S2


Placée en S2. Tout en haut. Il n’y a presque rien derrière. Deux rangées. S’installer. Feuilleter le programme. Trépigner d’impatience. On l’a attendu pendant des mois cette pièce. Alors. Forcément. On trépigne en S2. L’Avare. Une mise en scène signée Ludovic Lagarde. J’adore son travail. Je le connais depuis Cadiot, depuis le festival d’Avignon. Laurent Poitrenaux !!!! Immense talent. Merveilleux interprète.

Et dans les rangées qui s’habillent de corps, de vestes, de voix… Tout là-haut… En S. Une jeune femme s’assoit à ma gauche. Une dame accompagnée par ses petits enfants prend  la droite. Et puis. Ensuite. Le troupeau. On l’appellera le troupeau parce que je n’ai que ces mots-là dans la bouche tant la colère est encore palpable. Ils paraissaient sympathiques au début, même attendrissants ces lycéens. Voyage scolaire. Une riche idée! On a pensé une seconde à ces autres que l’on a chaque jour devant soi. Combien ils peuvent être fantastiques!!! Combien il est important de les emmener dans des lieux comme celui-ci. Surtout aujourd’hui. L’ouverture. L’écoute. L’apprentissage. L’expérience collective. MAIS. Il y a ce petit mais qu’il ne faut pas oublier. Des jeunes gens qui cherchaient désespérément leurs places. Des jeunes gens sympathiques donc. Pas d’a priori. On a pensé que la soirée allait bien se passer. Au milieu. Quelques spectateurs isolés et peut-être prisonniers dans ces tranchées d’élèves. A quoi faut-il s’attendre lorsque deux voire trois rangées sont composées par des élèves, des lycéens? A quoi faut-il s’attendre? Au bordel. C’est tout simple. Au bordel!!! ça a commencé  dans le noir, dès les premières secondes. Les rires. Les voix qui ne se taisent pas. Les silhouettes qui ne comprennent pas l’importance de cet instant. C’est ce temps nécessaire à la bascule. On change de monde. On passe de l’autre côté. On se rend disponible. On devient peu à peu spectateur. Il faut du temps pour devenir spectateur. On ne passe pas d’un état à un autre. D’une réalité à une autre. On voit bien que ça ne se tait pas, que « ça » n’a pas du tout envie de se TAIRE. On se tait du verbe se taire comme dirait Barbara. « ça » n’a pas du tout conscience qu’il y a des personnes qui aimeraient écouter!!! Mais vraiment écouter et qui ont décidé de venir!!!  On peine. On lutte. On se concentre. On cherche à rentrer dedans. A imaginer un rang plus près, des sons plus forts, des scolaires ailleurs. Loin. Vraiment très très loin. On imagine. Mais on le sait l’imaginaire a des failles et la réalité est bien là. La jeunesse ne tient pas en place, se retourne, bavarde, ricane bêtement, s’ennuie, baille. Au début on reste calme. On est gentil et bienveillant. On pense au tibet. On écoute Laurent Poitrenaux et on respire. On respire. Merci Laurent Poitrenaux. Merci aux comédiens pour ces échappées sauvages vers vous. Ma voisine de gauche a craqué une fois. S’est levée de son fauteuil. S’est penchée. A dit quelque chose et les voix se sont tus. Le portable s’est éteint. La rangée continue son fourmillement, ça s’agite. Toujours la même tête qui dépasse, se penche, parle et parle fort. Un petit signe. On reste gentil. Mais ça se poursuit, ça se retourne et ça continue à vivre malgré les autres, au détriment des autres piégés dans cette masse. Et on boue. On brûle presque. On a envie que cela s’arrête, d’aller trouver cette personne et de vider les poches de mots (dans toutes les langues). Mais on reste calme. On regarde la scène. On se fait rattraper par l’histoire. On ne dit rien. On entend encore les bruits. Le regard est happé par les écrans, par les quelques selfies. Formidable. Et personne ne dit rien. Forcément!!! Marée. On est dans la marée, dans la mélasse et la représentation est dévorée. sdqsjkhdkjqhd (ce qui est là n’est pas traduisible). On finit par pester. Par tape du pied. Une cadence. On va bondir. On va mordre. Et puis non. On reste calme. On tente de profiter malgré tout. On tente!!! Mais on n’y parvient pas. Représentation foutue! Merci! Vraiment merci!

L’importance de diviser le groupe, de faire des trinômes par exemple, de les créer soi-même, de travailler en amont et puis après la représentation. Je pense au Théâtre de la Colline où on a pensé à cet accueil. Cela permet cette rencontre entre ces deux catégories peut-être de spectateurs: ceux qui choisissent et puis ceux qui ont l’obligation d’être là … Il y a vraiment matière à réflexion. Ne pas emmener ses élèves d’un bloc comme ça pour aller au théâtre. Parce que ça fait une sortie. Parce que c’est bien le théâtre! La classe doit disparaître, se fondre pour permettre à ces élèves de devenir peut-être des spectateurs. J’ai vu hier soir de jeunes gens qui étaient en sortie scolaire avec leurs potes et se permettant d’être ce qu’ils sont à chaque seconde. Je ne blâme leurs enseignants qui ont certainement fait le maximum et qui ont au moins le mérite de tenter cette expérience. Mais on se réveille!!! On pense aux autres. Cela n’est pas très grave bien sûr. Mais ça fait bondir. J’enrage. 25 euros la place quand même. C’est un prix. Un budget que l’on décide de mettre. Je ne compte pas les deniers. Mais une seule représentation! UNE SEULE. Pas deux. Le théâtre ne va décider pour vos beaux yeux et parce que vous étiez piégés dans cette rangée de vous offrir une deuxième place. On ne peut pas se repasser le film. Le spectacle est passé. Et c’est terrible car on a raté des choses, des détails, des morceaux entiers parce qu’il y avait cette bouillie constante sur deux voire trois rangs: téléphone, écrans qui s’allument, des bruits, des voix, des bavardages, des bouteilles qui s’ouvrent, se ferment…. Un groupe fort et ensemble!!! Je ne sais pas pour les quelques spectateurs qui étaient au milieu, mais ça m’a gêné et le mot est faible. Concentration presque impossible. Aucun respect. Dire les choses calmement. Recommencer. Demander le silence. Mais le mouvement incessant. Les bouches qui parlent encore et encore pour couvrir parfois celles que l’on voudrait entendre. Celles des comédiens!!!! Texte parasité. S2!!!

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s