W(h)y(att)… Marcel Kanche… W(h)y(att)… Bruno Tocanne…


(c) photo D.R.

Remerciements à Patricia Jullien, à Marcel Kanche et I.overdrive trio

Près des pavés, près de la fanfare. J’ai rendez-vous. Comme sur un lit de chaux, les rêves se métamorphosent entre deux morceaux de crêpes au sucre…  Je n’ai rien. Qu’une fourche abîmée. Trois fois le même pont. Avec la même absence de direction. Que l’envie dans le sac. celle d’aller de l’autre côté, d’entendre la voix, les mots parlés de Marcel Kanche. Les mots parlés de Bruno Tocanne… Il fallait simplement aller de l’autre côté… Alors j’imagine. Entre les écorces humaines, s’étendre sur ses pensées. Les paupières protègent – encore – L’oiseau dort. Et comme les pas n’ont pas arrêté une seconde, pas une minute… que la bouche n’a rien mangé depuis longtemps. Repas de cailloux. On s’arrête. A un café. A une table. A un coin. Dans les oreilles, de la musique. Homme à genoux. Le piano. Les images en noir et blanc…  A cet instant. Rien d’autre n’existe. Que le carnet. Que les projections lentes. Que les manuscrits. Que les échappées brunes et légères… « I sleep on the wing Above the rainclouds Blown by the wind (no roots on earth) No ground below (No ground below) (…) Am I from Venus? » (Robert Wyatt). J’écris sans écrire. Je vois sans voir et le temps passe, l’aiguille tape… Presque sublimée. Presque. Entre les écorces humaines, la peau se réveille – et – la tête se tourne… Ils. Ils sont là. A un mètre. Dans trente minutes j’ai rendez-vous avec. Et ils sont là à un mètre. C’est fou. Ils sont là. Ils parlent et je bouche mes oreilles. Ne pas être le témoin indiscret, voleur de pensées et de mots. Faudrait peut-être franchir la ligne, un autre espace, une autre dimension. Vous écoutez le disque de Marcel Kanche et il est là. C’est fou. Non? A un mètre. Un tout petit mètre. L’urgence d’avaler le chocolat chaud a disparu. Ils sont là alors rien ne presse. C’est rassurant, la toute petite angoisse est devenue une minuscule…C’est étrange, non… se retrouver à côté de Marcel Kanche… de Bruno Tocanne… de Rémi Gaudillat… de Philippe Gordiani… et … manger une crêpe au sucre.

Disparaître et laisser la chaise vide. Se diriger vers la MJC Vieux Lyon… vers la salle Léo Ferré. Il est presque 18 heures. Attendre face à la grande horloge. Les questions se bousculent au fond du crâne, elles se mélangent, c’est épouvantable. Rien ne se met dans le bon sens. Faudra articuler. Faudra faire des phrases. Les voix quelque part. Se retourner. Se lever. Et vinrent deux mecs d’outre saison… Sourire immense (peut-être intérieur) et prendre place autour d’une petite table. J’ai allumé mon dictaphone. Nous avons discuté quelques minutes. pas écrit grand chose pensant que tout était enregistré. Mais la lumière clignote. Sur pause. [à l’intérieur: merdre, merdre, merdre!!!] Des excuses en pagaille (à vous, à Marcel Kanche et à Bruno Tocanne]. Des excuses. L’acte manqué. Il y avait tant d’urgence. L’entretien sera donc tronqué et certaines phrases resteront dans les abymes de ma mémoire. Parfois l’enlisement dans des questions planes et sans perspectives… Heureusement que les deux artistes étaient bienveillants. Ils m’ont beaucoup aidé. C’était un très beau moment. Je suis repartie sur un petit nuage…

Pauline Catherinot:Vous étiez hier soir à la MJC du Vieux Lyon qui fêtait les 30 ans de la salle Léo Ferré? L’espca est plutôt restreint, est-ce une contrainte?

