Florentine Rey… Poésie et Performance (2/2)


Florentine Rey vient de publier un DVD aux éditions Delatour France. C’est à cette occasion que nous nous sommes retrouvées au café le Tasse Livre à Lyon.

Pauline Catherinot: Le dvd s’intitule Poésie et Performances. Pourquoi ce titre? 

Florentine Rey: Il s’agissait de performances… La poésie comme quelque chose de vaste et la performance comme une forme qui émerge de la poésie. Cette forme pourrait être un poème, un film, un tableau…

Pauline Catherinot: Comment est né ce goût pour la performance? Comment a-t-elle émergé dans ton travail? 

Florentine Rey: Il y a la nécessité de dire depuis le corps et de faire de ce corps le moteur de l’acte créateur. Aux Beaux-arts,  j’ai travaillé la performance avec les nouvelles technologies. J’allais chercher le potentiel… il fallait quelque part parvenir à dire avec des images. Avec la poésie, il s’agit de chercher les mots logés dans le corps. Avec la performance, il y a le partage d’une énergie avec les spectateurs, c’est une recréation du poème. Quand je fais une performance, j’utilise mon corps comme support. Je capte l’énergie des gens à travers le filtre du poème. La performance éclate les sphères : spectateur – auteur – texte. Il s’agit d’une prise directe sur l’espace temps.

Pauline Catherinot: Quelle serait ta définition de la « performance »? 

Florentine Rey: Et bien… ce serait donner forme « à un au-delà » du mot. Ce dernier est plein de vibrations. Ce serait donner forme à une vibration qui dépasse les mots, se servir du corps pour mettre en forme quelque chose. C’est augmenter le poème, une sorte d’aboutissement du poème… un aboutissement dans une forme d’énergie différente.

Pauline Catherinot: Dans les poèmes-performances que tu crées, le corps semble atteint… c’est assez frappant lorsque l’on te voit sur scène ou lorsque l’on découvre ton dvd. Qu’en penses-tu? 

Florentine Rey: Il est tout le temps atteint… Avant… les mots, les situations, les émotions entraient comme un impact. Cela venait, cela faisait des ravages, je ne maitrisais pas l’entrée et la sortie des émotions… grâce à la mise en mots, j’ai pu faire sortir l’impact sous une forme qui me permet d’aller vers l’autre, au lieu d’être enfermée dans un corps qui ne peut contenir tout cela. Autrefois la somatisation était un problème et maintenant c’est un langage, un pré-langage,  celui de l’intuition.

Pauline Catherinot: Tu parles souvent du pré-langage, de quoi s’agit-il? 

Florentine Rey: Je fantasme sur un espace ouvert, non cloisonné, un grand espace de liberté où il n’y aurait pas encore de formes, le rien.

Pauline Catherinot: Comment cette collaboration avec Claire Terral est-elle née ?

Florentine Rey: Je cherchais quelqu’un pour faire une lecture. J’avais un texte que je voulais lire autrement avec un accessoire. Claire est comédienne et plasticienne, elle a un rapport particulier à la matière et aux objets. Les textes ont pris une autre dimension que celle de la lecture. Il y a un rebond efficace entre ce que je propose et ce qu’elle me renvoie. Il y a trois personnes qui m’aident. Claire m’empêche certains débordements. Avec Thibaud, on partage la fantaisie, on peut partir dans tous les sens… et avec Fabienne c’est le détail de la lecture. C’est la rencontre des trois qui créé une cohérence.

Pauline Catherinot: Et donc justement sur cette forme, sur cette cohérence… que peux-tu nous dire? Comment l’unité entre les textes, les poèmes-performances s’est-elle créée ?

