H la langue


Vingt heures. Peu de personnes dans le hall blanc. On attend. On discute (comme souvent). On découvre la salle. Magnifique plateau. Entendre un bruit métallique. Apercevoir des câbles électriques sous les fauteuils. On joue Hamlet-Machine de Müller ce soir et cela va être fou. Un texte divisé en cinq parties. Des morceaux. Des blocs de mots. Le ressac peut-être. Et nous étions Hamlet. Et nous étions dans le rêve brumeux de ce texte lu il y a quelques années déjà. Un vague souvenir. UN. Un album de famille. « QUI EST CE CORPS DANS LE CORBILLARD / POUR QUI CES PLAINTES ET CES PLEURS /LE CORPS EST CELUI D’UN GRAND (…) » Entendre doucement des voix, des voix qui s’entremêlent, des voix venues du lointain, des voix que l’on ne comprend pas. Le noir doucement sur le plateau. Le noir et le vent. La force d’un vent. Comme c’est beau. Surface du plateau déchiré par la violence de ce vent, des sacs emportés, des corps. La lenteur. La beauté. Les premières minutes ont été magnifiques et intenses. Et puis ce temps a duré et tant duré et tant duré que peu à peu… mon petit cerveau a fini par vagabonder… De longues minutes. Un éclat de voix féminin. Le jeu forcé. Mettre. Puis enlever le costume. Mettre. Puis enlever le costume. Ceci n’est pas un exercice. Ceci n’est pas un exercice. Mettre. Puis enlever le costume. Ceci n’est pas un exercice mais cela y ressemble. Comme un échauffement. Comme une amorce du travail au plateau. Comme un atelier. Comme. Hamlet s’est perdu, emporté par le vent… L’esthétique est magnifique mais cela ne fait pas tout. Pas de texte. Pas de mots. Trente minutes d’assemblage furieux d’un décor (certes très esthétique et très ingénieux) mais que c’est long. Que c’est long. Ceci n’est pas un exercice. BLABLA. Entendre les mouettes et penser à leurs briser les ailes, à prendre leurs plumes. Et puis enfin. On se dit enfin à ce moment-là. Le comédien s’avance. Ouvre la bouche. Le néant. L’envie de fuir. De dire « Chut ». Ce chut à toi, comédien qui porte la couronne du roi Hamlet, qui ne fait pas résonner le texte. Ce texte qui ne s’entend pas, qui devient opaque. Les lettres avalées par la bouche. Le jeu ou l’absence de jeu. La cachette derrière des artifices sous couvert d’un nouveau théâtre, d’un nouveau concept. Et tu en oublies d’incarner, de te mettre au service des personnages. Tu brilles. Tu brilles… Quel dommage. Parfois, dans ce chaos sonore, étouffé par les accessoires: l’image. Le jeu des ombres. Le rouge intense. Il y avait matière à. Mais on se perd dans le capharnaüm. Le théâtre vous laisse parfois un goût amer dans la bouche. L’ennui et la désolation se glissent sous votre fauteuil et vous trouvez le temps affreusement long. Terriblement long. La machine infernale. Je tairai le nom du metteur en scène, du théâtre etc. Je dirai juste le désarroi, la paralysie du spectateur. Pas de leçon… Un simple… « je n’ai pas aimé ».

Pour en savoir plus sur Müller, voici un petit mémoire intéressant: http://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00714630/document

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s