Marcel Kanche: Hier, on était sur une scène plus grande. Mais j’aime bien cette proximité.

Bruno Tocanne: On voit les gens, il y a un lien qui se crée…

Pauline Catherinot: Marie Ferré vous a transmis un inédit: Le Chemin d’enfer ? Comment cela s’est-il passé?

Marcel Kanche: Marie Ferré nous a envoyé un inédit, une cassette sur laquelle figurait une chanson. C’était une sorte de « brouillon ». Il y avait une mélodie qui ne nous convenait pas. On a développé le texte sur une ambiance ouverte.

Bruno Tocanne: C’est ce que je disais tout à l’heure, c’est comme si, sur celui-là en particulier. Il n’y avait pas d’arrangement, il n’a pas été enregistré. C’est comme si Léo Ferré était venu répété avec nous. « Bon bah voilà moi je t’amène un nouveau morceau. Je vous le montre au piano. » On a travaillé là-dessus et puis à la fin, cela ne ressemblait plus forcément à ce qui était sur la cassette. Et là, on pouvait se le permettre, puisque de toutes façons c’était un brouillon. Rien n’était fait. C’est le seul titre qui n’était pas construit, c’est ce qui nous a permis de faire ça.

Marcel Kanche: et sa famille n’a pas été choquée

Bruno Tocanne: C’était quand même sous contrôle

Marcel Kanche: mais bon, il n’y a jamais eu…

Bruno Tocanne: sous contrôle, ce n’est peut-être pas le bon terme

Marcel Kanche: avec un regard. En tous les cas, ils aiment beaucoup… notre vision.

Bruno Tocanne: Il nous fallait l’assentiment quand même, c’était important.

Marcel Kanche: Ils auraient pu intervenir, notamment sur la musique, mais pas du tout.

Pauline Catherinot: J’ai vu qu’une tournée était prévue

[quelle question!!! quel sens de la répartie!!! L’intelligence dans toute sa splendeur, intérieurement, vous vous voyez faire et vous vous demandez non seulement ce que vous racontez, mais également… POURQUOI??? vous vous demandez comment vous allez pouvoir vous en sortir]

Marcel Kanche: On a déjà entamé quelques concerts et donc la question c’est…

[et oui, la question, la question, quelle est-elle??? et oui quelle est-elle???]

Pauline Catherinot: Quelle est la réception du public? [Wouahhhh et encore je fais des coupes, la formulation était pire!!! ] Comment les gens reçoivent cette interprétation orginale des textes de Ferré?

 Marcel Kanche: oui…hum hum…

Pauline Catherinot (éclats de rire)

[je sais bien, à ce moment-là que je ne vais pas m’en sortir comme çà]

 Marcel Kanche: oui… alors ce qui nous plaît… Vous en plus qui êtes jeune, du coup ça nous fait plaisir justement d’amener un éclairage, qui permet à des gens qui n’ont pas forcément connu Ferré de découvrir autre chose à travers ce… ce philtre…

Pauline Catherinot: Quels sont les retours??

[la redondance poussée à son paroxysme, il n’y a rien à dire. J’étais en forme, très en forme]

Marcel Kanche: ça se passe bien, les gens n’ont pas l’air perturbé… en tous les cas, pour les connaisseurs et après, ils rentrent dans notre proposition et jusque-là ça se passe très bien

Bruno Tocanne: c’est vrai que l’on se rend compte, on en parlait tout à l’heure, les gens sont dubitatifs sur le début, le tout début et passé les deux ou trois premières chansons (en concert)… c’est toujours au même endroit… il y a une adhésion. C’est assez génial. Il y a une vraie communication. Mais il y a toujours ce…

Marcel Kanche: ce trouble

Bruno Tocanne: ce trouble au début, ce qui est logique. Cela peut destabiliser les gens. Ils se demandent où on va pouvoir aller. Je me poserais les mêmes questions en tant que spectateur.Bon, super mais comment ils vont tenir une heure et quart comme ça. Et après cette phase… L’analyse de Claude tout à l’heure était drôle. On en discutait avec quelqu’un qui fait de l’hypnose. Il disait: « vous faites exactement la même chose, vous déstabilisez les gens pour pouvoir ensuite, comme les hypnotiseurs, les amener à un état de semi-conscience. » J’ai trouvé ça drôle comme… et ce n’est pas faux. Ce n’est pas sciemment.

