Marguerite


Il faut en profiter. La place de cinéma est à trois euros cinquante. L’occasion de revoir certains films… Le festival Télérama se poursuit jusqu’au 26 janvier. Très jolie sélection… Je me suis donc dirigée vers la salle obscure un peu avant 11 heures. J’aime le cinéma à cette heure-là. Lorsque tu sors, tu es perdu… tu ne sais plus vraiment où tu es, tu erres… Encore dans les images, dans les voix, dans l’atmosphère…La lumière du jour vient te sortir de la torpeur. Tu reviens peu à peu à la réalité… tout semble étrange et lointain. Le cinéma laisse des traces… Alors ce matin, j’étais avec Marguerite de Xavier Giannoli.

Le Paris des années 20. Marguerite Dumont est une femme fortunée passionnée de musique et d’opéra. Depuis des années elle chante régulièrement devant son cercle d’habitués. Mais Marguerite chante tragiquement faux et personne ne le lui a jamais dit. Son mari et ses proches l’ont toujours entretenue dans ses illusions. Tout se complique le jour où elle se met en tête de se produire devant un vrai public à l’Opéra.

Je me suis tout d’abord (comme les autres) un peu moquée de ce personnage. Et puis, la musique, le voyage … Fugue de la Toccata en ré mineur; Voi che sapete; Air de la reine de la nuit… Musique. L’emportement. Je suis à côté du piano, dans la petite pièce aux murs / pourpres / Lumière qui se cogne aux carreaux… Mains qui glissent sur le bois… Voix voudrait mais s’étrangle. Alors. Se taire et suivre des yeux… la démarche maladroite. Marguerite qui voudrait être. Qui s’invente une vie. Qui ne sait pas. Terrible. Ressentir comme les autres la honte, la pitié puis l’aimer totalement pour ce qu’elle est. Essayer d’exister, de vivre… Peut-être un peu aveuglée par ce rêve inatteignable, par cette voix qu’il ne faudrait pas entendre. Le drame orchestré par… Ce quelqu’un qui tire les ficelles, qui joue…. Le jeu est au centre. jeu de simulacres. jeu de rôles. Jeu de massacre… Tout le monde joue mais parfois on ne sait pas trop à quoi… 1920. La belle année. Sur les planches, dans les coulisses. Juste en dessous, sous la scène, se placer dans le trou du souffleur. Suivre les pas et rêver. Rêver au-delà de toutes limites. L’effondrement jusqu’à la folie. Les photographies en noir et blanc attrapent les morceaux de vie. Dévoilent l’être dans sa brisure la plus profonde. Seule. Toute seule. Marguerite. Elle dérive, s’accroche, s’arrache les cordes… Flaque de sang… Très très beau film. La passion dévorante des notes. On suit le rêve un peu fou de cette femme. On absorbe les coups de ceux qui l’entourent. On enrage devant le mutisme. On enrage parfois. On rit aussi. Une vie de mensonges, transformée par les apparences. Marguerite. Un film magnifique avec Catherine Frot et André Marcon. Il s’agit d’un drame. Performance magistrale de Catherine Frot qui nous perce les tympans et qui massacre les plus grands. C’est le jeu. Le jeu de la vérité. De ce mensonge qui finit par condamner son héroïne. Je vous invite à aller voir ce film. Vraiment intense! Je n’en dirai pas plus.

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