Mia Madre


Margherita est en train de réaliser un film social quand elle apprend l’aggravation de la maladie de sa mère. Barry Huggins, un acteur hollywoodien mythomane et star de son long métrage, arrive et rend son travail compliqué. De son côté, Giovanni, son frère, s’occupe parfaitement de leur mère. Il a conscience que c’est bientôt la fin tandis que Margherita préfère faire l’autruche et espère toujours. Sur le plateau, rien ne se passe comme elle le voudrait. Barry ne sait pas son texte et son ancien amant lui en veut pour son attitude passée. Plus le tournage avance, plus Margherita doit se préparer à l’inéluctable…

Entendre dans le noir, les mains essuyer les larmes… Les gorges se nouer. Nanni Moretti. Que votre cinéma est beau, comme il touche, comme il vient remuer ce qui est là… dans le ventre. Je n’ai pas vu le temps passer, j’ai même craint qu’il ne passe trop vite. J’avais peur de cette fin parce qu’elle me ramenait à… Tout ces petits gestes. Toute cette vie. Les étagères pleines. Ces livres. Ces histoires. Comme j’ai peur (souvent) qu’elles se vident… qu’elles se vident… Il y a cet ordre précis. Que faire de tout cela? Que restera-t-il après? Ce sont les mots de Margherita… Il est si difficile de dire au revoir. D’accepter le chemin vers. De se dire que cela s’achève. Que demain n’existera plus… Votre film est un cadeau. Merci. Immense merci. Entre le rire et les larmes… La VIE. Il y a cette scène incroyable dans la voiture. La visibilité tronquée. John Turturro : excellent. Des éclats dans la salle… ça rit… Et puis de l’autre côté… un autre versant… On se souvient de ce cauchemar, de cette sortie de l’angoisse puisqu’il y a des morceaux, des éclats, des souvenirs, des rêves, des cauchemars… Les pieds dans l’eau, dans une mare de larmes. Partir. Et se retrouver chez elle. Entre les livres posés sur le bureau… Découvrir ou redécouvrir le quotidien. On est comme le personnage principal: perdu… Vous jouez avec le temps, avec la réalité et son reflet. La frontière est infime entre ces deux mondes. Tout se brouille comme à l’intérieur des yeux humides. ET j’écoute. J’écoute la musique merveilleuse d’Arvo Pärt. On ne sait pas ce qui est vrai. On ne comprend plus rien dans ces moments-là. Tout devient irrationnel. Votre vie devient irrationnelle et pourtant elle ne vous a jamais autant plongé dans le vrai. On s’accroche. On attrape la main. ON pousse le temps de l’autre côté. On le pousse avec rage. On le pousse. On le plaque pour qu’il oublie un temps… le corps allongé et dévoré de l’intérieur. Et puis, il y a les visages de la mort… Cette mort que l’on ne peut arrêter. Elle marche. « Trois pas, ce ne sont que trois pas. Cela n’est rien. Trois pas….  » Si le corps s’arrête, n’avance plus… On sait. La mort donc. Celle de cette mère qui s’en va… le coeur bien trop gros… Pleurer. Pleurer. Pleurer. La mort. Celle de cette fiction en parallèle… absurde… plaçant l’héroïne dans le doute, face à sa propre existence, à son humanité. Ce départ interroge chaque personnage. Se placer dans le mouvement. Apprendre la langue morte. Le lien des générations, ne pas savoir si cela servira à quelque chose… mais le lien est là entre les pages d’un vieux dictionnaire. De cette auto-fiction, de ce double féminin… entendre les murmures en italien. Les doutes. La révolte. Le déchirement. La vie dans des cartons… balayée par la poussière. « Demain » que ce mot est joli, comme il est beau dans ce film… Le lien entre votre vie et votre fiction. Votre mère. Nos mères. Mia Madre. Comme on a envie de dire « je t’aime », d’attraper les mains vieilles, de les serrer aussi fort que possible. On redoute la fin, on redoute cet au revoir. Alors forcément, je ne sais pas si je vous ai donné envie d’aller voir ce film. Mais je vous assure que cela est!!! Intensément beau!!!

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