Florentine Rey:  J’ai eu envie de vivre l’expérience d’Avignon. J’avais déjà proposé certains de mes textes à différentes occasions, dans différents endroits. Pour Avignon, j’ai travaillé avec Claire, Thibaud et Fabienne pour mettre en place un enchainement. Avignon c’est une bonne expérience mais je me sens plus à ma place dans les festivals de poésie. La poésie, c’est la forme la plus ouverte que j’ai pu expérimenter. J’ai fait beaucoup de choses différentes : il y a eu la musique, les arts plastiques, le roman, le roman graphique… Dans la poésie, je peux être tout cela à la fois. Je peux être musique, installation… On retrouve le rapport aux objets. La poésie c’est espace de fusion, un espace libre. A Avignon, on m’attendait à un endroit précis : celui du théâtre et de la mise en scène. Je n’ai pas pu me montrer dans cette multiplicité mais le projet était là : entier et vivant.

Pauline Catherinot: Comment prépares tu tes lectures ?

Florentine Rey:  Je vais chercher la confrontation avec quelqu’un… car je sais que je ne suis pas la meilleure personne pour faire passer le texte à la sortie de la création. Pour la lecture, pour être au bon endroit, j’ai besoin de me faire aider. Je travaille avec des gens qui voient le potentiel des textes… c’est ce que je fais avec les ateliers d’écriture en essayant  de placer l’auteur au bon endroit. Il s’agit de servir la langue. Il faut se remettre au service de son propre texte.

Pauline Catherinot: Comment faire vibrer le réel autrement? 

Florentine Rey: Il y a quelque chose qui se crée avec les autres, quelque chose de très puissant. J’étais invitée à Gennevilliers à la Maison de la Solidarité, avec des sans abris. J’ai passé une partie de l’après-midi avec eux, on a discuté, épluché des fruits… le soir j’intervenais avec le philosophe Guillaume Leblanc qui a travaillé sur la figure de Chaplin… Il était prévu que la poésie vienne « illustrer » la conférence. En arrivant il me dit essayons de faire un truc moins institutionnel. Devant le public, il a laissé courir sa pensée à partir des performances que je proposais… le rebond entre nos propositions a très bien fonctionné et ça a touché à la fois les sans abris et les universitaires. Toucher l’autre à un endroit où il est déconditionné. C’est aussi ça la poésie, c’est mettre quelque chose en vibration. Le poète fait vibrer le réel autrement. C’est beau et puis c’est généreux.

Pauline Catherinot: Quel rapport entretiens-tu avec l’intimité du quotidien? 

Florentine Rey: Ce quotidien a été très pesant pour moi et pour les femmes autour de moi. Comment faire de ce qui t’étouffe quelque chose qui te nourrit? Finalement, c’est la création qui sauve. J’adore le quotidien dans lequel je vis aujourd’hui car il y a une possibilité de changements. Je suis nomade, je mange rarement dans la même assiette, j’habite des lieux différents. Quand je suis dans une routine il y a comme un aveuglement.

Pauline Catherinot: Le rapport aux objets est un élément fondamental dans ta pratique ou du moins de ce projet… Comment naissent les textes? Est-ce l’objet qui te mène vers le texte? Est-ce l’inverse?

Florentine Rey: Pour les gants et les coquilles, le texte est venu avec l’objet. Le texte a généré l’objet. Pour les moutons, on a cherché un accessoire qui permettait de dérouler le récit. Certains textes sont au bord du récit, de la fable. L’objet… tu le regardes… c’est comme s’il t’appelait. J’utilise des objets qui sont des clichés, je détourne le quotidien. Parfois l’objet est très loin du texte, comme avec les biscottes… La fragilité de cet objet induit le sens, ouvre des perspectives, on peut alors faire entendre un message et parler au fond de l’individu.

Pauline Catherinot: Et enfin, une dernière question… Comment le projet de publication s’est-il concrétisé avec les Editions Delatour? 

Florentine Rey:  C’est Diane Delatour qui m’a vue à Sète. Elle m’a fait la proposition de l’éditer. Elle m’a dit: « Je vous propose un dispositif : vos textes seraient comme des partitions et le dvd serait l’interprétation. » et voilà le projet était lancé.

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