ça ira (1) fin de Louis


Bousculée. Éreintée par ce qui s’est passé, là, ce soir au TNP. Ca ira (1) fin de Louis s’empare de la révolution française. Le soulèvement d’un peuple. Le passage de la révolte à la révolution. Plateau immense. Murs noirs. Une longue table est à l’avant-scène. Les lumières s’éteignent ou ne s’éteignent pas vraiment.

Travailler sur la Révolution française, c’est un peu comme travailler sur les mythes anciens. C’est une matière déjà connue de tous, appartenant à chacun, déjà traitée, une matière devenue mythe.
Faire revenir, ressortir le vivant sous les images figées. Se mettre au cœur des choses, à l’intérieur d’une aventure politique humaine quasiment incroyable, miraculeuse. On ne cherche pas à représenter un ailleurs, mais à faire revivre les faits historiques : donner une sensation de temps présent au passé. Si reconstitution il y a, c’est au sens d’une recherche de matérialisation, de concret, de vérité, pour faire réapparaître ces événements comme pour une première fois. Il s’agit plutôt d’actualiser : « comme si » cela avait lieu « ici maintenant ».
Donner un sentiment de proximité : faire (re)découvrir au spectateur ce qu’il croyait savoir. Chercher ce qui fait racine de notre présent dans ces situations. On doit vivre cette pièce sur la Révolution comme un instant présent. Comme si on voyait se dérouler sous nos yeux une insurrection générale dans la société. Raconter impartialement. Entrer dans la complexité politique et humaine.
Éviter le dogmatisme, la simplification manichéenne, et aussi l’illustration. Le théâtre n’est pas le lieu de la réhabilitation ou du jugement. Mais il peut donner une autre vision des êtres et des événements. Cela interroge, bien sûr, notre rapport au passé et, plus largement, au récit.

Programmé en collaboration avec les Célestins, Théâtre de Lyon.

Sortir du théâtre et courir dans la nuit pour tenter d’atteindre le métro: le dernier. Minuit est passé. Le souffle est haletant et les pieds sont petits alors forcément… l’effort est insuffisant. 36 ça ne fait pas toujours la différence. Entendre au loin le tremblement de ce qui se passe sous terre. Trop tard. Le rideau de fer est fermé.  Être là. Dans la nuit. Ne pas vraiment savoir où aller… Être là. Le résultat de la standing ovation, du temps pris pour sortir, pour se laisser submerger encore par l’ambiance de la salle, par l’élan de ce spectacle. Alors. Dans la nuit. Je ne regrette pas d’avoir pris ce temps, ce temps précieux pour être avec. Il faut désormais trouver un vélov’ et la bonne direction. Rouler. Les doigts frigorifiés. Les yeux piquent. Mais la conscience politique a grandi. Demain. Je penserai peut-être la démocratie autrement, je reverrai peut-être mes convictions à la hausse. Le théâtre n’a pas pour vocation d’être visionnaire, de penser à la place du spectateur, de vous remplir parce que vous êtes vide. (en déplaise à certains assis au premier rang). Il peut cependant interroger le spectateur, le bousculer, l’étreindre aussi. Et si vous êtes vide, alors il est urgent de vous réveiller, de lire, de marcher et de ne pas attendre des autres, qu’ils le fassent pour vous. Merci Monsieur Pommerat pour cette proposition d’envergure et peut-être révolutionnaire. J’ai été bousculée par les mots, par cette vague théâtrale. J’ai renoué avec ce lien, avec cette transmission. J’ai aimé cette réécriture de l’histoire. Entendre des femmes dans l’assemblée… y percevoir des ressemblances… Christiane Taubira? Nadine Morano? Peut-être? Les traits des hommes d’antan ont disparu, leurs noms aussi. J’ai été étonnée, dès les premières secondes, par cette cohue, par ce bruit dans la salle, par les cris. Cela fatigue d’être en mouvement, d’être à l’écoute, de chercher les détails dans les mots. Ces mots qui renouaient avec le sens. Ils étaient remplis.

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