Nicole Peyrafitte… Langue (2/4)


Nicole Peyrafitte et Pierre JorisPauline Catherinot : Comment décris-tu ton rapport aux mots, à la langue ?

Nicole Peyrafitte : Je pratique les langues qui me sont “available”. Je suis née dans les Pyrénées, j’ai été élevée par une nounou espagnole dans un hôtel où il y avait souvent des clients étrangers. J’entendais aussi des vieux qui parlaient patois entre eux. A quatorze ans, on m’a envoyé en Angleterre, puis en Allemagne à seize ans. Pour moi, les langues, c’est comme un bain… je m’y trempe et elles m’hydratent… un peu comme un haricot qu’on met à tremper. Pierre (Joris) dit qu’il traverse les langues, elles sont là avant et après lui. Moi je m’y baigne!

Pauline Catherinot : Quel moment de la journée est propice à l’écriture ?

Nicole Peyrafitte : C’est surtout avoir une plage de temps sans interruption, peu importe où, peu importe l’heure. En voyage, c’est le mieux. Il n’y a pas à dealer avec la « domesticité ». J’aime les très longs voyages en train ou en avion, bien que le train soit plus propice au travail… parce que plus confortable …et l’air y est bien meilleur que dans l’avion.

Pauline Catherinot : Quels sont les auteurs que tu affectionnes ?

Nicole Peyrafitte : J’ai de l’affection pour les gens que je ne connais par vraiment pour un/e auteur/e, à moins que je les connaisse personnellement.

Pauline Catherinot : Tu parles dans ton ouvrage de « l’espace vulvique » en expliquant qu’il a « une topologie homéomorphique ». De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce qu’une topologie homéomorphique ?

Nicole Peyrafitte : on pourrait dire que c’est la transformation d’un espace en un autre espace —soit une transformation qui peut être continue. Les transformations, je les trouve plus durables que les “changements”.

On est ce que l’on est, on change rarement, par contre on peut se “révéler”.

Le poète Charles Olson dit dans Maximum, to Gloucester : Letter 2

(c) Nicole Peyrafitte
(c) Nicole Peyrafitte

he was right, people

don’t change. They only stand more   

revealed. I,

likewise

Il avait raison, les gens

ne changent pas. Ils se révèlent

c’est tout. moi,

de même

Alors pourquoi ne pas me révéler à moi-même et ce à partir de moi-même? J’entends par “moi-même” la conceptualisation et la réalisation de l’espace qui me sont disponibles. Etablir une carte de mon espace (mapping), c’est le premier pas: car se “découvrir” c’est déjà se “transformer”. Une transformation from within —à partir de soi-même, c’est immanent donc du développent durable . “C’est un espace conceptuel transformable qui favorise l’échange avec soi-même et | ou autrui. “

Pauline Catherinot : Comment en es-tu arrivée à ce cheminement ? Qu’est-ce que ça implique ?

Nicole Peyrafitte : J’aimerais être précise et pour cela il faudrait peut être que je face rebrousse « cheminement »! lol! Mais bon en gros c’est:  yoga (encore elle), une thérapie, le tout rajouté aux circonstances de la vie —comme enfants, mari et mon immigration aux US y ont contribué.

Pauline Catherinot : Tu écris : « je meurs d’envie de nager 

                                                     après tout je suis une bi-valve migratrice » Pourrais-tu nous en dire plus ?

Nicole Peyrafitte : C’est très autobiographique. Je vis au Sud-Ouest de Brooklyn, le long du Verrazano Narrows — entre le pont de Verrazano et la statue de la Liberté—

Ce texte est mon inscription dans ce landscape qui interpelle et révèle les strates géologiques, historiques, biographiques du paysage mais aussi les miennes. Nous venons de l’eau mais nous l’avons quitté….

Pauline Catherinot : Certains textes comme « Golden Evasion » ou « Receiving » sont écrits en anglais, mais comportent quelques traces du français ? Comment le texte te parvient-il : en anglais, en français ?

Nicole Peyrafitte : comme il peut ou comme il veut! et puis on joue ensemble.

(c) Nicole Peyrafitte
(c) Nicole Peyrafitte

Pauline Catherinot : Est-ce le moyen de nourrir ton œuvre de manière polyglotte (me semble-t-il) ?

