Lettres de spectateur (concours organisé par les Célestins)


Nuage, Cavale, Fragments de vide: un petit texte. Une sixième place, une tablette de chocolat.

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Nuage – Un peu de soleil. Un peu de vent. Un livre dans le sac en toile. Un livre à poursuivre. La page 123 à dépasser. Les pas doucement vers les Célestins. J’imaginais que c’était l’endroit parfait. Pour lire. Pour écouter le vent dans les branches – Le bonheur de se laisser aller à la rêverie – J’ai découvert une installation: un trampoline et un piano noir. J’ai pensé qu’il s’était passé quelque chose. Je me suis assise. J’ai ouvert le livre blanc. J’ai enveloppé mes épaules dans le foulard rouge. J’ai trouvé la position. La bulle. La page 123. Et puis. Un son. Des notes qui venaient. Qui venaient du piano noir. Les mots se sont brouillés. La page 123 ne sera pas dépassée, pas aujourd’hui. J’ai levé les yeux. Il y avait sur ma trajectoire Hugo, Musset, Scribe… Dans cet ordre-là. Les yeux attirés, puis tirés vers le sol fait de sons. Je ne l’ai pas reconnu de suite. Un homme. Dans une veste bleue. Et puis des notes, des mains que je connaissais. Alexandre Tharaud. J’ai pensé à Amour de Michael Haneke. J’ai pensé aux Gymnopédies de Satie… J’ai pensé et puis je n’ai plus pensé. Je me suis laissée absorber. Nuage, une proposition de Mathurin Bolze. Des apparitions. Des disparitions. Le dialogue, la conversation entre le pianiste et les deux circassiens. Il y a ce contraste saisissant entre le contexte qui donne une impression tout à fait réelle et les mouvements qui ne semblent pas l’être. Les corps se contournent, s’arrêtent. Les mains tapent sur le piano. La place des Célestins est une caisse de résonances incroyable. Le piano se referme. Alexandre Tharaud – tête en bas – continue de jouer. Les enfants se sont approchés. Il n’y a plus de cris. Les cordes à sauter, les ballons ont été abandonnés. Que le piano. Le bruit des pas, des corps. Les empreintes sonores. L’endroit parfait. Assurément. Non pour lire (pas aujourd’hui) mais pour avoir la tête dans les Nuages. J’ai rangé le livre. J’ai scruté le plateau. Je n’ai pas osé m’approcher. J’ai laissé aller l’imaginaire. Il y avait ce calme recouvré. Nuage!!! Un très beau titre pour une très belle proposition à trois voix.

Cavale – Froid. Les doigts recroquevillés au fond des poches. L’attente. Le regard se porte sur le ponton. Blanc. Les spectateurs longent les Quais des Célestins. L’installation flottante se déplace et suit le mouvement des vagues. Les cordes disparaissent et se noient doucement dans les remouds. Blanc. Surface plane. On entend dans un coin du cerveau… une musique de Schubert… Auf dem Wasser zu singen (chanter sur l’eau) – L’eau, un élément qui semble correspondre au « joueur » Yoann Bourgeois, auteur de ce poème Cavale. Il y a quelques années, aux Subsistances… il s’immergeait dans un tube, dansait en apnée. Sous l’eau. Peut- être que la confrontation aux éléments, le rapport à une matière vivante est un élément important dans son travail d’écriture. NUIT… On prend le temps de regarder, on découvre – peut-être – la vie sur la Saône, le passage des péniches. Lire la petite note d’intention et murmurer le nom Sisyphe et penser au livre de Camus… La musique sort de l’installation. Un bateau, dans lequel se trouve Yoann Bourgeois et Mathurin Bolze, s’approche. Applaudissements. Les danseurs/acrobates grimpent sur le ponton. Costumes identiques. Se placent à « l’avant scène », ouvrent leurs vestes. Mains plongent dans l’intérieur et extirpent le collant gris. Sont en cavale, le visage dissimulé sous la matière grise. Répétition d’une même situation. Le corps tombe, se relève, court, s’arrête juste avant la chute. Le poème répond à un autre poème, celui de Pasolini… « Il ne lui reste que cela, une vitalité désespérée. La vitalité désespérée, c’est la haine de la mort. » Il ne pleut pas – Que le vent glacial… Deux escaliers… Des marches vers un infini… Cavale… Sur l’eau. Les corps investissent le trampoline pour entrer dans une course infernale et effrénée S’élancent, se tordent, se touchent, s’évitent. Il y a la recherche de ce point de suspension. Entre la chute et l’envol. Cavale. Cavale. Cavale. Puis disparaissent et sautent dans le vide (ou presque). Disparitions.

Fragments de vide – Fragments de vide, de pistes Je suis arrivée vers 17 heures pour assister à la répétition du jour (devant les Célestins). Derniers réglages pour le spectacle Nuage. Il y a l’euphorie enfantine, ça court, ça tombe, ça se tord les jambes, ça se relève, ça pleure… et ça vit. Et puis, il y a le plateau … L’équipe des Célestins s’est peu à peu rassemblée sur la place. J’ai cru – un instant – qu’un technicien tentait de remettre un câble. Ce n’était pas un technicien. Armé de chaussons, s’est attaqué à la façade, à son ascension. Vertiges. Avec une facilité déconcertante, il s’est hissé au sommet du théâtre. Vertiges. Les vertèbres craquent. Les yeux rivés vers le point culminant. La respiration au bord des lèvres… Les mains. Les pieds sur les visages de pierre. Les doigts dans les bouches, dans les creux. La piste sur la paroi. La trajectoire verticale. Vertigo… La spirale orange se déroule. Altération des sens et de l’horizon. Garder la trace dans le corps, sous la peau et les ongles. Le temps de la représentation comme un cercle au-dessus de l’eau. Le galet qui poursuit sa trajectoire dans les eaux vertes et profondes. Inscrit. La marque. Comme une ride. Comme l’expérience précieuse pour avancer, s’ouvrir. Regarder le ciel. Peut-être le corrompre avec les mots d’auteurs, les mots de comédiens dans la « cage-thorax ». C’est la passion furieuse, lyrique, tragique. Le regard est intense. Posé. Appuyé. On entre. On est tenu par l’émotion. La catharsis peut-être. Monstre théâtre. Cruel et Doux à fois. La corporéité. Spectateur. Témoin. Le nom n’a que peu d’importance. Nous sommes là. Dans les ombres. Dans le souffle de cette grande salle. Et dans la poitrine ça bat. NOUS SOMMES LA. Avec cette conscience pleine.

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