’active. Entendre des mots savants qui restent mystérieux et lointains. Capter seulement des sons, des sensations. Apprendre. On s’interroge: « une sauge, si c’est une sauge ». Tiges carrées. Feuilles opposées.

[J’ai rêvé. La nuit dernière. J’ai fait un de ces songes horribles. La mer. Noire et Calme. La mer. Et quelqu’un qui se jetait à l’eau. La disparition du corps dans l’eau profonde. La chute dans les eaux. La chute qui se répète. On cherche. On cherche. Dans cette eau. Deuxième corps se jette pour récupérer le premier. Visage connu de ce photographe sétois. Et se réveiller]

Prendre le petit déjeuner. Les oreilles écoutent. Les yeux tombent dans le bol et les pensées sont des naufragées à peine buvables. Il est presque neuf heures. Nous nous sommes installés sur la terrasse. Le soleil vient taper dans les rétines. Qui ne cessent de se fermer. Faut lutter ou sortir des lunettes de soleil. (ou tourner la table, c’est plus simple, et ça arrange tout le monde).

RÉUNION. Bruit de l’appareil qui se remet dans l’oreille. Brigitte nous annonce le programme et les points sur lesquels nous devons travailler.

VENDREDI: visite des lieux où nous serons amenés à travailler; SAMEDI: réunion + écriture; DIMANCHE: écriture – mer – réunion; LUNDI: écriture; MARDI: deux ateliers – lieu: école primaire: CM1-CM2 et CE1 + écriture;  MERCREDI: travail sur le site de la promenade. Séance d’écriture et organisation; JEUDI: deux ateliers – lieu: école primaire (CM2 et CE2-CM1) + écriture + 19 heures: Rencontre à la médiathèque (lecture et discussion) VENDREDI: deux ateliers – lieu: école primaire (CE1 et CM1) + écriture SAMEDI: Journées du Patrimoine / Lecture lors de la promenade DIMANCHE: Journées du Patrimoine / Lecture au Château.

Claire parle de trois moments de cueillette: la feuille de framboisier au milieu des ronces / nuage d’abeilles; la reine des prés: toutes les plantes cherchent le soleil, l’ortie est à la même hauteur…. ça brille; le lotier corniculé avec la position au sol. Je prends conscience du lien entre le métier de cueilleur et le corps. Claire parle de sensation, d’énergie. Sensibilité au monde et à l’environnement… ça ouvre…  Nous avons réussi à nous mettre d’accord sur un dispositif commun. Il faut encore travailler. Nous n’avons pas le même rythme, pas les mêmes craintes. Il faut trouver l’équilibre dans ce travail à plusieurs voix. Ensuite, Brigitte est partie. [un cheval passe]

La maison est plongée dans le silence. Sur le terrasse. Le soleil. L’ombre. Tenter d’écrire. Le sommeil finalement. Djenebou s’est installée sur la grande table. Se placer en face. L’énergie vient. Grâce à elle. Cela porte d’être à deux. C’est très riche. Relire les notes prises la veille. Chaque détail est important. J’ai l’impression que le point de vue se transforme peu à peu. Je porte l’attention de manière plus précise. Les sons sont peut-être davantage entendus. Habituellement, il y a les voix par-dessus. Alors on entend pas vraiment le monde. Djenebou est concentrée. Avale le thé/ Boire du thé, du thé, du thé. Pour ma part: un petit verre d’eau et une grappe de raisins. Je papillonne. Je ne reste pas en place. Tout est prétexte au déplacement. Il faudra la trouver la résistance. Pour le moment, elle se trouve au mauvais endroit: dans l’écriture. Que pourrais-je écrire? ça ne vient pas. C’est un peu tôt pour moi. Il faut que j’intègre, que je capte… Bruit de cuillère. Gratte le verre. Les oiseaux sont posés sur le dos de l’Eglise. Des voix, de l’autre côté de la palissade, parlent de la vie qui augmente. Quelques battements d’ailes. L’air iodé peut-être… j’imagine que c’est l’air iodé. La bonne odeur de la cuisine s’échappe et vient jusqu’à nous. Le ventre s’ouvre.

Le repas se termine. J’ai appris de nouveaux signes. Djenebou, comme tous les soirs (peut-on dire « tous » à partir de deux soirs?) On s’installe sur la grande table pour une session « écriture ». C’est stimulant d’être deux.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s