L’exercise 3: Catherine Serre


Pauline Catherinot:  Quelle serait votre définition de la poésie?

Catherine Serre: c’est aller au devant d’une langue /d’une matière de mots qui permet de vivre  / supporter la vie / comprendre la vie / créer la vie

un chemin de liberté, d’autonomie de la pensée, de création sans limites

Pauline Catherinot: Que pensez-vous de la place qu’elle occupe à l’heure actuelle ?

Catherine Serre: il y avait cette chanson des années 75 chantée par Brigitte Fontaine, le bonheur ; elle y décrit comment l’indispensable va être relégué et remplacé par un fake (on ne savait pas le mot alors) une pâle imitation multipliée pour l’écouter : https://www.youtube.com/watch?v=bBPmJp20g4Y

en voià un passage qui dit bien ce qui se passe actuellement avec la poésie et donc avec le langage, l’affadissement des mots, la spoliation de leur sens pour produire du contre-sens :Pour que les gens ne se révoltent pas,
ils fabriquèrent
d’innombrables copies de la bête.
Pour qu’ils en soient dégoûtés,
qu’ils n’y comprennent plus rien
et qu’ils l’oublient,
ils la firent bien mauvaise.

On en est là aujourd’hui, tant de succédanés, tant d’ersatz, tant de fois le mot « poésie » employé pour qualifier une chose douce et mièvre, ni sale ni déchirée, une qualification sans aucune prise de risque, pas toujours dans le domaine du langage, une facilité des interlocuteurs pour évacuer le sujet, comme si une chose poétique ne pouvait pas être analysée, comme s’il s’agissait d’une nature et pas d’un engagement, évacuant par là-même les choix esthétiques des artistes. Une photo « trash » ne sera jamais qualifiée de poétique par exemple, (idem pour l’écriture) Mais je crois aussi à la théorie de Julien Blaine quant à l’avant-garde, à savoir : il faut 200 ans pour qu’un mouvement influe, marque les époques. L’avant-garde peut être daté par exemple en 1912 où lors d’un voyage de paris dans le Jura  Appolinaire, Picabia et Marcel Duchamp parlent des heures et posent les bases de cette avant-garde, ils s’y tiendront même si une telle rencontre ne se reproduira pas et si chacun d’eux ira irrigué une branche différente. On serait donc à mi-parcours, cela donne du courage mais aussi de l’énergie à  essayer de la comprendre, de la suivre chez les autres, de la soutenir, de tenter de participer de sa construction. En somme essayer de savoir ce qui change le monde dans nos écritures, et permet de reconnaître les passeurs / passeuses de ce mouvement, même s’ils ne s’aiment pas tous !

Pauline Catherinot: Quelle est la place des femmes dans le paysage poétique?

Catherine Serre: Dans le paysage de la poésie comme dans le reste des paysages artistiques mais pas que ….les femmes sont lectrices, spectatrices, admiratrices mais sous invitée, sous sollicitée en tant que créatrices et très grave en poésie: minorant les sujets qu’elles abordent  – je veux dire masquant les sujets sous une forme adoucie, en dans les formes de proses poétiques que cet écueil est plutôt mieux surmonté (me semble-t-il …) je crois qu’en terme de roman, de danse, de théâtre, d’art plastique la création d’avant-garde est investie aussi bien par des hommes ou des femmes,  l’engagement vis vis les sujets est comparable même si l’équilibre du nombre de présentation est en défaveur des femmes, je ne crois pas à une écriture féminine par contre je suis sûre qu’une assignation souvent répétée, revécue, intégrée aboutit à un affadissement de l’écriture, presque à un évitement des sujets.

La maîtrise de la forme permet de « se cacher », il y a comme une difficulté à proposer de formes nouvelle voire une imitation de la création masculine même parfois. Par exemple en poésie sonore la spécificité de la voix féminine est trop peu source de créativité dans l’émission des sons, des mots, des formes – les chanteuses et vocalistes l’assume depuis longtemps pourtant ) pour moi quelques grandes actuellement : Nathalie Quintane, Nat Yot, Hortense Maxime Pascal, Laura Vasquez, Pascale Petit, Emmanuelle Pireyre, mais aussi d’autres dont les noms ne me viennent pas, je suis assez mauvaise à cette mobilisation des noms propres

je trouve pour toi en farfouillant à la recherche d’une liste de femmes poètes pour éclairer ce que j’écris et tombe sur le travail datant de 2006  dans le Poézibao de Florence Trocmé,

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/04/grande_enqute_d.html
http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/04/une_grande_enqu.html

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s