Nicole Peyrafitte : oui of course

Pauline Catherinot : Dans quelle langue pourrais-tu écrire ? (mise à part l’anglais et le français)

Nicole Peyrafitte : en gascon, en español…je commence d’ailleurs

Pauline Catherinot : Comment positionnes-tu le texte sur la page ?

Nicole Peyrafitte : visuellement, je crois

Pauline Catherinot : Est-ce que la police utilisée, et sa taille ont une signification précise ?

Nicole Peyrafitte : pas vraiment, mais si je n’aime pas une police je le dirai à l’éditeur

Pauline Catherinot : Est-ce qu’il s’agit de préparer la mise en voix ?

Nicole Peyrafitte : peux tu préciser?

Pauline Catherinot : Est-ce que la mise en page a une fonction de partition, est-ce que le rapport à la voix est anticipé, comme le ferait un musicien ?

Nicole Peyrafitte : Ben oui, c’est évident et pourtant n’y avais jamais pensé! merci!

Pauline Catherinot : Peut-on parler de poésie sonore en ce qui concerne ton travail ?

Nicole Peyrafitte : peut être sonore et visuelle, mais je n’aime pas trop les labels ou “labels”

Pauline Catherinot : Comment abordes-tu la question du langage ? J’ai l’impression qu’il est textuel, visuel, corporel ?

Nicole Peyrafitte : par “immersion”, il faudrait y ajouter le sonore et changer l’ordre: visuel, sonore, corporel et à la fin textuel (le réducteur)

Pauline Catherinot : Dans ton recueil, le texte est parfois en anglais, puis en français. Parfois, c’est l’inverse…

Nicole Peyrafitte : oui, comme je t’ai dit, ça vient comme ça. Parfois, le texte vient en Français ou en Anglais. Parfois, il reste tel quel mais le plus souvent c’est dans la traduction qu’il va finir par s’écrire, le processus de transformation est permanent. Maintenant, je garde les versions chaque fois que je modifie mais c’est vrai que je ne les regarde pas!

Pauline Catherinot : Quels sont tes projets à venir ?

Nicole Peyrafitte : Pleins!

Bi-Valve va sortir en France chez Plaine Page et aussi un recueil de textes et photos sur les landscapes americain.

Deux carnets de dessins devraient être plubliés d’ici 2015 ( un fait main aux éditions Venternier et l’autre à RedFox press)

En Juin, une expo à Marseille, une performance au Jardin des 5 Sens à coté d’Aix en Provence, Le festival de Brignoles, en octobre: au festival de Poésie à San Luis Potosi au Mexique,

octobre-nov-dec: animation d’un atelier performance hebdomadaire au Poetry Project à St Mark Church à New York.

en novembre à l’Université de Dartmouth pour des interventions avec Pierre Joris

En cours:

Avec Pierre Joris nous sommes préparation d’une anthologie de la littérature Occitane des troubadours à nos jours, en anglais. sortie prévue 2016

pre-production de mon deuxième court métrage tournage Novembre 2105

et puis en ce moment je prépare la venue de Serge Pey & Chiara Mullas à New York! Ils seront là mi Octobre et je travaille à la curation d’évênements pendant leur séjour…

(c) Nicole Peyrafitte
(c) Nicole Peyrafitte

Pauline Catherinot : Quel serait l’éditeur de tes rêves ? L’as-tu trouvé ?

Nicole Peyrafitte : Je sais pas ce que ça veut dire “de tes rêves”. Jusqu’à présent pour mon travail personnel j’ai toujours eu de très bonnes expériences malgré que ma relation à l’édition soit très ambiguë. Je m’y habitue mais publier un livre pour moi c’est réducteur….tout ce temps dans ce petit objet… C’est un peu comme faire le deuil de quelque chose. j’ai mis beaucoup de temps à publier… je préfère vraiment créer.

Pauline Catherinot : Bernard Heidsieck a écrit qu’il était le seul à pouvoir lire, dire… ses textes ? est-ce également ton cas ? J’ai l’impression que le texte est un membre à part entière, une cellule, un morceau de corps, d’esprit…

Nicole Peyrafitte : Je n’ai jamais entendu personne lire mes textes. Une comédienne voulait intégrer des textes dans un spectacle mais elle y a renoncé. Elle m’a dit que mon interprétation personnelle était un tout bien à moi. Je peux comprendre mais c’est dommage. 

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