Pauline Catherinot: Je trouve qu’il y a quelque chose de l’ordre de la performance. La performance dans le bon sens du terme.

Bruno Tocanne: ah oui, j’allais dire parce que performance…

Pauline Catherinot: une perfomance dans laquelle le spectateur est embarqué… et le fait de ne pas nécessairement reconnaître l’oeuvre de Ferré [c’est exquis, c’est divin et ce n’est pas du tout maladroit] est une bonne chose.

Bruno Tocanne: Je pense que cela permet de retrouver le texte… différemment. Cela lui donne une valeur… un nouvel éclairage.

Marcel Kanche: Oui c’est ça

Bruno Tocanne: un éclairage différent… et en plus, ce qui était important pour nous, c’était de nous y retrouver. On ne s’est pas perdu. On est ce que l’on est d’habitude. Il ne fallait pas se perdre. C’est facile de se perdre.

Marcel Kanche: Ce n’était pas un exercice de style

Pauline Catherinot: Il me semble qu’il n’y a pas de chansons (du répertoire de Léo Ferré) avant 1958… Pourquoi ce choix?

Marcel Kanche: J’ai fait un premier choix sur les textes que je pouvais assumer. Il y avait ce choix-là. Après, il y a des choix musicaux. On arrivait quand même avec beaucoup de choses, ce qui nous a permis d’évacuer certains titres pour des raisons diverses… untel ne trouvait pas sa place ou on avait du mal. Dans mon rapport à Ferré, je l’ai découvert – vraiment – à l’époque de Il n’y a plus rien. Ce sont les années 70. Et après j’ai écouté… J’ai entendu des titres comme Jolie môme. Mais pour moi ça correspond plus à la chanson traditionnelle rive gauche dont je n’ai jamais été vraiment adepte. N’étant pas adepte de la chanson française en général… enfin chanson française ou n’importe laquelle… C’est tout ce truc de chanson française qui me…

Pauline Catherinot: et au niveau des influences communes, je crois que vous aimez bien Robert Wyatt…

 Bruno Tocanne: Comment es-tu arrivée à cette conclusion?

Pauline Catherinot: Je trouve qu’il y a des passerelles entre les deux univers. Il y a un terreau commun. Certains textes de Wyatt auraient pu être écrits par Marcel Kanche et inversement.

Bruno Tocanne: Ce sont les premiers mots que l’on s’est dit. Quand on est venu le voir aux Trois Baudets, parce qu’on ne se connaissait pas avant, il m’a dit: « moi, j’écoute Robert Wyatt et… » On a bu des coups et c’était parti. Non mais c’est vrai. Tu es la première personne à nous parler de Wyatt, je trouve ça génial. Je suis un fan absolu.

Pauline Catherinot: Il y a une anthologie de Wyatt publiée chez Aencrage

Marcel Kanche: oui oui, je sais

Bruno Tocanne (rires): bien joué sur ce coup-là

Marcel Kanche: C’est un peu notre culture, même avant Wyatt, j’écoutais Soft machine (???). J’ai toujours été dans cette écoute et à l’écoute de gens qui allaient ailleurs, qui cherchaient, qui creusaient. J’ai toujours voulu être dans la découverte. Ecouter quelque chose pour apprendre quelque chose.

