Florentine Rey…Rencontre (1/2)


Pauline Catherinot: Quel serait ton premier souvenir de poésie? Ta première expérience marquante? 

Florentine Rey: Je crois que c’est lié à un personnage de Bande Dessinée qui s’appelait Frédéric… dans mon enfance. Il changeait les pierres en tâches de couleur.

Pauline Catherinot: Quel est ton parcours? 

Florentine Rey: J’ai suivi une CHAM en musique, je faisais du piano. Il y a eu un grand vide quand j’ai arrêté. Un an d’hypokhâgne et puis les beaux arts. A la sortie des beaux-arts, j’ai créé une association qui regroupait des gens de milieux différents. Ça a pris de l’ampleur. C’était devenu un truc assez conséquent… une entreprise… la dernière année je n’avais plus le temps de créer, et c’est là que j’ai commencé à écrire. J’ai trouvé quelque chose qui regroupait tout ce que j’avais expérimenté jusque-là… la rencontre avec un domaine qui me passionnait, qui me transformait. J’avais pas mal travaillé en vidéo et avec le son. J’ai stoppé ce travail car c’était comme si ça me dispersait, je n’arrivais pas à aller à l’essentiel. L’écriture, c’est ce qui me recentre et me transporte le plus. C’est une histoire d’impact.

Pauline Catherinot: Quels sont les poètes, les auteurs, les artistes qui ont marqué ton cheminement? 

Florentine Rey: Michaux pour la puissance de l’imaginaire. Tarkos, c’est le bouleversement de la langue, c’est faire cracher le poète, le texte est ce quelque chose qui encombre la langue. Chez Tarkos, il y a une dynamique très physique… Et les auteurs femmes, Pizarnik, Duras, Jelinek…

Pauline Catherinot: Que penses-tu de la place des femmes aujourd’hui? 

Florentine Rey: J’ai conscience d’une injustice profonde depuis tous temps et maintenant que j’ai la main sur ce que je peux dire, j’ai la responsabilité de faire parler en moi toutes celles qui veulent parler. Il y a un héritage trans-générationnel. Je n’avais pas la conscience d’une nécessité féministe. C’est comme si dans un passé très lointain j’avais souffert de ça, j’ai l’impression de porter en moi cette injustice d’une condition féminine qui n’autorise pas à habiter le monde librement. Le monde a été construit par et pour les hommes. En philo, j’ai été frustrée de trouver très peu d’auteurs femmes… ça oblige à inventer… à devenir très forte. Si ça pouvait être moins dur ce serait bien. Et en ce moment il y a plein de choses qui viennent ébranler nos acquis,  les femmes sont les premières touchées en temps de crise, quand les traditions reviennent en force.

Pauline Catherinot: As-tu des modèles parmi les femmes? 

Florentine Rey:  je ne sais pas si j’ai des modèles mais il y a beaucoup de femmes, poètes, scientifiques, aventurières dont les parcours peuvent m’inspirer. Sur les femmes écrivains, on peut lire le très beau livre 7 femmes de Lydie Salvayre. Je pense à Pizarnik et à cette phrase dans Arbres de Diane (traduit par Jacques Ancet). « Dire avec les mots de ce monde, que m’a quitté un bateau qui m’emporte ». Ce qui nous tue c’est aussi notre remède. On est toujours dans un présent qui se dilate.

Pauline Catherinot: La poésie est-elle nécessairement un engagement? 

Florentine Rey:  La poésie dans sa dimension politique, c’est s’autoriser à dire, un individu-femme s’autorise à parler, pour porter une parole. Je me suis autorisée à me dire que ma parole singulière rejoint une parole collective. J’ai une responsabilité. Cette question de la responsabilité, fait que je m’engage. A partir du moment où je peux, je m’engage.

Pauline Catherinot: Tu travailles beaucoup la question du corps. Il me semble que tu fais du yoga… est-ce que cela influence ta poésie? 

Florentine Rey: J‘ai découvert le Yoga Kundalini il y a quatre ans. C’est un yoga très exigeant. Il te pousse dans tes retranchements, cela m’a ouvert à d’autres possibilités. Il y a quelque chose de loger à l’intérieur du corps qui cherche à se dire… Il y a un texte que j’ai écrit et qui vient de paraître chez Gros Textes : Le Bubon. C’est l’histoire d’une cloque qui vient se loger dans la joue. Mon travail serait d’expliciter ce non-dit. Le yoga m’aide à nettoyer le corps et le mental pour arriver à plus de clarté et plus de lisibilité. Je collabore également avec une professeur de yoga, Aline Chagnon. Nous avons monté des ateliers méditation, écriture, yoga, danse…  Je viens de terminer une formation Shakti Danse, le yoga de la danse, créé par Sara Avtar et basée sur les gestes du kundalini yoga… J’essaie de trouver un geste spontané, qui ne serait pas la réponse attendue à une situation donnée, comment arriver à trouver un inédit, une surprise qui passe par moi mais qui vient de plus loin que moi.

Pauline Catherinot: Quels sont tes projets à venir? 

Florentine Rey: La semaine prochaine… la sortie du Bubon chez Yves Artufel, Gros Textes. J’ai fait les illustrations textes et images qui ont été retravaillées par un ami graphiste, Eric Martin. Le Bubon, ça dit quelque chose de mon expérience, le corps créée une cloque et quand tu trouves les mots… ça disparaît. Il y a des éléments autobiographiques dans ce texte.

Pauline Catherinot: Si tu étais un son? 

Florentine Rey: Un souffle mais c’est un peu facile. Un souffle., un son rose comme la voix des grenouilles, c’est le son qui prépare la note…

Pauline Catherinot: As-tu un livre de chevet? 

Florentine Rey: Il change. En ce moment, je relis les journaux d’Antoine Emaz, je trouve ça généreux de donner à faire lire les coulisses de la création.

Pauline Catherinot: quel  serait ton ancrage ?

Florentine Rey: C’est mon corps, mon point de chute. C’est cette confiance gagnée. Peut-être que les femmes le comprendront mieux que les hommes, cette sécurité intérieure qui est fragile mais qui est là. Je me fous de beaucoup de choses aujourd’hui, de plaire… tout ce qui pouvait m’encombrer autrefois, être identifiable, accessible. Je parle souvent de la liberté, la première c’est d’abord par rapport à soi, La liberté, elle se gagne dans le rapport de soi à soi, dans la levée des restrictions.

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