Lettre à un jeune poète: Patrick Aspe


Une classe. Des sixièmes. Une envie de partager avec eux ce lien précieux et vivant avec la poésie. Une demande simple: Écrivez une lettre à un jeune poète… Découvrez aujourd’hui, la proposition de Patrick Aspe.
Pour écrire de la poésie, tu dois prendre ton temps, ton temps à bras le corps, il montera en toi dans la sensation même des mots jaillissants de ton être. Surtout ne soit pas trop pressé. Laisser venir, laisser faire l’instant .
Tu poses sur ta page un point, les couleurs des voyelles, Arthur en majuscules dans le voyage d’une ivresse.
Épris des vents , tu te tiens droit sur le bastingage, tu tangues avec la houle et des embruns plein le visage . Puis libéré de tes doutes , tu rages d’impatience féroce à l’heure venue.
Image d’un taureau de corrida aux parois de Lascaux quand Pablo se lève pour un Goya dans la poussière du soleil de Ronda.
Il peut passer le pas de Lorca.
La même main d’une gitane noire dresse ses jambes autour de ton cou saignant des lignes de vie sur les crêtes blanches de la Sierra Nevada.
Alors, alors , dans Saint Cirq Lapopie, déserte d’un matin des givres de janvier , tu pousses la porte de la dernière demeure d’ André Breton, en criant vive Dada , cabaret Voltaire et Tzarra.
Alors. Tu te fais ton cinéma et voyageur immobile :
Tu regardes au minimum dix fois bien dans les yeux et dans le coeur:   » Le cercle des poètes disparus « , en écoutant la trompette de Miles Davis et les chants d’Hildegard von Bingen.
Il encore temps de faire demi tour.
De prier à la corde qui glisse dans la nuque du pendu quand Villon attend dans sa cellule.
La poésie c’est un instant,un instant simplement à la mémoire courte d’une étreinte de mille et milliard d’années quand Maiakosvski embrasse la lune.
Tu peux dire que les oubliés inconnus incroyables des chants de l’Amazone, du désert australien, de la cime du Lhotse, des îles Mindanao, ou des champs de glace du Kalaallit Nunaat ont toujours les larmes dans la voix quand une femme enfante l’enfant à cette vie que voilà. Poésie.
Un slam lent descend dans le jazz.
Des mots, ce ne sont que des mots, des mots moments où tu vas.
Ils sont là. Pris entre tes doigts, et comme un Beaudelaire qui dit  » – Ainsi apporterai-je dans ces préceptes dédiés aux jeunes littérateurs une tendresse toute fraternelle « .
Que savons nous du secrétaire de Rodin, quand dans son asile internée criante d’une désespérée Camille Claudel brise les marbres d’une madone, alors que son frère publie une annonce faite à Marie.
Peux tu écrire les pierres noires de la terre du Chili à Neruda quand des imbéciles coupent les doigts de Jara.
La poésie.
C’est quoi.
Un verre d’absinthe pour Verlaine.
Tu peux écrire, l’oiseau liberté dans la résistance du capitaine Alexandre quand coule l’eau froide de la Sorgue .
Cahiers d’écoliers…
Il en est ainsi, et je n’ai rien dit, une femme Kabyle, chante toujours, des chants de sa grand-mère appris de la grand-mère de sa grand-mère…
Mots Inuit sur la banquise .
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