Bruno Tocanne: oui, et puis, je dirais que soft machine c’est quand même le … réussi d’un mouvement de jazz libertaire dans ces années là.Je viens de là et de la pop music qui était assez aussi libertaire. Beaucoup de musiciens de ma génaration sont passés par là. On écoutait Jimi Hendrix et Soft Machine. C’est ce groupe qui nous a amené au jazz, c’est clair. C’était vraiment un pont. Wyatt aussi. Donc, c’est génial parce que l’on peut retrouver avec Marcel tout ça. C’est génial.

Pauline Catherinot: Il y a énormément de folie et de fantaisie sur scène. Il y a une connivence entre vous. Est-ce que cela s’est dessiné au fil du temps?

Marcel Kanche: Non, enfin au départ, il y a vraiment eu une entente. Il n’y avait pas de problèmes d’ego et tout ça ou de leader. Chacun avait sa place et ses compétences. On pourrait parler d’équilibre…. ça c’est une chose déjà bien pour pouvoir travailler. Et ensuite effectivement, au fur et à mesure des concerts, de la manière dont on fonctionne, il y a quelque chose qui se passe au niveau de l’émotion collective. On commence vraiment à être heureux sur scène. On partage un vrai plaisir. 

Bruno Tocanne: J’allais dire qu’il y avait aussi les avantages et les inconvénients. Il y avait un trio pré-existant, ce qui est à fois un avantage parce qu’il est autonome… mais cela aurait pu être aussi un gros inconvénient parce que qui dit trio, dit… non pas refermé sur eux-mêmes, parce qu’on n’est pas comme ça, mais il y a des habitudes…

Marcel Kanche: un bloc

Bruno Tocanne: un bloc… donc avec un bloc de musiciens et un bloc chanteur. C’est que voulait éviter Marcel. Je pense que maintenant on est vraiment quatre. Il n’y a pas plus ce côté et ça pour nous c’est bien

Marcel Kanche: et la première fois qu’on s’est rencontré, ça a été dit. J’ai dit que je ne voulais pas être leader. Je voulais que l’on fasse quelque chose à quatre.

Bruno Tocanne: Les choses ont été claires dès le départ.

Marcel Kanche: C’était clair… ça a marché… parfois dire les choses ne suffit pas. Donc voilà, l’évidence a fonctionné.

Pauline Catherinot: Vous avez publié deux recueils dont Juillet 94

Marcel Kanche: oui à compte d’auteur

Pauline Catherinot:et le second… j’ai oublié le titre…

Marcel Kanche: Gobe-mouche

Pauline Catherinot: Est-ce que ces recueils ont été mis en musique?

Marcel Kanche: J’ai dû poicher dedans… enfin en fait, pas véritablement, j’y pense parfois et puis, il y en a d’autres en attente. Mais, il faut trouver les opportunités, pour l’instant, ça reste des choses qui ont été faites un moment… Elles sont comme suspendues

Pauline Catherinot: Est-ce qu’on espérer entendre d’autres albums où vous collaborerez?

Bruno Tocanne: Je le souhaite

Marcel Kanche: Oui, oui, en tous les cas, ce n’est pas exclu. Cette expérience-là fait que…

Pauline Catherinot:La scène de la salle Léo Ferré est petite. Avez-vous fait des changements, notamment au niveau des instruments?

Marcel Kanche: Oui. On garde excatement la même formation

Bruno Tocanne: C’est la même chose… (Phlippe Gordiani arrive, Bruno Tocanne lui raconte les grandes lignes de la conversation)

Philippe Gordiani (rit): Alors Robert Wyatt, pourquoi cela pourrait être le lien… pour deux raisons, la première, c’est que c’est un batteur, la deuxième c’est que c’est un trompettiste

Bruno Tocanne: et qu’il chante

Philippe Gordiani: et le truc, c’est que c’est un chanteur.

Bruno Tocanne (rires): et avec ça on est bien avancé

L’interview s’arrête ici… les artistes ayant rendez-vous avec… Un grand merci à eux. Et pardon pour ces questions à la substance relative. Très très impressionnée.

Pour poursuivre… Je vous conseille l’album Et vint un mec d’outre saison

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