Pourrais…


Pourrais tomber d’un pont, m’écrouler sur le sol, me baigner dans l’eau froide. Pourrais nouer mes cheveux avec des algues. Pourrais courir. Pourrais courir pendant des heures. Pourrais faire des trous dans les poumons pour faire passer l’air. Frapper les murs. Pourrais frapper à coups de poings les murs. De la brique. Du béton. Peu importe le mur… Frapper. Passer de l’autre côté. Frapper. Abattre une ville entière.

Pourrais sortir mon coeur de mon corps. Pourrais m’enfuir. Pourrais tout arrêter là maintenant. Mettre une croix… Me foutre en boule. Me coucher sur le sol. M’ouvrir le thorax pour la sortir cette maudite poitrine. Tirer un trait. Me mettre à pleurer. Pourrais fleurir ma peau pour qu’il pousse des branches dans ma gorge. Que ça m’emmène dans les nuages. Pourrais imiter le chant des oiseaux. Pourrais devenir animal, rejoindre la forêt, bramer (en vain) en hiver. Attendre les sabots gelés.

Pourrais me trahir. Me suspendre au ciel. Souffler sur les bougies. Terrasser les vœux. Maudire. Maudire.

[Voudrais ne rien dire, ne pas dire un mot de plus, ne pas dire un mot de trop. Le genre de mots que l’on pourrait regretter. Le genre de mots qui ne permet plus la. Le silence. Juste le silence. Rien n’est venu sur les lèvres. Les peaux mortes et c’est tout. Écouter et ne rien dire. Lâche. Lâche.]

Pourrais cracher sur les mensonges. Pourrais me baigner dedans. Pourrais suffoquer aux seuls sons de ta bouche. Cette bouche qui ment, qui s’incline. Pourrais dévier les déserts. Pourrais orienter mon enfer. Pourrais mordre, griffer. Laisser du rouge sur ta peau. Pourrais faire la révolution. Pourrais te faire la révolution à défaut de – Pourrais ouvrir les yeux entièrement, les débarrasser des paupières. Dévier le liquide lacrymal. Pas une larme. Pas une larme. Jamais. Je lutte.

Je me redresse. Je prolonge mes vertèbres. je te crache à la gueule. Je suis pas. Je m’injecterai dans les veines du courage, je m’injecterai des litres d’essence. Je mettrai le feu à la vieille bâtisse, j’en ferai un brasier ardent. Je deviendrai violence. Je m’abattrai sur la peau comme une brume noire. Je ne te ferai pas te mal. Je partirai aux premiers rayons de soleil. Je partirai. J’effacerai mes empreintes, j’avalerai mon odeur. Je partirai avant de devenir ce fléau, avant que les souvenirs se cornent, avant que la mauvaise herbe prenne racine.

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